La grande pièce est placée à un angle de la villa et jouit d'un double point de vue : d'un côté, il domine par deux fenêtres le jardin principal et ses grandioses fontaines, et de l'autre, par trois fenêtres il donne sur le jardin secret avec ses statues, ses petites fontaines et ses carrés d'herbes médicinales. Trois portes donnent soit sur l'enfilade , soit sur le corridor, soit sur le Salon de Moïse. Le Salon de Noé fait partie, avec le Salon de Moïse, des deux seules salles à thème religieux.
Les fresques imitent de grandes tapisseries bordées des lis des Este et peintes avec de vastes scènes de paysages rassemblant des villages et des collines, des rivières et des lacs. Ces scènes donnent l'illuision de larges espaces ouverts dans toutes les directions. L'eau est l'élément central de ce décor, auquel fait écho la scène centrale de la voûte, où est peint le thème religieux de l'alliance entre Yahvé et Noé après le Déluge.
Noé se tourne vers Dieu dans un geste de prière tandis que sur la droite des animaux sont groupés, et qu'à l'arrière-plan l'arc-en-ciel luit sur le Mont Ararat. Le Déluge a témoigné du pouvoir de Dieu sur les Eaux, et de même les jardins d'Este démontrent la maîtrise du cardinal Hippolyte II sur les flots de la rivière Aniène dévalant en cascade à Tivoli, l'ancienne ville thermale des Romains : Hippolyte apparaît comme une figure actualisée du patriarche Noé. Le plafond est orné de grotesques, tandis qu'à chacun des quatre coins, deux putti embouchant des trompettes de la renommée et flanqués de colonnes-hermès présentent les armes du cardinal, sous son chapeau à fiocci. Les personnifications des Quatre Saisons apparaissent en monochrome dans des cartouches ovales, accompagnés sur les petits côtés des allégories de la Tempérance et de la Prudence, déjà rencontrés dans les salles voisines.
Les fresques ont été probablement créées entre 1570 et 1571 par Durante Alberti et ses assistants, peutêtre sur les dessins de Girolamo Muziano.
Comme pour les autres articles, j'ai complété mes photos avec les clichés du site ministériel italien.
I. LES FRESQUES DES MURS.
Vue sur un port et ses ruines romaines, à déterminer.
Salon de Noé, villa d'Este. Cliché lavieb-aile
fotografia.cultura.gov.it
Vue sur une rivière, et la mer au loin.
Salon de Noé, villa d'Este. Cliché lavieb-aile
fotografia.cultura.gov.it
Vue sur une rivière, l'Aniène et les propriétés de Tivoli ??.
fotografia.cultura.gov.it
Au centre du petit côté de la pièce : un paysageavec un un pont à neuf arches ; un temple coiffé d'une statue tenant un trident (Neptune?) ; un horizon marin et le soleil couchant.
La fresque centrale de la voûte : l'Alliance de Yahvé ave Noé.
Apr-s que le déluge ait cessé, que l'arche se soit posée sur le sommet du mont Ararat, que les couples d'animaux puis les membres de la famille de Noé, avec ses trois fils, en soient débarqués, le patriarche dresse un autel et offre un sacrifice à Yahvé :
Genèse 8:20-9:16
"Noé construisit un autel en l’honneur de l'Eternel. Il prit de toutes les bêtes pures et de tous les oiseaux purs et offrit des holocaustes sur l'autel. L'Eternel perçut une odeur agréable et se dit en lui-même: «Je ne maudirai plus la terre à cause de l'homme, car l’orientation du cœur de l'homme est mauvaise dès sa jeunesse, et je ne frapperai plus tous les êtres vivants comme je l'ai fait. Tant que la terre subsistera, les semailles et la moisson, le froid et la chaleur, l'été et l'hiver, le jour et la nuit ne cesseront pas.»
Dieu bénit Noé et ses fils. Il leur dit: «Reproduisez-vous, devenez nombreux et remplissez la terre. [...] Dieu dit encore à Noé et à ses fils: «J'établis mon alliance avec vous et avec votre descendance après vous, [...]: «Voici le signe de l'alliance que j'établis entre moi et vous, ainsi que tous les êtres vivants qui sont avec vous, pour toutes les générations: j'ai placé mon arc parmi les nuages et il servira de signe de l'alliance conclue entre moi et la terre. "
Dans l'angle inférieur droit, l'aigle blanc est l'emblème d'Hippolyte II, issu de ses armoiries.
Salon de Noé, villa d'Este. Cliché lavieb-aile
Salon de Noé, villa d'Este. Cliché lavieb-aile
Les quatre saisons.
L'Automne.
fotografia.cultura.gov.it
L'Hiver.
Salon de Noé, villa d'Este. Cliché lavieb-aile
fotografia.cultura.gov.it
L'Eté.
Les allégories des Vertus cardinales : Prudence et Tempérance.
Prudence.
Prudence tient un serpent, et se regarde dans un miroir. Comme dans le Salon de la Gloire. Et comme dans les pièces de la Villa Giulia de Rome.
fotografia.cultura.gov.it
Tempérance.
Elle verse de l'eau d'un récipient dans un autre. Comme dans le Salon de la Gloire.
fotografia.cultura.gov.it
Le décor à la grotesque.
Inspirés de ceux découverts à la Domus aurea de Néron à Rome à la fin du XVe siècle, avec des candélabres, des sphinges, des guirlandes, des masques, des objets (miroirs, paniers fleuris) suspendus à des rubans.
Salon de Noé, villa d'Este. Cliché lavieb-aile
Salon de Noé, villa d'Este. Cliché lavieb-aile
Salon de Noé, villa d'Este. Cliché lavieb-aile
SOURCES ET LIENS.
—RIBOUILLAULT (Denis), 2011, Toward an Archaeology of the Gaze: Perception and Function of Garden Views in Italian Renaissance Villas, in Clio in the Italian garden : twenty-first-century studies in historical methods and theoretical perspectives, Éditeur Dumbarton Oaks Research Library and Collection.
Le Salone della fontana de la Villa d'Este à Tivoli était destiné à accueillir les somptueux banquets organisés par le cardinal Hippolite II d'Este pour sa cour de poètes et de lettrés. Le Festin des dieux représenté sur la voûte célébrait le rôle de Rome et honorait le cardinal et ses invités.
Les colonnes torsadées des murs, inspirées des colonnes « salomoniques » de la basilique Saint-Pierre-et-Saint-Paul, reproduisaient l'architecture illusionniste d'une loggia ouverte sur le paysage et ornée de guirlandes de fruits, de fleurs et de légumes.
Les scènes panoramiques (restaurées après 1920 et entièrement restaurées en 1949) furent conçues par Girolamo Muziano (*) dans le style vénitien et offraient des vues simultanées sur le territoire tiburtin et les somptueuses résidences du cardinal. La scène principale représente la Villa d'Este et ses jardins d'après les plans de 1565.
Girolamo Muziano est un peintre né à Brescia et à qui Hyppolite d'Este avait confié en 1560 les peintures de sa Villa du Quirinal. Selon les livres de comptes, il dirigea une équipe de six peintres dans la Sala della Fontanina et le Salon d'Hercule entre 1565 et 1566. (M. Hochmann). Ils furent remplacés en 1567 par une équipe dirigée par Federico Zuccari. Ce dernier peignit les fresques au centre des voûtes.
La fontaine rustique, conçue par le graveur Curzio Maccarone (achevée en 1568 par Paolo Calandrino de Bologne et embellie en 1570 par Molino), accentue l'effet théâtral de ce jardin artificiel, en lien direct avec les espaces extérieurs. La petite fontaine est ornée de mosaïques et d'émaux polychromes et abrite, dans sa niche, une représentation du temple de la Sibylle de Tibur.
Cette grande salle fut la première à être décorée, en même temps que la salle d'Hercule adjacente, à partir de 1565. Les travaux furent menés par une équipe de six artistes sous la direction de Girolamo Muziano. La fausse loggia à colonnes, qui amplifie l'illusion d'espace, fut probablement ajoutée par le Siennois Matteo Neroni en 1565.
A : Fontaine rustique.
B : La fontaine ovale de la Villa d'Este.
C : Résidence de Montecavallo sur la colline du Quirinal à Rome, propriété d’Hippolyte d'Este
D : Vue de la Villa d'Este et de son jardin, basé sur un dessin de 1565
E : Viviers et fontaine de l'Orgue de la Villa d'Este dans sa version primitive (repeint en 1949)
F : Fontaine de l'Orgue dans son aspect originel.
I. LE PLAFOND.
G : Pluton, Neptune, Junon et Jupiter
H: Couple de dieux supportant l'emblème des aigles de la famille d'Este : Jupiter et Junon ; Mercure et Minerve ; Mars et Venus ; Bacchus et Cérès.
I : Sacrifices en l'honneur d'Apollon, de Diane, de Cérès et de Bacchus
L : Le Festin des dieux accueillant Hercule.
Le Festin des dieux, Federico Zuccari v. 1565.
Federico Zuccari est l'un des maîtres romains du maniérisme romain dans la seconde moitié du XVIe siècle. Il venait de peindre le Casino du pape Pie IV.
La scène centrale du plafond est une première illustration de l'art illusionniste du Maniérisme , car elle donne l'impression d'être située dans un étage supérieur, soutenue par des colonnades qui laissent apercevoir des mosaïques ou panneaux de marbres.
Dans l'art maniériste italien de la réinterprétation d'un modèle antique à partir de sources écrites, le Salone, pièce principale de l'appartement de représentation, a été conçu comme une loggia-belvédère ouvrant sur les jardins et le paysage. Cette ouverture se fait ici vers le haut, vers les espaces factices d'un atrium romain, laissant apercevoir dans les nuées une scène céleste.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
On voit Hercule, de dos, sa massue contre son siège, être accueilli par les dieux de l'Olympe, dont Jupiter et Junon, au centre.
"Au centre de la voûte, la scène du Festin des dieux auquel est convié le héros Hercule apparaît comme une allusion supplémentaire à la double fonction de la salle et au prestige qu'elle recouvrait dans la vie de la villa La scène est inspirée de la célèbre fresque des Noces de Psyché de Raphaël dans la loggia homonyme de la villa Farnesina à Rome. Poursuivant sur le thème de la salle à manger antique, le peintre, probablement Federico Zuccari, a représenté là une véritable accubatio, c'est-à-dire un dîner où les personnages semi couchés à la mode antique et entourés de danseurs et de musiciens, discutent et se restaurent. En s'inspirant de l'architecture et de la décoration antiques pour leurs villas et palais, les cardinaux romains du XVIe siècle comme Hippolyte d'Este cherchaient à recréer un décor mais aussi une organisation sociale romaine basée sur le cérémonial et la représentation. C'est dans cette pièce que, à l'exemple des anciens, Hippolyte divertissait ses invités par des spectacles de danse, de musique, de théâtre ou de poésie. Offrant au regard des convives attablés la scène du Festin des dieux, le cardinal faisait preuve de magnificence, attitude appropriée à son rang, et d'un sens aigu de la flatterie, dont ses hôtes, rompus au jeu de l'imprese et du symbole, lui savaient sûrement gré." (D. Ribouillault)
Le banquet de noces de Psyché accueillie parmi les dieux de l'Olympe, Raphaël, 1518, Loggia de Psyché, Palais Parnesina. Cliché lavieb-aile
"Le Salone est conçu comme la récréation d'une salle à manger antique, et dans la description de la villa par Umberto Foglietta en 1569, la salle était désignée par le terme explicite de triclinio, c'est-à-dire salle à manger antique. La fonction de salle à manger du Salone, dans le contexte du revival de l'antiquité qui qualifie la villa d'Este, dépasse de beaucoup une simple définition typologique des pièces d'un palais cardinalice : elle donne au Salone un statut de prestige et d'apparat et conditionne la forme de sa décoration, son rapport au paysage et son iconographie.
À l'époque antique, l'événement central de toute réunion entre membres de la haute société était le banquet. Que l'on commence par se rendre aux bains ou que l'on s'exerce à la chasse, le banquet venait toujours couronner la journée par un cérémonial bien défini. Les auteurs anciens, de Cicéron racontant la réception qu'il offrit à Jules César dans sa villa de Puteoli (Ad Att., 13,52) jusqu'à Sidoine Apollinaire relatant cinq siècles plus tard son séjour agreste en Gaulle (Ep., 2, 9), s'accordent à placer le banquet au centre du concept d'hospitalité. ". (D. Ribouillault)
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
La partie périphérique du plafond est encore consacrée aux dieux romains, mais sans effet d'illusion. Par contre, l'artiste place les médaillons et grands cartouches de stuc sur un fond blanc egayé de tout le vocabulaire de l'art grotesque inspiré — depuis le début du XVIe siècle, notamment par Raphaël au Vatican— de la Domus aurea de Néron.
Parmi les vues murales, peintes en 1568 par Matteo Neroni da Siena, certaines sont particulièrement importantes pour l'histoire de la Villa d'Este, car elles représentent des paysages ou des détails du jardin et des fontaines ; ainsi, la grande fresque du mur nord-est témoigne de l'avancement des travaux du palais en 1568, avant l'ajout des ailes latérales, et montre le jardin « tel qu'il aurait dû être » selon A. Del Re.
Les médaillons ovales.
Dans les cadres ovales des bordures, quatre peintures de dieux sur des chars symbolisent les quatre éléments : Neptune l'eau, Jupiter l'air, Pluton le feu et Junon la terre. Aux angles, les armoiries en stuc du Cardinal se trouvent près de couples de dieux : Bacchus et Cérès, Jupiter et Junon, Mars et Vénus, Minerve et Mercure, ce dernier étant probablement un autoportrait de Gerolamo Muziano.
Les médaillons nous présentent donc Pluton sur son char armé de son bident , Neptune dont le char, vu de face jaillit des flots sous la fougue de ses chevaux, , Junon sur un char mené par ses paons et Jupiter à cheval sur un aigle et brandissant, bien-sûr, la foudre.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
Les sacrifices en l'honneur d'Apollon, de Diane, de Cérès et de Bacchus.
Au centre des quatre côtés de la voûte, des édicules en stuc représentent des scènes offrant des sacrifices à Apollon, Diane, Cérès et Bacchus. J'en présenterai deux.
1 Le sacrifice offert à Bacchus.
Sous le regard d'une tête couronnée de lauriers posée sur une colonne, trois bergers offrent à la statue de Bacchus (buvant à une coupe et tenant une grappe) un bouc, et une plante. À droite, trois faunes foulent le raisin.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
2. Le sacrifice offert à Diane.
J'hésite avec Cérès en raison des gerbes de blé. On retrouve la composition avec une tête posés sur une colonne, une statue dorée de l'idole (tenant un arc), le sacrifice d'une biche, et trois hommes offrant des gerbes de blé et un main, ou un fruit.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
Le décor à la grotesque.
Toujours dans le cadre d'une ornementation illusionniste, mais sans souci de trompe-l'œil d'e rapport avec la réalité, le peintre reprend pour l'arrière-plan des médaillons et cartouches le style découvert dans les fresques de la Domus aurea de Néron et répandu depuis 1480 par Ghirlandaio ou Pinturicchio puis suprbement mis en scène par Giovanni da Udine sur les pilastres de la Loggia de Raphaël du Vatican en 1516 ou sur le plafond de la Villa Madama de Rome vers 1520-1521.
Suspendus par de fins rubans à des guirlandes d'étoffes, sous des bucranes et autres têtes animales, ou simplement posés sur le fond blanc, toutes sortes d'objets votifs, de putti, d'animaux, de nymphes ailées crééent ce décor de lignes courbes léger et onirique dans lequel l'imagination flotte avec délice. Certains personnages sont feuillagés en dessous du tronc, voisinant avec des chimères, tandis que d'autres prennent des poses théâtrales sans aucune justification. La vie est un songe, le monde une scène de théâtre, mais un théâtre fait de rêves éphémères, dépourvus de toute logique.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
II. LES MURS DU SALON : UN PIÈGE VISUEL.
Parmi les quatre murs de la pièce, un seul, celui du nord-ouest, est ouvert vers le jardin et la longue perspective de l'Axe d'Hercule par trois porte-fenêtres. Sur les deux murs latéraux, une porte donne accès à gauche au Salon d'Hercule, et à droite à la première Stanze Tiburtine.
fotografia.cultura.gov.it
Mais les quatre murs sont peints en trompe-l'œil de 11 fausses ouvertures qui créent l'illusion que la pièce est placée à l'extérieur, dans le jardin, dans un édifice de colonnades. En outre, une vraie fontaine occupe le centre de la paroi nord-est. Des peintures de paysages se succèdent sur les quatre côtés et font croire que nous les apercevons à travers les colonnes. Porur renforcer l'effet, un paon est représenté devant le parapet d'une loggia fictive sur le mur sud-ouest, et se trouve donc compris dans l'espace du spectateur, « à l'intérieur » de la salle.
La conception suit donc la tradition du triclinum romain :
"Toutes les sources s'entendent pour faire du rapport entre intérieur et extérieur et de l'importance de la vue sur le jardin et le paysage les caractéristiques principales de ce type de pièces. En effet, le triclinium pouvait être ouvert sur l'extérieur au moyen d'une rangée de colonnes ou situé directement en plein air, la végétation jouant alors le rôle d'architecture grâce à des tonnelles ou des pergolas 8. Souvent, dans les pièces fermées et là où de véritables baies étaient impossibles, les murs étaient décorés de peintures illusionnistes qui en rompaient la continuité. Cette ouverture sur l'extérieur permettait d'y installer des fontaines, des cascades, ou même de véritables cours d'eau qui reliaient l'espace domestique à l'espace du jardin." (D. Ribouillault)
Mais l'examen des paysages fictifs montrent, selon D. Ribouillault, que le Salon est une représentation du jardin d'Este et du territoire entre Tivoli et Rome : tout comme dans le jardin avec la succesion Fontana dell Ovato/ allée des cents fontaines/ Fontana di Rometta , il est traversé métaphoriquement par l'écoulement de l'Aniene vers le Tibre.
"Paysage réel et paysage peint forment donc un tout continu, un paysage panoramique dans le véritable sens du terme. La continuité du paysage peint est soulignée plus avant par un expédient théâtral classique consistant à encadrer chacune des vues par des arbres placés au tout premier plan, créant ainsi, au-delà des colonnes de la loggia fictive, une rangée régulière d'arbres qui entoure littéralement « l'extérieur » de la pièce. Dans le jardin, on retrouve en outre certains motifs comme les colonnes torses ornées de vignes et de putti utilisées par le peintre dans le Salone . En bref, le même vocabulaire architectonique et décoratif qualifie les jardins et le Salone. Le Salone apparaît ainsi comme la transposition de la réalité topographique du jardin lui-même, de son orientation géographique et partant, de son fonctionnement iconographique. Sa forme rectangulaire reproduit celle du jardin qu'il surplombe immédiatement et dont il est pour ainsi dire l'antichambre, les deux entités Salone et jardin étant géométriquement parallèles et unifiées par leurs positions analogues sur Taxe d'Hercule."(D. Ribouillault)
1. Villa d'Horace à Tivoli
2. Villa de Macio Vopisco à Tivoli
3. Porte feinte au courtisan (ou courtisane)
4. Fontaine de l'Ovale et allée des cent fontaines au jardin de la Villa d''Este
5. Villa d'Hippolyte d'Este sur le mont Quirinal de Rome (de Montecavallo)
6. Vue d'un pont sur l'Aniène
7. Le Ponte Lucano traversant l'Aniène à Tivoli
8. Le Ponte Cornuto traversant l'Aniène
9. Porte feinte que franchit un homme, sans doute le cardinal Hippolyte d'Este
10. Grande vue de la Villa d'Este et de son jardin, avec l'Aniène coulant vers Rome, basé sur un dessin de 1565
11 : Villa d'Auguste (?) à Tivoli
12 : Viviers et fontaine de l'Orgue de la Villa d'Este .
13 : Villa d'Hippolyte d'Este de Belriguardo sur le Pô, avec ses viviers.
14 : Fontaine de l'Orgue dans sa version primitive.
(identification des sites par Denis Rigouillault)
La fontanina.
Nous pouvons débuter la description de la pièce par son mur nord-est centré par la petite fontaine, qui donne son nom au Salon, et qui occupe une niche encadrée de rinceaux de vignes.
fotografia.cultura.gov.it
La fontanina est une réduction ou citation métonymique de la topographie de Tivoli avec son temple de la Sibylle de Tibur, ses monts et sa fameuse cascade. Elle est placée au nord-est du salon, tout comme la fontaine réelle se trouve dans l'angle est du jardin.
Elle est ornée de céramiques et de sculptures polychromes, incrustées de fragments de verre, de coquillages et de pierres précieuses, et surmontée de l'aigle blanc de la famille d'Este. Elle fut achevée en 1568 par Paolo Calandrino.
Sa vasque repose sur de gros poissons ou dauphins, figurant le cours d'eau s'épanchant dans l'espace de la pièce. Elle a la forme des barges qui ornent le canal supérieur de l'Allée des Cent Fontaines dans les jardins.
Le Salon est donc métaphoriquement baigné par les eaux de l'Aniene tout comme l'est concrètement le jardin et le territoire. Débouchant depuis la petite fontaine rustique à une extrémité de la salle, la rivière réapparaît dans la fresque sur la paroi opposée, la Vue de la Villa d'Este, un rappel des cours d'eaux traversant les triclinia antiques dont parlent les sources classiques mentionnées plus haut.
On la doit peut-être au peintre Matteo da Sienna et daterait de 1568. Elle est encadrée par deux supports anthropomorphes ou cariatides, deux statues identiques d'allégories féminines.
fotografia.cultura.gov.it
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
Les peintures en trompe-l'œil encadrant la fontanina.
Elles sont consacrées à des vues de paysage de villas romaines de Tivoli. Elles ont été identifiées par D. Ribouillault comme représentant peut-être la Villa d'Horace à gauche et la Villa romaine de Mancio Vopisco, à droite.
1. La villa d'Horace à Tivoli.
Je ne distingue pas grand chose de la vue de la villa d'Horace. Pour accroître l'effet d'illusion, qulques fruits sont peints sur le sol.
Entre les deux colonnes salomoniques, la vue de la villa de Mancio Vopisco me montre surtout les temples de la Vesta et de la Sibylle, dans une direction nord-est par rapport à la Villa d'Este. Mais une illustration de D. Ribouillault 2009, décidémment incontournable, nous offre une image plus précise.
D. Ribouillault 2009
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
3. La porte feinte au courtisan.
Cette porte aux vantaux entrouverts laisse imaginer une communication avec la salle voisine, ou Stanze Tiburtina. De l'autre côté, l'endroit correspond aussi à une fausse porte, aux vantaux fermés
La décoration de cette Première Salle Tiburtine, réalisée en 1569 par une équipe d'artistes dirigée par Cesare Nebbia, est dédiée à la fondation et à la construction de la ville de Tivoli qui, selon la légende, fut fondée avant Rome par Tiburtus, Corax et Catillus, trois frères grecs descendants des Sept Rois de Thèbes.
Ce courtisan en habit coordonné de soie turquoise et or et portant une fraise fait face, du côté opposé, à une porte feinte semblable où arrive un homme.
Mais ce courtisan a un visage jeune et imberbe et une chevelure féminine. Verena Hake s'est interrogée à son propos.
cliché V. Hake
"Enfin, la question se pose de savoir qui pourrait être l’autre personnage représenté en fresque grandeur nature dans la fausse porte orientale, face à « Ippolito ». L’hypothèse de Coffin, selon laquelle il pourrait s’agir d’un page, n’est pas convaincante compte tenu de l’importance des fausses portes décrites précédemment. De plus, les traits physionomiques décrits dans la section III.2 permettent d’envisager qu’il puisse s’agir d’une figure féminine (malgré les vêtements « masculins »). Une possibilité est qu’il s’agisse d’une femme proche d’Ippolito II d’Este, avec laquelle il aurait entretenu une liaison. Outre ses relations avec Diane de Poitiers et Madame d’Étampes, déjà mentionnées dans la section consacrée à la Loggia, Violante Lampugnano figurait peut-être parmi les amantes d’Ippolito, dont il y en eut certainement d’autres. Selon la programmation ornementale du Salone della Fontana, il serait logique que la figure s’approche de lui depuis la Fontana dell’Ovato, près de la Grotta di Venere, et donc depuis la partie du jardin dédiée à Volupta.
De plus, elle tourne la tête précisément vers cette vue en trompe-l’œil, peinte sur une fresque, qui représente exactement cette fontaine. Cette interprétation concorderait également avec la programmation palatiale du Salone proposée au point III.4, car dans l’aile est du palais, d’où le trompe-l’œil « pénétre » dans la pièce, se trouve une Sala di Venere.
Cependant, si l'on se souvient du trompe-l'œil de la Villa Barbaro à Maser, il semble également plausible que le trompe-l'œil oriental représente un membre (peut-être une femme) de la famille d'Ippolito. Sa fille, Renée d'Este, est-elle représentée ici ? Bien que Renée soit décédée en 1555, elle avait donné naissance peu avant à une petite-fille prénommée Ippolita, portant ainsi le nom de son grand-père. Renée, en tant que descendante illégitime, rencontre-t-elle ici son père déguisée ? Ou bien Ippolita avec son grand-père ? Dans cette interprétation, il s'agit d'une réunion familiale symbolique qui, à l'instar de la Villa Barbaro à Maser, pourrait symboliser la continuité dynastique et la perpétuation d'Ippolito II d'Este dans la génération suivante. Si l'on considère la Loggia comme une architecture de la rencontre, il convient de se demander si le Salone della fontana, l'antichambre du jardin, représente la rencontre de deux personnes qui, de là, progressent dans une séquence chorégraphiée d'approche et de départ, descendent dans le jardin par le chemin décrit au début, passent devant la double loggia, descendent les marches en cascade et pénètrent dans le Vialone." (V. Hake 2024)
La porte feinte, côté Stanze Tiburtina
4. Dans l'angle gauche de la paroi nord-ouest, les deux colonnes laissent voir une vue de la Fontaine de l'Ovale à Tivoli et de l'allée des cent fontaines.
Ribouillault 2011 fig. 8.5
5. La villa de Montecavallo sur le mont Quirinal.
Cette vue représente les jardins et la villa de Montecavallo, propriété du cardinal sur le mont Quirinal considérée par ses contemporains, Hondius, Boissard ou Vasari, comme une des merveilles de Rome. L'air frais et sain du Quirinal y attirait les aristocrates et les familles papales qui y construisirent des villas à l'emplacement des anciens jardins de Salluste. En 1550, parallèlement à la réalisation des jardins de sa Villa d’Este, à Tivoli, le cardinal Hippolyte II d’Este, fils du duc de Ferrare et de Lucrèce Borgia, fit réaliser d’importants travaux dans les jardins du Quirinal , à la suite du renouvellement pour quinze ans du bail de propriété qui lui fut accordé (1550-1565). Au début des années 60, Hippolyte d'Este devait construire au Quirinal des pavillons s'inspirant d'édifices sacrés -le baptistere Saint- Jean et la coupole de Santa Maria del Fiore de Florence (S. Frommel).
Cette vue constitue la seule représentation de la villa avant la construction par le pape à l'époque où les travaux d'aménagement furent relancés. Sa fontana del Bosco commencée en 1560 1561 et achevée en 1565, fut décorée par Girolamo Muziano. Dans la partie sud, un nouveau tracé des allées du jardin en trident fit converger les allées vers la fontaine. Muziano aurait peint sa vue pour le Salon vers 1565-1566, avant ces modifications.
Une visite à la villa du cardinal Luigi d'Este, héritier d'Hippolyte, en 1573 convainquit le pape Grégoire XIII de commencer la construction d'une résidence d'été l'année suivante.
C.L. Frommel 1999C.L. Frommel 1999
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
6. Paysage non déterminé. Un pont sur l'Aniène. Lugano ?
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
Il est situé entre les Thermes de Tivoli et la villa d'Hadrien, au pied des hauteurs de Tivoli?£. Son site archéologique comprend sur la rive gauche une grosse tour ronde, datant du 1er siècle av. J.C, et bardée d'inscriptions, le mausolée des Plautii.
"Au centre de la paroi ouvrant sur le cryptoportique, on peut aisément reconnaître le fameux ponte Lucano, clairement dessiné avec ses cinq arches originales, le troisième pont à enjamber l'Aniene près de Tivoli en aval dela rivière . Le mausolée des Plauzi, imposant monument circulaire à l'extrémité du pont auquel le peintre a rendu son dôme originel, est aisément identifiable et la disposition de l'ensemble correspond fidèlement aux nombreuses gravures du site réalisées aux XVIIIe et XIXe siècles ainsi qu'aux photographies modernes . On reconnaît de surcroît au fond à droite dans le paysage la route qui mène aux anciennes carrières romaines de travertin avec, se détachant bien visiblement sur le ton blanc des pierres, les arches de l'aqueduc antique qui y conduisait les eaux sulfureuses de Vaqua Albula, sans doute pour actionner les scies nécessaires à la découpe des blocs. En comparant la vue avec la carte du site, on constate que le peintre a reproduit avec une grande précision les linéaments de la rivière, qui disparaît dans l'arrière-plan à l'endroit où elle forme une boucle. Au loin, le profil du col Cesarano est parfaitement reconnaissable.
Il est probable que la représentation dans le Salone de cette zone autour du ponte Lucano devait faire allusion, au-delà du thème central de l'Aniene, à la réserve de chasse, ou Barco, que le cardinal avait créé à cet endroit entre les sources sulfureuses de Vaqua Albula et le ponte Lucano, là où la via Tiburtina traverse le fleuve. La zone fut entourée à partir de 1564 d'un long mur de clôture et on y introduisit de nombreux animaux sauvages, en particulier des faisans. Le fait que la plupart des terres que le cardinal s'était approprié pour son Barco, appartenaient à la commune, le rendit extrêmement impopulaire. Cette question fut débattue lorsqu'une action en justice fut intentée par la commune contre les abus du cardinal en 1568. L'année suivante cependant, les terres lui furent concédées." (D. Ribouillault)
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
8. Le Ponte Cornuto traversant l'Aniène.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
9. Porte feinte franchie par un homme, identifié comme étant peut-être Hippolyte d'Este, apparaissant sur la « scène » de son propre théâtre-salle à manger.
À gauche de la vue panoramique de la Villa d'Este se trouve une fausse porte ornée de fresques, à travers les vantaux desquels s’ouvre un personnage masculin grandeur nature qui semble entrer sur la scène du Salone della fontana. Il a les cheveux gris coupés courts, une barbe, et est représenté en costume profane d’époque, portant un pourpoint à taillades et sans manches sur un gilet rouge et une chemise blanche une pantalon bouffante et des chausses. Le visage de cette figure fantomatique présente des zones indistinctes, parfois abîmées, mais on reconnaît clairement qu'elle regarde, les sourcils levés, vers la porte qui mène du salon à la double loggia et donc au jardin. Dans sa main gauche, elle tient une rapière, dans sa main droite une chaîne auquel est attaché un singe assis à ses pieds. Et elle aussi tourne la tête vers le jardin.
S'agit-il du cardinal Hippolyte II d'Este ?
C'est du moins la thèse de Verena Hake : qui d’autre aurait-il voulu être représenter de façon si ostentatoire dans cette pièce, la plus importante du palais, sinon lui-même ? À qui d’autre aurait-il accordé cette visibilité extraordinaire et l’attention qui en découle ? Ces fausses portes font partie d’une enfilade de fausses portes, et on les retrouvent dans le Salon d'Hercule adjacent (au dos de celle-ci), et, nous l'avons vu, dans la Stanze Tiburtine, alignées de la même manière. "En suivant cet alignement, on arrive directement au généreux escalier en colimaçon qui relie le piano nobile à l’étage supérieur, l’Appartamento Ippolito. On peut donc conclure que notre pseudo-« Ippolito » « entre » dans le Salone par un Salon dédiée à son alter ego mythologique – Hercule – (et donc, en pratique, à lui-même), et qu’il « entre » également dans le Salon, au sens large, depuis son appartement privé. Outre la programmation topographiquement correcte du Salone della Fontana par rapport aux axes du jardin, telle qu’identifiée par Denis Ribouillaut, il convient dès lors de se demander si l’apparition d’« Ippolito » depuis l’appartement susmentionné implique également une programmation palatiale de l’espace. Ribouillaut estime également que, dans la partie centrale de la fresque du plafond du Salone, on peut discerner une représentation d’Hippote II d’Este – ici sous la forme d’un portrait déguisé en Hercule. Selon son interprétation de la fresque du plafond située sur l’axe d’Hercule et celle de la fausse porte occidentale proposée ici, l’Hippote II d’Este « mythologique » serait ainsi réuni à l’Hippote II d’Este « réel » du Salone." (V. Hake)
Plan du rez-de-chaussée de l'étage noble. L'enfilade feinte est schématisé en pointillés (V. Hake). Les flèches montrent la rencontre du couple peint dans le Salon de la Fontaine.
Les fresques du Salone della Fontana n’ont été découvertes qu’en 1949 et restaurées par la suite, et les traits du visage de la fausse figure occidentale sont mal conservés, ce qui rend son identification formelle difficile.
"Néanmoins, une comparaison avec les représentations d’Ippolito II d’Este s’avère pertinente : l’un des portraits les plus connus d'Hippolyte d'Este figure sur une fresque de la Sala dei fasti Farnesiani du Palazzo Farnese à Caprarola . Il le représente de profil, avec un nez proéminent et des cheveux clairsemés. Une représentation moins fréquente d’Hippolite est son portrait publié en 1777 dans les « Memorie istoriche di lefèreti ferraresi » de Giannandrea Barofi ; celui-ci est particulièrement intéressant pour notre étude car ses caractéristiques biométriques essentielles – notamment les distances respectives entre le sommet du crâne, les yeux, le bout du nez et le menton – correspondent à la tête ou aux traits du visage conservés du mannequin de Tivoli "(V. Hake).
Comparaison des portraits d’Hippolite II d’Este provenant de la Sala dei fasti Farnesiani du Palazzo Farnese à Caprarola et des « Memorie istoriche di letterati Ferraresi » de Giannandrea Barotti (reproduit ici en miroir) avec la tête/le visage de la pseudo-figure occidentale de Tivoli . Ces deux derniers portraits présentent de nombreuses similitudes biométriques frappantes. in Verena Hake
On peut s'étonner de ses vêtements civils, mais il faut imaginer le cardinal d'Este comme un "prince" de la Renaissance, avide de bénéfices ecclésiastiques pour financer non seulement son mécénat, mais ses chasses, ses fêtes, ses bals, et ses banquets, et lui permettre de mener une vie dissolue, voire extravagante bien documentée ; par exemple, il possédait une collection exceptionnellement importante et sans cesse croissante de vêtements principalement civils, et il affectionnait des couleurs peu appropriées à son rang de cardinal comme le « lionato », un orange foncé. Sur le dessin du Primatice "Un Turc" conservé à la Bibliothèque de Florence, dans des costumes peut-être réalisés pour la turquerie faite à Blois le 16 mars 1541, François Ier, le cardinal de Lorraine, Hippolyte d’Este et Charles d’Angoulême apparaissent "vêtus de belles livrées de diverses couleurs et coiffés de turbans".
Dans le salon de la Fontaine de sa résidence d'Este, dominé par le Banquet d'Hercule, se tenaient des réceptions qui, assurément, dégénéraient fréquemment en excès . . Dans le Salon "della Gloria", située trois salons plus à l'ouest et également ornée de fresques en trompe-l'œil sur toutes ses faces,son chapeau de cardinal est négligemment à côté d'une mitre blanche, au rayon des accessoires et posée sur la fausse étagère représentée sur le mur ouest, à côté d'ouvrages érudits.
Villa d'Este, Salon de la Gloire. Cliché lavieb-aile.
On peut dès lors imaginer que Hippolyte se dirige vers la jeune femme : le Salon de la Fontaine devient le milieu d'une rencontre annoncée, suspendue, attendue.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
10. Le grande vue du Jardin de la Villa d'Este.
Sous des guirlandes suspendues aux colonnes salomoniques, accentuant comme ailleurs le côté décor de théâtre, et le cartouche HIP CAR FER (Hippolyte cardinal de Ferrare), la vue de la Villa, de la partie haute en pente du jardin puis de sa partie basse, montre dans le lointain et la lumière du couchant l'Aniène qui serpente vers Rome.
Réalisée alors que le chantier n’était pas encore terminé, car basée sur un dessin de 1565, cette fresque est une vue de profil de l’ensemble du site. Au centre, un arbre dédié à Jupiter marque symboliquement la construction de l’image qu’il divise en deux parties distinctes : une surface plane et un plan fortement incliné, sur la gauche de l’image, offert au regard comme une sorte d’écritoire. Une troisième partie est constituée par le ciel - où l’on distingue des oiseaux - et un horizon lointain. La fresque est dessinée depuis le flanc intérieur de la colline à laquelle s’adosse le plateau du jardin, sa face oblique et le bâtiment qui domine l’ensemble, comme une coupe. "Le choix de ce point de vue fait en effet porter le regard vers Rome, à l’ouest, donc vers le soleil couchant, ces deux horizons se confondant avec le point de fuite de la fresque. La construction de la fresque rend possible une manipulation, un jeu de l’esprit, un jeu sur et avec les sens, certains points de vue de la villa in situ offrant également une telle jouissance spectaculaire. Si l’on ne connaît pas l’orientation du site ou, plus subtilement, si l’on en suspend volontairement la géographie objective, plus encore, si l’on abandonne son attention à la puissance magique et flottante, ambiguë, d’une rêverie éveillé par le lieu, l’on peut imaginer que la lumière venant frapper la face dressée obliquement est celle d’un soleil qui se lève sur une nouvelle création, non celle d’un soleil qui se couche sur Rome. Les signes semblent alors pouvoir s’inverser et tournoyer dans l’air du soir, comme la promesse d’une aube nouvelle : ce n’est plus Rome qui domine le monde, c’est le cardinal qui semble dominer Rome en attirant à lui toute la force conquérante de la ville éternelle." (Philippe Nys)
Rappel : "En fonction de la structure du terrain, le jardin fut divisé en trois sections distinctes : une première partie abrupte (30 mètres de profondeur et 15 mètres de dénivelé) est suivie d'une seconde en pente douce (60 mètres de profondeur et 15 mètres de dénivelé), se terminant par une troisième section plane de 85 mètres de profondeur. Le motif géométrique du plan, basé sur un module carré (30 mètres sur 30), est clairement évident dans les deuxième et troisième sections, divisées en carrés réguliers par plusieurs chemins rectilignes perpendiculaires.
Ce motif est moins évident dans la section la plus élevée, car elle est traversée par une série de chemins diagonaux destinés à faciliter l'ascension. L'axe perpendiculaire au palais, partant de l'ancienne entrée du jardin située Via del Colle, constitue la ligne de perspective principale du plan et est donc appelé « Viale della Prospettiva » (Chemin de la Perspective). Un thème architectural récurrent, mis en évidence par la perspective mentionnée ci-dessus, est celui de la loggia, réinterprétée avec différents niveaux de complexité compositionnelle, de la Fontana dei Draghi (Fontaine des Dragons) au palais : la succession de loggias représente en effet le seul élément reliant le volume du palais au jardin en contrebas." (Unesco)
Rappelons la présence du paon, accentuant le trompe-l'œil en déambulant queue trainante entre le fond du renfoncement factice organisé par les quatre colonnes, et le plancher. C'est encore un rappel du décor des maisons romaines et dominant au VIe siècle ap. J.C, notamment à Pompei et dans le Latium. Il était mis en relation avec le thème du renouveau et de la renaissance, car ses plumes caudales repoussent chaque année, et il était devenu, en Grèce, l'attribut d'Héra entre le VIe et le Ve siècle av. J.C avant d'acquérir une dimension eschatologique, médiateur entre le ciel et la terre, l'humain et le divin (Raphaël Démes 2017)
On en voitr un exemple sur une fresque de la Villa de Poppée à Pompéi.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
11. Vue de la villa d'Auguste à Tivoli.
angle gauche de la façade ouvrant sur le jardin. Pas de photo. D. Ribouillault a publié cette figure :
Denis Rigouillault 2009
12. Vue de la fontaine de l'Orgue et des trois bassins à poissons dans le jardin de la Villa d'Este.
Aux deux extrémités du mur donnant sur le jardin se trouvent deux vues de la Fontana dell'Organo, dont celle de droite représente la fontaine avant les modifications du XVIIe siècle et celle de gauche, retouchée à plusieurs reprises, son état actuel.
Un oiseau est posé sur la guirlande de fruits.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
13. Vue de la Delizia de Belriguardo sur le Pô, propriété d'Hippolyte d'Este.
Bâtie en 1435 par Nicolas d'Este, la Délice de Belriguardo, au sud de Voghiera, fut la première demeure construite en dehors des remparts de Ferrara. Ce fut l'une des plus grandes et des plus somptueuses résidences nobiliaires de la Renaissance. Lucrèce Borgia, mère d'Hippolyte d'Este, y séjournait fréquemment.
Un peu après qu'Hercule d'Este eut construit au début des années 1540 la Montagna di Sotto avec des viviers et fossés faisant de l'eau l'élément principal du décor, la célèbre villa de Belriguardo fut agrémentée d'un réseau de fossés assurant fraicheur et encadrant les grands parterres de surfaces cristallines (S. Frommel)
14. Fontaine de l'Orgue à la villa d'Este.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
Salon de la Fontaine, Villa d'Este. Cliché lavieb-aile 2024.
CONCLUSION.
Grâce à des auteurs comme Denis Rigouillault et Verena Hake entre 2005 et 2025, la compréhension du décor peint du Salon de la Fontaine a fortement progressé, mettant en évidence les volontés de l'architecte et du commanditaire d'imiter les anciens (triclinum romain, grotesques de la domus aurea, divinités romaines), et de répondre aux principes maniéristes de théatralité et de jeu avec le spectateur, dans un très savant réseau de références au génie du lieu (la Sibylle...), à la rivière (l'Aniène), à l'espace environnant et à ses monuments antiques, à l'ancêtre mythique de la famille d'Este (Hercule), et aux propriétés du cardinal Hippolyte II d'Este. Que ces auteurs soient remerciés de nous faire approcher de la complexité savante de la conception de la Villa d'Este.
SOURCES ET LIENS.
— FROMMEL (Sabine), 2008. Hippolyte d'Esté à Chaalis. In: Monuments et mémoires de la Fondation Eugène Piot, tome 87, 2008. pp. 143-172;
—HAKE (Verena), 2024, Transition et rencontre, dissolution et connaissance : La Loggetta dans le jardin d’eau de la Villa d’Este à Tivoli Avec des remarques sur les fausses portes du Salone della Fontana, INSITU – Zeitschrift für Architekturgeschichte
—RIBOUILLAULT (Denis), 2005,« Le Salone de la Villa d'Este à Tivoli : un théâtre des jardins et du territoire » Studiolo : revue d'histoire de l'art de l'Académie de France à Rome Année 2005 3 pp. 65-94 Fait partie d’un numéro thématique : Arts visuels et théâtre.
—RIBOUILLAULT (Denis), 2009, Le ville dipinte del cardinale Ippolito d’Este a Tivoli : l’architettura di fronte all’antico, la tradizione ferrarese, e un nuovo documento su Belriguardo 2009, Delizie estensi. Architetture di villa nel Rinascimento italiano ed europeo, F. Ceccarelli, M. Folin, ed., Florence, Olschki.
—RIBOUILLAULT (Denis), 2011, Toward an Archaeology of the Gaze: Perception and Function of Garden Views in Italian Renaissance Villas, in Clio in the Italian garden : twenty-first-century studies in historical methods and theoretical perspectives, Éditeur Dumbarton Oaks Research Library and Collection.
— RIBOUILLAULT (Denis), 2006 ‘Paesaggio dipinto, Paesaggio reale’ : notes sur une fenêtre de la Villa d’Este à Tivoli, Actes du colloque international (Ferrare, Castello Sforzesco, 2006). Collection : Ferrara Paesaggio estense ; 4
Symbolisme. La Villa d'Este fut créée selon un programme iconographique d'une grande érudition, conçu par Pirro Ligorio, le cardinal Hippolyte II d'Este et son conseiller et secrétaire dévoué, l'humaniste Marc-Antoine Muret. Ce programme visait à ennoblir la demeure et le cardinal lui-même en exaltant ses vertus et sa lignée, et en conférant une signification profonde à son œuvre architecturale. Fondé sur une connaissance intime des mythes et thèmes classiques, même les plus insolites et les plus ésotériques, ce programme tisse des récits à travers les différents espaces de la Villa, tissant des liens entrelacés aux niveaux de signification de plus en plus complexes et sophistiqués. Les significations symboliques, allégoriques et festives furent développées par l'ensemble des éléments du complexe architectural : des innombrables fontaines aux allées et jeux d'eau, de l'agencement de la végétation aux décorations picturales intérieures, jusqu'aux statues antiques qui ornaient à l'origine le palais et le jardin. La forte unité et la cohérence entre le contenu symbolique et l'apparence extérieure du jardin du XVIe siècle s'atténuèrent progressivement après la mort du cardinal, pour finalement disparaître en raison des modifications apportées à la décoration du jardin au cours des siècles suivants. De ce fait, il est aujourd'hui assez difficile de reconstituer les différents niveaux de signification symbolique.
Les allégories et les symboles de la villa peuvent être interprétés selon deux parcours différents, de haut en bas et inversement. Le premier parcours, « logique et destiné au public » (Madonna, 1979), est ascendant et débute par la porte de la Via del Colle, empruntée par les invités du cardinal. Au cours de l'ascension, parfois éprouvante, vers le palais, la succession des terrasses et le plan géométrique du jardin permettaient au visiteur de percevoir la structure spatiale et le contenu allégorique de la villa de manière ordonnée et logique. Tout au long de l'allée ascendante, le visiteur découvrait la succession de représentations du mythe d'Hercule, le symbole le plus évident du jardin, explicitement mentionné dans les deux épigrammes de Marc-Antoine Muret : « La fatigue n'eut pas raison d'Hercule, ni le plaisir voluptueux – l'âme du chaste Hippolyte – enflammé par l'amour de ces deux vertus – à Hercule et Hippolyte, Hippolyte dédia ces jardins.» « Les pommes d'or qu'Hercule déroba au dragon endormi appartiennent désormais à Hippolyte – reconnaissant de ce don, il voulut que celui qui l'avait offert soit dédié aux jardins qu'il avait plantés ici.» La figure centrale du programme iconographique « public » est donc Hercule, auquel la villa est liée par une double relation : il est à la fois l'un des dieux protecteurs de la région et le fondateur légendaire de la Maison d'Este. De même, la Villa célèbre le cardinal de Ferrare qui, à l'instar de son ancêtre mythique, dut accomplir des travaux mémorables pour créer son jardin et reçut ainsi les pommes d'or volées par Hercule au dragon Ladon, le gardien des Hespérides.
À ce mythe est dédiée la Fontaine des Dragons, située au centre du jardin où Hercule, et en son nom son héritier, le cardinal de Ferrare, et actuel propriétaire des pommes des Hespérides, représente le protecteur des vertus et des qualités morales léguées depuis l'Antiquité et actuellement gardées dans les jardins mythiques de la Villa d'Este. Le mythe s'est développé le long de la succession de loggias de l'étage supérieur : la Loggia di Hercole (où, dans la niche centrale, se trouvait à l'origine la statue d'un Hercule au repos), et la Loggia del Cardinale (avec la statue d'Hercule à la massue, qui faisait alors face au jardin). La série de statues d'Hercule le représentant à différentes étapes de sa légende symbolisait le développement espéré des vicissitudes personnelles d'Hippolite II : la lutte, la victoire, l'immortalité. Une salle du rez-de-chaussée du palais est dédiée aux travaux d'Hercule, et il figure également parmi les figures mythologiques représentées dans la première salle tiburtine, illustrant le mythe de la fondation de Tivoli.
Lié à Hercule est aussi le thème du choix entre la Vertu et le Vice (Hercule à la croisée des chemins), que la « Descrittione Anonima» place dans la grotte de Vénus « dédiée aux plaisirs voluptueux » et celle de Diane« dédiée aux plaisirs honnêtes et à la charité ». Dans cette grotte, située au sommet d'une pente abrupte, la statue de Diane est placée côte à côte avec celle du mythique Hippolyte, qui porte le nom du cardinal et auquel ce dernier s'identifie. Hippolyte est un emblème de chasteté, ayant préféré la mort à l'inceste avec sa belle-mère Phèdre. Il fut ramené à la vie par Esculape grâce à l'intercession de Diane, pour être réincarné en Virbius latin. Hippolyte était également le protagoniste du récit qui aurait été représenté sur les seize tapisseries conçues par Pirro Ligorio lui-même pour les salles du Piano Nobile.
La voie descendante propose un itinéraire antithétique, du palais au jardin, à la fois exotérique et alogique,destiné à une élite exclusive d'initiés capables de décrypter les différentes strates de signification héodonique, avec une« relecture globale des lieux comme une cosmogonie d'origine hésiodique, resématisée par l'orphisme néoplatonicien, et historicisée pour célébrer le génie de Joci » (Madonna, 1979).
La fontaine située dans la cour du palais, avec la statue d'une Vénus couchée plongée dans un sommeil néoplatonicien prédisposant à un niveau de connaissance supérieur, marque le début d'un voyage initiatique vers les mystères les plus profonds de la nature, ouvrant la voie à la rencontre avec la Sibylle de Tibur et son monde hermétique.
Vénus est ici représentée comme la Nimpha Loci, la gardienne sacrée de la première source qui alimente le jardin. L' identification de Vénus à la Nimpha Loci s'effectue par l'intermédiaire de l'élément eau, car toutes deux incarnent la fécondation et la nourriture vitale. Dans le jardin de Tivoli, Vénus ne doit pas être perçue comme la déesse de la luxure, mais comme Vénus Génératrice, le principe vital d'où naissent tous les éléments naturels, et vers qui ils retournent tous.
De nombreuses fontaines lui sont dédiées, de la grotte du Giardino Segreto à celle de l'enceinte de l'Ovato, en passant par la fontaine de la terrasse de l'Organo ; plusieurs statues la représentant ornaient autrefois les salles du palais, la loggia principale et diverses niches du jardin. Vénus émergeant des eaux est représentée au centre d'un mur de la seconde salle Tiburtine, où est représentée la représentation du mythe de l'une des principales divinités de Tivoli, à savoir la Sibylle Albunea, sous ses diverses personnifications : Ino, Leucothea, la Sibylle Tiburtine, Mater Natura, Diane d'Éphèse, Déesse de la Nature.
La figure de Vénus, allégorie de la vie et du mystère de la naissance, de la mort et de la régénération dans le cycle naturel, préfigure en effet la Sibylle, avec laquelle elle partage plusieurs caractéristiques. Ces caractéristiques peuvent être plus facilement comprises en revenant brièvement sur le mythe, décrit à plusieurs reprises par Pirro Ligorio dans son « Libro dell'Antichità » (Madonna, 1979-1981) : Vénus est la mère d'Harmonie, Concordia discors, qui, à son tour, engendra Ino et Cadmos, roi de Thèbes. Afin d'échapper à la folie de son époux Athamas, Ino se jeta à la mer avec son fils Mélicerte ; elle fut ramenée à la vie grâce à l'intercession de Vénus et de Bacchus, dont elle était la mère nourricière, et, transformée en Leucothée, elle fut accueillie parmi les Néréides, devenant déesse de la mer et protectrice des marins, tandis que son fils devint Palémon, dieu des ports. Entraînée avec Palémon par les eaux du Tibre jusqu'à Rome, devant l'île Tibérine, elle fut attaquée par les Bacchantes et sauvée par Hercule Saxanus. Tous deux trouvèrent réfugié auprès de la déesse Carmenta, qui prophétisa leur transformation en Mater Matuta et Portunus.
On ignore encore à quelle phase du mythe il convient d'attribuer sa personnification en la Sibylle Albunea Tiburtina, qui, entre autres, prophétisa la ruine de Rome (« urbs mollis, iniqua nefanda ») et, selon la tradition, l'avènement du Christ.
Le lien entre le mythe et l'élément principal de la villa, à savoir l'eau, est très clair. La mort symbolique d'Ino et sa métamorphose ont lieu dans l'eau. De sauvée, elle devient la protectrice des marins et la déesse de la mer, cette dernière étant à la fois l'origine et la fin de toutes les eaux. Leucothea entreprend alors son voyage initiatique et arrive à Rome par les eaux du Tibre, « symbolisant cette fois la détresse et le risque » (Madonna, 1980), et devient ici Mater Matuta, « la mère de toutes les eaux, la mère de la nature, la mère, c’est-à-dire l’origine, de toutes les activités » (Madonna, 1979).
On peut rattacher au mythe de la Sibylle tous les thèmes développés dans les trois fontaines principales, situées au même niveau, à mi-hauteur de la colline : le thème de la nature physique, le thème de l’exotérisme et de la nature mystique, le thème des éléments féminins (l’eau et la terre), le thème de la musique… le thème de la Grèce antique » (Madonna, 1979). Les trois fontaines marquent également les étapes du voyage initiatique de la déesse-prophétesse « comme une allégorie du transport physique de l'eau depuis l' Aniene » (Madonna, 1979). La Fontana di Tivoli, dominée
par la grande statue d'Albunea, est la représentation symbolique de ses multiples rôles : source, rivière,
montagne sacrée, forêt. Dans l'enceinte de la fontaine, le double secours apporté par Vénus et Bacchus est commémoré, avec la grotte et les deux petites fontaines qui leur sont dédiées. Le mystère du voyage initiatique de la Sibylle est symbolisé par le long chemin de la Cento Fontane, marqué par les Métamorphoses d'Ovide, une allégorie des changements opérés par le temps. La barque au centre de la fontaine de Rometta fait référence à l'Isola Tiberina, le lieu où Leucothea a débarqué, et à toute la scène théâtrale
La scène rappelle la malédiction de la Sibylle contre Rome. Le mythe s'achève à la Fontana dell'Organo, avec la glorification de la Sibylle comme Grande Mère, la Mater Matuta, représentée par la statue de Diane d'Éphèse déesse de la Nature, qui se dressait autrefois devant la grande niche centrale ; la déesse, par l'eau jaillissant de ses seins, est un être créateur de vie et produit les sons de la Musique et de l'Art. La clé d'interprétation du spectacle unique offert au XVIe siècle par la fontaine réside dans la
représentation des principales forces transformatrices de la Nature par la combinaison de quatre
éléments : la Terre, symbolisée par la statue de la déesse créatrice ; l'Air, qui donnait le souffle aux instruments de musique et reproduisait les cris des animaux ; Le Feu, évoqué par les miroirs qui, au XVIe siècle, furent disposés le long de la perspective afin de refléter les rayons du soleil, et l'Eau, qui coulait partout pour donner la vie au monde.
Les étonnantes métamorphoses de la nature provoquées par la Sibylle - Matuta, par son mystérieux pouvoir cosmogonique, sontégalement symbolisées par les trois Grottes des Sibylles situées sous la terrasse de la Fontaine de l'Organe. Le rugissement assourdissant de la cascade qui dévale de la grotte centrale, symbole du sein de la Grande Mère, ne peut manquer de rappeler que la voix prophétique de la Sibylle se métamorphose ici en le rugissement hermétique et terrifiant de la Terre Mère.
À la Sibylle, figure centrale du parcours exotérique, source de toute connaissance et de toute créativité, peut également être rattaché au thème de la Vertu, développé non seulement dans le jardin, mais aussi dans les décorations picturales des salles du Piano Nobile du palais. « La Vertu peut être comparée à la Sibylle, indiquant aux Romains le chemin du salut »(Fagiolo, 1979) : le paganisme peut être christianisé en opposant le chemin de la Vertu à celui de Volupté, représentée par la Rometta, emblème de la tromperie et des valeurs négatives. Le thème du choix entre la Vertu et le Vice, attribué par l'interprétation « publique » à Hercule, est en réalité rapporté à la Sibylle. Dans l'iconographie du XVIe siècle, la Sibyle de Tivoli est souvent accompagnée du Y pythagoricien, préfiguration de la croix, symbole d'Hercule à un carrefour, et, par analogie, du Cardinal lui-même. Comme les autres figures clés de l'iconographie de la Villa, de Vénus génératrice à Hercule et Hippolyte, Virbius, la Sibyle poétesse, vierge et mère, fait référence au Cardinal de Ferrare qui s'était arrogé le même rôle d'ordonner le monde à Tivoli et dans le jardin qu'il avait créé.
En effet, le Cardinal est symbolisé par la Sibylle dans ses activités de gouvernance et de réglementation, ainsi que sa nature de prêtresse et sa virginité.
L'ambiguïté apparente inhérente à la coexistence de natures opposées dans la figure de la Sibylle de Tibur (Vierge et Terre Mère) est à attribuer au syncrétisme de la culture de l'époque, se traduisant par l'
attitude mentale de « l'intellect supérieur » selon laquelle une vérité cachée se trouve dans la synthèse de significations opposées. En conséquence, la contradiction, ou plutôt la double signification des valeurs attribuées à Rome dans la fontaine qui porte son nom, peut être perçue : à la célébration de son image triomphante, lieu où les mythes et les vertus de l'antique Tibur se renouvellent et où coulent les eaux purificatrices de cette dernière, but convoité du parcours de vie du cardinal, s'oppose la condamnation implicite du rôle négatif de Rome, cité de la tromperie, corruptrice des âmes et objet d'ambitions sans bornes.
Le Salon de la Fontaine
Le salon principal central est appelé la Sala della Fontana diTivoli, en raison de la petite fontaine rustique placée contre le mur nord-est (n° 8), commencée par le graveur de fontaines Curzio Maccarone et achevée en 1568 par Paolo Calandrino. Entièrement recouverte de mosaïques et d'émaux, la fontaine est dédiée à la ville de Tivoli, représentée de manière synthétique dans le bas-relief de la niche centrale par les deux éléments paysagers les plus représentatifs de la ville, à savoir les ruines antiques, avec le temple de la Sibylle, et les eaux qui, coulant entre les rochers de tartre aujourd'hui disparus, se déversaient supposément dans le bassin en contrebas. La décoration picturale de cette salle, comme celle de la salle voisine d'Hercule, fut réalisée – à partir de 1565 – par six artistes sous la direction de Gerolamo Muziano, qui, en 1567, furent remplacés par une équipe dirigée par Federico Zuccari. Ce dernier peignit les fresques au centre des voûtes. Les peintures agrandissent l'espace de manière illusionniste, non seulement le long du périmètre des murs – une fausse loggia à colonnes torsadées s'ouvrant sur des vues du paysage –, mais aussi vers le haut, où une colonnade en perspective encadre le ciel en arrière-plan, le théâtre du « Banquet des Dieux », une fresque inspirée de celle de Raphaël à la Farnesina.
Au centre des quatre côtés de la voûte, ornés de figures grotesques, des édicules en stuc représentent des scènes allant des sacrifices à Apollon, Diane, Cérès et Bacchus. Dans les cadres ovales des bordures, quatre peintures de dieux sur des chars symbolisent les quatre éléments : Neptune l'eau,
Jupiter l'air, Pluton le feu et Junon la terre. Aux angles, les armoiries en stuc du Cardinal se trouvent près de couples de dieux : Bacchus et Cérès, Jupiter et Junon, Mars et Vénus, Minerve et Mercure, ce dernier étant probablement un autoportrait de Gerolamo Muziano. Parmi les vues murales, peintes en 1568 par Matteo Neroni da Siena, certaines sont particulièrement importantes pour l'histoire de la Villa d'Este, car elles représentent des paysages ou des détails du jardin et des fontaines ; ainsi, la grande fresque du mur nord-est témoigne de l'avancement des travaux du palais en 1568, avant l'ajout des ailes latérales, et montre le jardin « tel qu'il aurait dû être » selon A. Del Re.
Le monument funéraire ou enfeu (calcaire polychrome et marbre, vers 1508-1509) du duc René II de Lorraine dans la chapelle des Cordeliers de Nancy : la Première Renaissance en Lorraine.
Au milieu du mur sud de la nef de la chapelle des Cordeliers de Nancy (et non dans les chapelles latérales du fond de nef aménagées en enfeu), construite contre le palais ducal par René II en 1487 pour devenir la nécropole des ducs de Lorraine, le visiteur découvre le monument funéraire du fondateur, René II duc de Lorraine.
Or, ce monument témoigne de l'influence très précoce, dès 1509, de l'art italien introduit par Charles d'Amboise pour son château de Gaillon (1502-1510) et repris largement sur les pilastres du tombeau de l'évêque Thomas James en sa cathédrale de Dol-de-Bretagne en 1507, et plus discrétement sur ceux du tombeau de François II et Marguerite de Foix à Nantes en 1502-1507. Ce sont ces relations stylistiques entre les trois monuments qui sont passionnantes à découvrir : on les découvre aussi à la Porterie du Palais ducal de Nancy construite en 1502-1512. Dès le tout début du XVIe siècle, l'art italien en moins de dix ans s'affirme en Normandie, en Bretagne et en Lorraine, tout comme à Blois en Val-de-Loire dont la cour royale doit être le foyer.
.
La première Renaissance lorraine.
.
"D'une manière générale l'Europe se pacifie considérablement après la bataille de Nancy [gagnée par René II de Lorraine] en 1477, qui éradique la possibilité d'émergence d'un état puissant entre royaume de France et Saint-Empire romain germanique. Cette période de paix est favorable à la création artistique, c'est à ce moment qu'apparait une première Renaissance Lorraine (palais ducal de Nancy) dont l'âge d'or sera le règne du duc Charles III de Lorraine [duc de 1545 à 1608]. La Renaissance dans le duché de Lorraine prendra fin avec la guerre de Trente Ans (1618)" Wikipedia
.
Le monument funéraire de René II fut commandité après sa mort en 1508 par sa veuve Philippe de Gueldre, et sans doute par son fils Antoine alors âgé de 19 ans, qui hérite alors du duché.
La Renaissance débute en Italie puis se propage peu à peu en France après les premières guerres d'Italie par Charles VIII (1494-1497), puis en Lorraine suite à différents évènements dont le plus précoce est l’arrivée d’artistes italiens invités par le roi de France puis en Lorraine par les ducs angevins René 1er et René II : Antonio de Bergame, Citoni, Orphéo Galéani, Stabili…
Antoine le Bon (duc de 1508-1544) passa son enfance au palais ducal de Nancy puis fut envoyé parfaire son éducation à la Cour de France à la cour de Louis XII à Blois avec ses frères Claude, Jean et François. Il se lie d’amitié avec le duc d’Angoulême, futur François Ier, qui n’a que cinq ans de moins que lui. Il se alors familiarise avec la première renaissance ligérienne, car à Blois le nouveau décor à l’antique apparaît vers 1500, sur l’aile Louis XII du château, et à l’hôtel d’Alluye de Blois, et il peut découvrir l’encadrement des fenêtres par des pilastres, inauguré au château de Gaillon de 1501 à 1510 pour le cardinal Georges d'Amboise archevêque de Rouen et principal conseiller de Louis XII : ces pilastres déploient en bas-relief à candélabres toutes les inventions de l'art à l'antique, ou à la grotesque. Ces pilastres et ces corniches ornés de Gaillon et de Blois seront repris à partir de 1510-1515 dans les châteaux de Bury (détruit), Chenonceau, Azay-le-Rideau, Blois et bien sûr Chambord, entrepris en 1519, mais aussi au palais ducal de Nancy notamment sur sa célèbre porterie (1502-1512) inspirée de la porte Louis XII du château de Blois.
Si Antoine a manifesté tout au long de son règne (1508-1544) un grand intérêt pour l’art péninsulaire, il n’a pas fait venir d’Italiens à sa cour, à la différence de son frère Jean, le cardinal de Lorraine. "Il semble avoir préféré envoyer ses propres artistes étudier dans le duché de Milan les grandes réalisations qu’il avait lui-même pu admirer lors des campagnes d’Italie." (R. Tassin)
"Le 10 décembre 1508, le duc René II de Lorraine s’éteignit après avoir pris froid lors d’une chasse au château de Fains, non loin de Bar-le-Duc (Meuse). Après avoir d’abord songé, dans un premier testament de 1486, à être inhumé à la collégiale Saint-Georges auprès de ses prédécesseurs, le défunt formula le souhait, dans un second testament daté de 1506, de reposer dans l’église des Cordeliers qu’il avait fondée et construite. Le souhait de René II était que lui soit dédié un monument très simple au côté droit de l’autel. Accompagné d’une épitaphe, celui-ci devait prendre la forme d’un monument en bronze, gravée de son effigie, aux côtés de laquelle il serait possible de s’agenouiller pour réciter des prières tout en y reposant les bras. Le monument voulu par le duc fut réalisé par un fondeur dénommé « maître Jacques » et prit la forme d’un tapis en trompe-l’œil sur lequel le défunt était représenté couronné et tenant son sceptre. Sur les côtés, apparaissaient également à plusieurs reprises deux anges soutenant les armes de Lorraine ainsi qu’une inscription mentionnant : « Cy-gist tres hault, tres puissant et tres chevaleureux Prince, René de Lorraine, Roy de Jhrlm, de Sicile et d’Arragon, leq[ue]l eagié de lxij ans trespassa le vij de décembre l’an 1508 ».
Néanmoins, la veuve de René II, la duchesse Philippe de Gueldre, ne respecta pas entièrement les dernières volontés de son défunt mari. Si la plaque et l’épitaphe furent bien réalisées, un spectaculaire monument funéraire, dont le concepteur demeure à ce jour inconnu, leur fut adjoint en 1508-1509 comme le montre l’estampe de Sébastien Antoine de 1728 où on distingue la plaque de bronze entourée d’une structure métallique destinée à le protéger. Au sein d’un enfeu creusé dans le mur droit de la nef, deux statues en marbre blanc, peut-être dues au sculpteur Mansuy Gauvain, auteur de la statue équestre primitive du duc Antoine sur la porterie du palais, furent installées. La première représentait le duc René II, revêtu du manteau ducal et d’un camail d’hermine, à genoux devant un prie-Dieu recouvert d’un tissu brodé armorié sur lequel étaient posés la couronne ducale et un livre. Devant lui, debout sur un piédestal, était figurée la Vierge Marie présentant l’Enfant Jésus à la dévotion du duc." (P.H. Pénet)
C'est donc à la découverte de ces bas-reliefs à la grotesque que je vous convie, à la recherche sur les pilastres ou les chapiteaux des candélabres à animaux fantastiques et feuillagés, des médaillons, des coquilles, des bucranes, des arabesques et rinceaux, des dauphins, des putti jouant à la balançoire dans des guirlandes , etc.
Mais je ne négligerai pas, bien qu'elle soit mieux connue, la description des panneaux héraldiques.
.
Attribution.
La polychromie d’origine était due entre autre au peintre Pierrequin Fauterel et à l’enlumineur François Bourcier (P.-H. Pénet), également actif au palais ducal et qui avait été envoyé à Paris aux frais du prince pour y apprendre son art.
La sculpture est parfois attribué à Mansuy Gauvain, auteur de la statue équestre de la porterie du palais ducal.
.
DESCRIPTION.
.
Je diviserai le monument pariétal en trois registres : en bas, l'enfeu proprement dit, qui contenait jadis les statues du duc devant la Vierge, et qui est par son décor un véritable manifeste de la Première Renaissance en Lorraine. Au dessus, les six niches consacrées à l'Annonciation, et aux saints. Au sommet, les armoiries des royaumes de Hongrie, Sicile Jérusalem et Aragon, coiffées par trois acrotères avec Dieu le Père au centre.
"Au XVIe siècle, le discours de ce spectaculaire monument se prolongeait sur le vitrail qui le surmontait. Celui-ci représentait au sommet une rose ornée dans son centre des armes pleines de Lorraine entourées de celles des différents royaumes ou duchés les constituant. Dans les quatre lancettes, on pouvait distinguer saint Jean-Baptiste apportant une guérison miraculeuse au couple ducal couché dans un lit, puis René II en prière, identique au priant de l’enfeu, et, à l’extrême droite, un personnage armé de toutes pièces portant les armes de Lorraine" (P.-H. Pénet)
Le matériel héraldique se retrouve sur les trois registres.
Je débuterai ma description par le haut, pour consacrer le temps et la place nécessaire au décor à la grotesque des pilastres de l'enfeu.
.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
.
.
I. LE REGISTRE SUPÉRIEUR : LES ACROTÈRES, ET LA RANGÉE HÉRALDIQUE
Le couronnement est composé de deux parties superposées : en haut , trois acrotères, et plus bas un large linteau est orné de huit anges vêtus de dalmatiques tenant les écus des quatre royaumes de Hongrie, Sicile, Jérusalem et Aragon, prétentions territoriales des ducs de Lorraine héritées de la famille d’Anjou.
.
IA. LES TROIS ACROTÈRES.
.
La partie supérieure est constituée de trois acrotères de formes insolites composés, sur les côtés, de motifs de coquilles. Au dessus de chacun d’eux, se tiennent des putti tenant des phylactères.
.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
.
.
L'acrotère central : Dieu le Père entre deux anges musiciens.
.
Dans une niche où il siège sur une cathèdre, Dieu le Père bénit da la main droite et tient le globe crucigère. Il est coiffé d'une couronne impériale, et porte une chape damassée et dorée sur une robe blanche à sautoirs.
L'ange à sa droite joue du luth : on ne voit ni plectre, ni archet.
Son voisin joue d'un petit orgue portatif dont il actionne le soufflet de la main gauche.
Le panneau est entouré d'un arc en fer à cheval s'enroulant en volutes aux extrémités, arc orné de six chérubins et de deux putti ailés tenant un parchemin.
Il est surmonté de l’inscription « Le juste s’élèvera jusqu'à moi ». Il ne s'agit pas d'une citation biblique.
.
.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
.
.
L'acrotère de gauche.
Il est centré par une coquille découpée en pétales de marguerites, bleus et or.
Au centre, deux griffons (oiseaux au bec crochu et au corps feuillagé) croquent des raisins dans une coupe dressée en candélabre. C'est le premier exemple d'un ornement à la grotesque témoignant de l'influence des artistes italiens après leur découverte de la Domus aurea romaine vers 1480.
Sur la banderole en fer à cheval sont sculptés, en or sur fond rouge, des volutes réunies en miroir sur des pistils.
Deux anges assis au sommet tenaient un phylactère aujourd'hui brisé.
.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
.
.
L'acrotère de droite.
Il est semblable au précédent, mais le motif central est une tête de lion. Le fer à cheval, où nous retrouvons les rinceaux dorés, s'achève par de charmantes têtes féminines encapuchonnées. Les anges grimpés à califourchons sur l'acrotère sont presque intacts (tête de l'ange de droite brisée), ils tiennent un phylactère où nous lisons Iesus---maria.
.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
.
.
I B. LES ANGES PRÉSENTANT LES ARMES DES ROYAUMES DE HONGRIE, SICILE, JÉRUSALEM, ET ARAGON .
.
"Le large linteau est orné de huit anges vêtus de dalmatiques tenant les écus des quatre royaumes de Hongrie, Sicile, Jérusalem et Aragon, prétentions territoriales des ducs de Lorraine héritées de la famille d’Anjou. Ils faisaient écho à ceux qui étaient initialement gravés sur la plaque de bronze à l’effigie du duc tandis que, dans l’enfeu, les écus des duchés d’Anjou, de Lorraine et de Bar leur répondent toujours." (P.H. Pénet)
Ces revendications sont à la base des guerres d'Italie :
"Le royaume de Naples, jusqu'en 1442, est aux mains de la maison d'Anjou, maison cadette des Capétiens. À cette date, l'Aragon avec le roi Alphonse V en prend le contrôle. La maison d'Anjou essaie alors sans relâche d'en reprendre possession. Son dernier représentant, René d'Anjou meurt en 1480. Ses droits sur le royaume de Naples passèrent alors au royaume de France, où règne Louis XI, puis, à partir de 1483, Charles VIII.
Charles VIII doit faire d'importantes recherches dans les archives pour prouver le bien-fondé de ses prétentions, d'autant plus que la maison d'Anjou a perdu ses possessions napolitaines en 1442. Ce legs comprend aussi le royaume de Jérusalem, qui est occupé par les Mamelouks jusqu'en 1517. " (Wikipedia)
La fille de René Ier d'Anjou, Yolande d'Anjou (1428-1483), duchesse de Lorraine en 1473 et comtesse de Vaudémont, abdiqua en faveur de René II René II, duc de lorraine 1473 - 1508, Duc de Bar, comte de Vaudémont et d'Aumale, baron d'Elbeuf et de Mayenne, et sire de Joinville, qui réunit sous une même autorité les duchés de Lorraine et de Bar.
Les armes de ces quatre royaumes sont reprises dans les armoiries de René d'Anjou, de Yolande d'Anjou et de René II.
.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
.
.
Le chapiteau : deux masques de profil— couple de souverains couronnés ?— sont figurés sous un chérubin et un couple d'aigles, dans un entrecroisement de deux plantes, peut-être des cardères.
.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
.
. Deux anges présentant les armes couronnées du royaume de Hongrie fascé de gueules et d'argent de huit pièces (l'argent a noirci).
.
Les anges, très naturels, portent un diadème d'or, une dalmatique dorée à revers rouge et une tunique blanche à amict.
.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
.
.
Deux anges présentant les armes couronnées de Sicile [de Naples] d'azur semé de fleurs de lys au lambel de gueules en chef.
.
Les anges, portent au dessus de leur dalmatique une chape dorée, frangée, à fermail, à revers vert ou rouge .
.
On retrouve ces anges sur le vitrail datant vers 1510 de Jean de Lorraine, fils de René II et évêque de Metz conservé au musée lorrain : leur dalmatique pourrait être inspirée des gravures germaniques
.
Photo lavieb-aile
.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
.
.
Au milieu, vase à feuilles d'acanthes et masque léonin, flanqué de deux aigles. Deux autres aigles viennent picorer dans des cornes d'abondance.
.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
.
.
Deux anges présentant les armes couronnées du royaume de Jérusalem, d'argent à la croix potencée d'or cantonnée de quatre croisettes du même.
.
Les anges sont vêtus d'une tunique gris clair damassée de motifs dorés et serrée par un cordon.
.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
.
.
Deux anges présentant les armes, couronnées, du royaume d'Aragon d'or à quatre pals de gueules.
.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
.
.
Chapiteau de droite.
En partie haute, en or sur fond bleu : deux dragons enlacés par le cou, aux corps feuillagés.
Partie principale, en or sur fond rouge : quatre "dauphins" (poissons) feuillagés et aux queues liées de part et d'autre d'une guirlande ; deux dauphins tiennent dans leur gueule un collier de perles ou grelots (ou d'un chapelet à neuf grains).
C'est là encore un exemple du vocabulaire à la grotesque d'origine italienne.
.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
.
.
II. LE REGISTRE MÉDIAN : LES SIX NICHES : QUATRE SAINTS AUTOUR DE L'ANNONCIATION.
.
"Ce registre comprend six niches à coquilles où sont sculptées en haut relief six figures de saints identifiés par des phylactères. On peut d’abord y reconnaître, terrassant le dragon, saint Georges, patron des chevaliers, sous le vocable duquel était placé la collégiale jouxtant le palais, puis saint Nicolas, patron de la Lorraine, en l’honneur de qui René II avait fait reconstruire l’église de Port (actuelle basilique de Saint-Nicolas-de-Port). Ce dernier est représenté redonnant la vie aux trois enfants placés dans un baquet.
Au centre sont figurés l’archange Gabriel tenant un phylactère où sont écrits les mots « Ave gracia plena » "Je vous salue, [Marie], pleine de grâces" et la Vierge portant un livre et une croix de Jérusalem autour du cou, rappelant ainsi la dévotion particulière du duc envers l’Annonciation.
À ses pieds, un phylactère indique en abrégé la réponse de Marie : mihy scdm verbo tuum (mihy secundum verbo tuum), "Qu’il me soit fait selon ta parole", complétée, entre les deux personnages, d’un lys, symbole de pureté de la Mère de Dieu, sortant d’un vase doré et torsadé accompagné de l’inscription sit nomen domini , "Que le nom du Seigneur [soit béni]".
Enfin, à droite, apparaissent saint Jérôme, accompagné de son fidèle lion et, sans doute, de sa traduction de la Bible, ainsi que saint François d’Assise montrant ses stigmates. Ces deux dernières figures sont à mettre en rapport avec le précepteur du duc, Didier Birstorff, qui traduisit les écrits de saint Jérôme, et avec la fondation par René II du couvent des Cordeliers, une des branches de la famille franciscaine.
Au dessus des deux premiers pilastres, des phylactères portent deux inscriptions issues du Magnificat : fecit potentiam in brachio suo "Il a déployé la puissance de son bras", une des devises ducales, et « ecce ancilla Domini fiat "Voici la servante du Seigneur, qu’il m’advienne [selon ta parole]". Au dessus de celui de droite, on déchiffre, en capitales : « IE SUIS RENE RO[Y] DE IHERUSALEM »." (P.-H. Pénet)
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
.
.
Le sommet du pilastre de gauche et son inscription fecit potentiam in brachio suo
Cette devise du duc, qu'il accompagne parfois de UNE POUR TOUTES est extrait du Magnificat ; elle s'accompagne parfois du dextrochère ou bras armé d'une épée et sortant d'un nuage. On la trouvait aussi gravée sur l'épée de François Ier. Symbole de la puissance divine, elle désigne également la puissance du duc et fait écho à la victoire de René II contre Charles le Téméraire à la bataille de Nancy en 1477.
Sur la statue équestre du duc Antoine au centre de la porterie du Palais ducal, le duc lève son bras armé de l'épée comme pour revendiquer cette devise. D'ailleurs, le dextrochère figure sur la housse du cheval.
.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
.
.
Saint Georges terrassant le dragon.
Venant juste après cette devise, nous ne pouvons nous empecher de remarquer le bras armé du saint.
La chapelle des Cordeliers a été créée pour accueillir les tombeaux des ducs de Lorraine jadis inhumés en la collégiale Saint-Georges de Nancy.
De chaque côté, une frise d'alerons sur fond noir ou rouge renvoie aux armoiries de Lorraine.
.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
.
.
Les putti jouant avec des rubans dans le pourtour de la coquille, et autres anges ou masques.
.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
.
.
Saint Nicolas en évêque de Myre ressuscitant les trois enfants du saloir. Main droite brisée.
.
.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
.
.
L'ange Gabriel en dalmatique frangée tenant sur une verge fleurie la salutation de l'Annonciation Ave Maria [gratia] plena.
.
.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
.
.
L'inscription Ecce ancella domini fiat.
.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
.
.
La Vierge de l'Annonciation tenant ouvert le livre des Écritures.
.
Elle porte nautour du cou une chaine en or dont l'extrémité en forme de croix est tenue entre majeur et annulaire.
N.b : la reliure du livre se double d'une étoffe formant un sac de transport : c'est le "livre ceinture".
.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
.
.
Saint Jérôme, en cardinal, tenant ouvert la Vulgate, sa traduction latine de la Bible, que le lion touche de sa patte.
.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
.
.
Saint François montrant ses stigmates.
.
Le saint a toute sa place ici, dans la chapelle des Cordeliers, desservie par les franciscains.
.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
.
.
L'inscription IE SUIS RENE RO[Y] DE IHERUSALEM.
.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
.
.
Pilastre de gauche.
.
"Les grotesques sont une catégorie de peinture libre et cocasse inventée dans l'Antiquité pour orner des surfaces murales où seules des formesen suspension dans l'air pouvaient trouver place. Les artistes y représentaient des difformités monstrueuses créées du caprice de la nature ou de la fantaisie extravagante d'artiste : ils inventaient ces formes en dehors de toute règle, suspendaient à un fil très fin un poids qu'il ne pouvait supporter, transformaient les pattes d'un cheval en feuillage, les jambes d'un homme en pattes de grue et peignaient ainsi une foule d'espiègleries et d'extravagances. Celui qui avait l'imagination la plus folle passait pour le plus doué. " Giorgio Vasari, "Introduction technique", De la peinture (c. 1550), chapitre XIV
Vasari nous propose ici une définition des grottesques directement inspirée du texte de Vitruve (De Architectura) écrit seize siècles plus tôt.
À la fin du 15e siècle, la redécouverte de décors antiques dans les sous-sols de la Domus Aurea, palais de l’empereur Néron à Rome enfoui sous les thermes de Trajan et confondu avec des grottes, va permettre la renaissance d’un art appelé « grottesque » puis grotesque le chargeant ainsi du sens de comique, ridicule. Outre le principe de symétrie autour d'une ligne médiane verticale, dans des rinceaux habités, de longues tiges d'acanthe ou de vigne à l'enroulement infini où fourmille toute une faune à échelle variable et des superpositions de vasques et de coupes, l'une de ses caractéristiques principales est selon André Chastel, le jeu et la combinaison de formes hybrides mi-végétales, mi-animales ou mi-humaines qui surgissent dans un foisonnement vivant, dans un jeu de métamorphoses. André Chastel souligne aussi la négation de l'espace, (il s'agit d'un monde sans poids, sans épaisseur articulé selon un mélange de rigueur et d'inconsistance ; une architecture de la suspension et du vertige), et le démon du rire fondé sur le jeu, comme dans les bizarreries, drôleries ou monstres largement présents dans les manuscrits de l'Europe du Nord du XIVe siècle.Ce sont des formes de la pure imagination et de fantaisie .
Précision : un candélabre est dans l'art de la Renaissance, un motif fait de coupes, de vases superposés associés à des arabesques et décorant des piédroits ou pilastres ou toute surface haute et étroite.
Des gravures de candélabre circulaient dès le début du XVIe siècle, comme celles de Giovanni Pietro Birago , gravées vers 1505-1507 par Giovanni Antonio da Brescia :
.
INHA
.
De même, les gravures de Nicoletto da Modena , postérieures à 1507, pouvaient être disponibles aux nancéens : elles restituent de nombreux détails qui se trouvent dans les décors du Palazzo dei Pio à Carpi, sur la voûte (1509) de la cathédrale d'Albi et dans le château de Gaillon. Manuela Rossi émet l'hypothèse que les artistes qui ont peint les fresques du Palazzo dei Pio aient eu pour modèle les estampes de Nicoletto, comme le laissent penser certains détails de grotesques et la proximité géographique des chantiers.
.
Louvres : Panneau d'ornements Après 1507 gravé par Nicoletto da Modena
.
Mais ce décor était aussi présent dans les Livres d'heures imprimés à partir de 1488, par exemple par Vérard, Simon Vostre, Philippe Pégouchet ou par les Hardouyn.
.
.
Nous trouvons sur ce candélabre, de haut en bas :
couple de dragons de part et d'autre d'un arbre sur une coupe
couple d'oiseaux picorant des feuilles sur une coupe
deux dauphins aux queues feuillagées liées autour d'un médaillon de profil (homme aux traits rustres coiffé d'un bonnet)
un bucrane ou plutôt un massacre de cerf
deux oiseaux picorant des plantes aux tiges liées (chardon?)
.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
III. LE REGISTRE INFÉRIEUR.
.
Deux pilastres et un entablement délimitent un espace rectangulaire aujourd'hui vide et dans lequel on a placé une plaque de marbre portant l'épitaphe. Les statues du duc agenouillé à son prie-dieu devant la Vierge à l'Enfant, détruites à la Révolution, avaient été remplacées par des copies en plâtre du XIXe siècle qui ont été supprimées.
"Détruites lors de la Révolution, de même que la plaque à l’effigie ducale envoyée à la fonte, les sculptures du duc et de la Vierge à l’enfant furent refaites en plâtre par François Labroise, en 1818, qui rajouta sur le prie-Dieu une épée, un sceptre et un second livre. Le sculpteur restaura par ailleurs, outre la polychromie, le blason central et les trois écus présents à l’intérieur de l’enfeu : sur la gravure de Sébastien Antoine, les armes de Lorraine et de Bar sont en effet inversées et on distingue des couronnes ducales qui ont aujourd’hui disparu. Refaite en 1738, l’épitaphe murale fut également détruite à la Révolution puis rétablie en 1818 par le marbrier Miller-Thiry mais avec des dimensions moins larges, ce qui permit de rajouter un rideau peint en trompe-l’œil derrière le priant du duc. Jugés très maladroits par le conservateur du Musée lorrain Pierre Marot, les statues en plâtres de Labroise furent finalement retirés vers 1936." (P.-H. Pénet)
.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
.
1. La plaque de marbre et l'épitaphe copie du marbrier Miller-Thiry en 1818.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
.
.
2. La partie haute de l'enfeu est oblique aménageant ainsi deux registres horizontaux richement ornés d'entrelacs et de grotesques ; trois blasons sont intégrés dans le rang inférieur.
.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
.
.
Du côté gauche :
entrelacs et feuillages dissimulant deux masques d'enfants.
larges feuilles d'acanthe
deux oiseaux fantastiques (proches des aigles), feuillagés, boivent à la vasque d'une fontaine. Les piètements sont réunis par un lacs à nœuds tressés et rosette.
.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
.
.
Les armes d'Anjou, d’azur aux trois fleurs de lis d’or à la bordure de gueules. Restauration en 1818 par François Labroise.
Ces armes sont "modernes", ce sont celles adoptées par René Ier duc d'Anjou, avec trois fleurs de lis plutôt qu'un semé de fleurs de lis.
La bordure de gueules est remplacée comme sur le blason central par des billes rouges, formant un chapelet.
.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
.
.
Blason du duché de Lorraine, d'or, à la bande de gueules, chargée de trois alérions d'argent. Restauration en 1818 par François Labroise.
Les alérions, qu'on retrouve partout sur ce monument, sont, en héraldique des aiglons sans bec ni pieds.
.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
.
.
Suite de ce décor, du côté droit.
.
Nous retrouvons le très riche décor à l'antique avec, parmi les rinceaux :
deux aigles picorant des fruits dans un vase
deux superbes dragons ailés feuillagés s'affrontant
deux putti chevauchant une créature fantastique
deux dragons feuillagés picorant des fruits dans une vasque.
.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
.
.
Le blason du duché de Bar, d’azur semé de croisettes recroisetées au pied fiché d’or à deux bars adossés du même. Restauration en 1818 par François Labroise.
.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
.
.
Les armoiries de René II de Lorraine. Restauration en 1818 par François Labroise.
Elles réunissent les sept blasons dispersés ailleurs.
En langage héraldique ces armoiries sont dites coupées, on y trouve en chef, les quatre royaumes : Hongrie (fascé d’argent et de gueules de huit pièces), Sicile (Anjou ancien : d’azur semé de fleur de lis d’or au lambel de gueules en chef), Jérusalem (d’argent à la croix potencée d’or cantonnée de quatre croisettes de même) et Aragon (d’or à quatre pals de gueules) et, en pointe, les deux duchés : Anjou moderne (d’azur semé de fleurs de lis d’or à la bordure de gueules) et Bar (d’azur semé de croisettes recroisetées au pied fiché d’or à deux bars adossés du même), ainsi que, sur le tout, un écusson aux armes de Lorraine (d’or à la bande de gueules chargée de trois alérions d’argent).
L'écu est surmonté d'un heaume à grille à six barres, tourné de 3/4 vers la gauche, accompagné de ses lambrequins coiffé de la couronne ducale et d'un cimier portant un aigle aux ailes éployées.
On le comparera à celui qui figure sur la porterie du palais ducal, mais il fut restauré au XIXe siècle.
.
Porte piétonne du palis ducal de Nancy. Photo lavieb-aile 2024.
.
.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
.
.
LES PILASTRES DU REGISTRE INFÉRIEUR.
.
Quelques vues générales.
.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
.
Profils casqués feuillagés
Oiseaux feuillagés tenant un collier
Candélabre à collier et oiseaux.
.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
.
couple de dauphins feuillagés affrontés
.
N.B On a pu les rapprocher de ceux du frontispice de l'édition vénitienne de Térence 1499, mais on les retrouve ailleurs.
.
Frontispice du Terentius cum quinque commentis (Gallica, dans une édition de 1518)
.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
.
couple de dauphins feuillagés affrontés, aux queues entrelacées.
.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
.
candélabre à figures grotesques, etc.
.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
.
candélabre à couples de putti jouant avec des cordes. Putti grimpant dans les rinceaux.
.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
.
personnage coiffé de plumes buvant au tonnelet.
.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
.
aigle aux ailes déployées.
.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
.
candélabre et rinceaux.
.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
.
candélabre avec personnage tenant un écu à croix pattée, oiseaux picorant, chimères feuillagés.
.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
.
couple de dauphins feuillagés affrontés, les queues liées.
.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
.
épis de blé.
.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
.
couple de serpents feuillagés affrontés
.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
.
couple de dauphins feuillagés buvant à une coupe ; queues faufilées dans un entrelacs.
.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
.
couple de griffons ou félins feuillagés affrontés ; queues en rinceaux faufilées dans un entrelacs.
.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
.
candélabre à putti jouant et oisillons.
.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
Le monument funéraire de René II en la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
.
.
UN AUTRE EXEMPLE DE LA PREMIÈRE RENAISSANCE LORRAINE : LA FRESQUE DE LA VOÛTE AU DESSUS DU MAÎTRE-AUTEL .
.
Cette fresque représentant les Anges tenant les instruments de la Passion, accompagnés de saints dans des chapeaux de triomphe est attribuée à Hugues de la Faye, peintre du duc Antoine, et elle est datée du premier quart du XVIe siècle. Elle est donc voisine spatialement et chronologiquement du monument funéraire de René II et le commanditaire est le même. Parmi les saints, se trouvent Saint Louis d'Anjou vêtu de ses ornements épiscopaux dont une chape fleurdelisée, Saint Bonaventure, Saint Bernardin de Sienne et Saint Antoine de Padoue portant un coeur . Mais les figures sont accompagnées de séraphins tenant des cartouches à inscription, décor Renaissance, et les médaillons, rinceaux, candélabres et rubans relèvent du vocabulaire de la première renaissance.
Voir, pour la description détaillée et le relevé des inscriptions :
Voûte de la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
Voûte de la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
Voûte de la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
Voûte de la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
Voûte de la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
Voûte de la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
Voûte de la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
Voûte de la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
Voûte de la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
Voûte de la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
Voûte de la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
Voûte de la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
Voûte de la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
Voûte de la chapelle des Cordeliers de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
.
.
UN AUTRE MONUMENT DE LA PREMIÈRE RENAISSANCE LORRAINE : LE PALAIS DUCAL.
.
À la suite de la défaite de Charles le Téméraire, lors de la bataille de Nancy en 1477, le château des ducs de Lorraine était dans un état de délabrement avancé. Le duc René II (1473-1508) ordonna en 1502 la reconstruction du château dans le style Renaissance. Les travaux se poursuivirent jusqu'en 1512, sous le règne du duc Antoine qui est certainement l'instigateur de la porterie comportant sa propre statue équestre. Cette Porterie, ou entrée du château, construite en 1511-1512, est très inspirée de celle du château de Blois (Antoine avait passé une partie de son enfance à la Cour de Louis XII). Ses pilastres encadrant la porte sont ornés à l'antique, principalement avec des trophées d'armes, où des putti soutiennent des casques, cuirasses, tambours, carquois, boucliers et flèches, reprenant le décor du château de Gaillon dont les pilastres conservés au Louvre datent de 1510.
" Quant aux trophées militaires ornant les piédroits de la grande arcade du rez-de-chaussée, ils se distinguent, par leur précision et leur rigueur, des rinceaux et candélabres que l’on trouve sur le reste du monument. Doit-on vraiment leur conception et leur réalisation à l’un des ouvriers placés sous les ordres de Jaco de Vaucouleurs, comme le pense Paulette Choné (La Renaissance en Lorraine) , Gauvain se limitant exclusivement à la ronde-bosse [pour la statue équestre] ? Quoi qu’il en soit, ces reliefs martiaux figurent parmi les exemples les plus précoces de ce genre d’ornement au nord des Alpes, sans doute avant ceux de la façade des loges à Blois, et pourraient avoir été inspirés par des exemples lombards tels que le tombeau de Gian Galeazzo Visconti, réalisé par Gian Cristoforo Romano à la chartreuse de Pavie, entre 1492 et 1497" (R. Tassin 2020).
D'autres décors en bas-reliefs, à rinceaux et candélabres, sont visibles sur les pinacles et lucarnes du toit.
Comme le souligne Francine Roze pour le Congrès archéologique de 2006, les vestiges du palais :
"...représentent l'exemple le plus éclatant de l'architecture lorraine du début du XVIe siècle : un art venu de France, ponctué d'italianismes de seconde main plaqués sur une structure essentiellement gothique. Ils constituent donc un témoignage particulièrement éloquent des influences, des nouveautés et des archaïsmes qui se conjuguèrent en Lorraine à cette époque."
.
Raphaël Tassin défend en 2013 l'hypothèse d'une influence des gravures de l’Hypnerotomachia Poliphili (Le Songe de Poliphile) de Francesco Colonna publié à Venise en 1499, et de du De artificiali perspectiva, (2ème édition, Toul, Pierre Jacobi, 1509) deJean Pélerin dit Le Viator, chanoine de Saint-Dié vers 1498.
"Ainsi n’est-il pas incongru de trouver une probable influence desdits ouvrages dans les premiers grands monuments de la Renaissance des duchés, au début du règne du duc Antoine : la porterie du nouveau palais ducal et le tombeau de son père dans l’église attenante du couvent des Cordeliers.
La porterie du palais (v. 1511-1512), dans sa conception générale, reprend celle du château de Blois, où Antoine avait passé une partie de son éducation avec son frère Claude, auprès du roi Louis XII. Jean Pélerin lui-même s’est certainement rendu en Touraine vers 1501, et l’on trouve une planche représentant probablement l’aile Louis XII – avec quelques différences – dans la première édition de son traité. Les deux édifices adoptent une composition similaire caractérisée par un fort verticalisme, combinant un portail d’entrée et une grande niche où trône une statue équestre, dans un monument d’une forte empreinte gothique. Cependant des innovations non négligeables témoignent d’une prise de distance du bâtiment nancéien par rapport à son modèle et d’une inspiration encore plus tournée vers les territoires transalpins.
En effet le détail du vocabulaire décoratif employé est presque exclusivement issu de celui de la Renaissance – dauphins, coquilles, médaillons à l’antique, etc. – bien que l’effet visuel général reste plutôt « flamboyant » avec les pinacles et l’espèce de gâble couronnant la niche. Selon toute probabilité, le cloître de Saint- Gengoult à Toul a exercé ici une influence considérable, que l’on mesure aussi bien dans les contreforts ornés de médaillons à l’antique, les candélabres et les gâbles similaires à celui de Nancy couronnant la quasi-totalité des arcades des quatre galeries.
Mais le meilleur exemple en est sans doute le décor de candélabres, de grotesques et de trophées ornant les piliers encadrant la porte, dont le Quattrocento italien avait fait un abondant usage dans l’architecture tant réelle que feinte. Cette mode s’était installée en France au retour de la première guerre d’Italie menée par Charles VIII et l’on en trouve des exemples parmi les plus intéressants dans l’entourage du cardinal Georges d’Amboise à Gaillon. Dans le détail, les décors de grotesques et de candélabres de la porterie ont probablement été, non pas copiés tels quels, mais en tout cas inspirés en partie par les gravures sur bois accompagnant les livres comme celui de Francesco Colonna."
.
Palais ducal de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
Palais ducal de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
Palais ducal de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
Palais ducal de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
Palais ducal de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
Palais ducal de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
Palais ducal de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
Palais ducal de Nancy. Photographie lavieb-aile 2024.
.
SOURCES ET LIENS.
.
— BLANCHARD (Jean-Christophe), 2016, Georges Gresset, peintre et héraut d’armes des ducs de Lorraine (1523- 1559). 2016. ffhalshs-01264665f
https://shs.hal.science/halshs-01264665/document
—CHONÉ (Paulette) , 2011, "Le tombeau de René II aux Cordeliers", in Le duc de Lorraine René II et la construction d'État princier, numéro spécial Lotharingia t. XVI, 2010, p. 81-106.
—CHONÉ (Paulette) , 1991 , Emblèmes et pensée symbolique en Lorraine (1525-1633). « Comme un jardin au cœur de la chrétienté », Paris, Klincksieck, 1991
—CHONÉ (Paulette) ,2007, "Le cas singulier des emblèmes en Lorraine aux XVIe et XVIIe siècles", in Littérature 2007/1
— GERMAIN ( Léon), 1885, "Le lit d'Antoine, Duc de Lorraine, et de la Duchesse Renée de Bourbon au musée historique lorrain" Bulletin Monumental Année 1885 51 pp. 239-262
—RABAUD (Wanda), BOULEAU (Nicolas), 2020, A la source de la Renaissance française, Le livre d’Heures parisien Livres d’Heures imprimés à Paris entre 1488 et 1550
https://shs.hal.science/halshs-02898229/document
— SANTROT (Jacques), 2017, À Nantes, le tombeau des parents d'Anne de Bretagne, le duc François II et Marguerite de Foix.
—TASSIN (Raphaël), 2013, "Toul et Saint-Dié : deux centres artistiques aux sources de la Renaissance lorraine", in Renaissance à Toul. Morceaux choisis, catalogue d'exposition, sous la dir. A. Harmand et P. Masson, Toul, 2013, p. 214-223.
UN MONUMENT INSIGNE DE LA PREMIÈRE RENAISSANCE EN LORRAINE. – Paulette Choné étudie sous toutes ses facettes le tombeau de René II, duc de Lorraine, mort en 1508, dont l’inhumation eut lieu en l’église des Cordeliers de Nancy qu’il avait fondée. Les relations concernant ce tombeau sont nombreuses, beaucoup de voyageurs l’ont mentionné, mais peu d’auteurs l’ont vraiment regardé, et moins nombreux encore sont ceux qui ont tenté de restituer l’historique de sa réalisation. Quelques textes – essentiellement du XVIIe siècle – font toutefois exception, et apportent des détails précieux sur des dispositions aujourd’hui disparues.
Dans un premier temps, P. Choné restitue le tombeau prévu par le duc lui-même dans son testament. Elle s’attarde sur le sens précis des mots utilisés par René II pour analyser les intentions exactes du duc, qui voulait un tombeau « libre » – et non adossé contre un mur –, du côté de l’épître, entièrement en bronze, avec une plaque gravée à son effigie et une longue épitaphe. Sa faible hauteur n’était pas un signe d’humilité, mais devait permettre que l’on s’agenouillât devant pour prier. P. Choné propose de voir dans ce tombeau un parti « royal », où tout contribuait à proclamer la « souveraineté du prince ». L’auteur étudie ensuite le monument qui fut érigé, plus magnifique que prévu par la volonté de sa veuve, Philippe de Gueldre. En effet, le sarcophage bas fut réalisé, mais placé contre un mur, sur lequel fut ajouté un monument funéraire haut de six mètres, dont le registre inférieur, en forme de niche, abritait deux statues en marbre. Celles-ci représentaient René II agenouillé devant un prie-Dieu, et la Vierge présentant l’Enfant à son adoration, dans une disposition qui rappelait celle de l’Annonciation. La Révolution fit disparaître les statues, ainsi que le sarcophage et la plaque portant l’inscription. Les sources d’archives, lacunaires, ne permettent pas de préciser avec certitude l’emplacement de l’effigie gravée, ni celui de la plaque portant la longue inscription voulue par le duc, cette dernière pouvant avoir été fixée au mur du monument pariétal, au fond de la niche abritant les deux statues (le mot « enfeu » nous semble trompeur puisque le tombeau ne s’y trouvait pas). P. Choné analyse les comptes de dépenses relatives au tombeau, qui fourmillent d’indications concernant certains corps de métier, (menuisier, peintres, enlumineur, serrurier, fondeur, etc.), mais restent muets quant aux sculpteurs, laissant place aux seules hypothèses. Enfin, la dernière partie de l’article est consacrée à ce qui reste du tombeau aujourd’hui, c’est-à-dire le monument pariétal, en pierre, richement sculpté et peint, même si la polychromie a été assez malheureusement reprise au XIXe siècle. Au-dessus de la grande niche, aujourd’hui vide de statues, qui formait « une sorte d’arc triomphal », le registre supérieur, traité comme un polyptyque, comporte six petites niches à coquilles, avec des statues de saints et de l’Annonciation. L’auteur y lit un ensemble extrêmement cohérent et relève l’omniprésence de l’héraldique dans « l’ornementique ». Elle remarque aussi la « tonalité singulière » de cette petite architecture, sans base, qui néglige la mouluration et la symétrie, et où les raccordements ne sont pas toujours heureux.
Les sources proposées pour éclairer le répertoire de la première Renaissance qui foisonne sur le monument sont peut-être un peu moins convaincantes. P. Choné voit, dans les ornements « insolites » du couronnement, quelque antéfixe d’inspiration grecque ou étrusque. En l’absence de référence précise pouvant confirmer une telle hypothèse, nous serions plutôt tentée de voir ici des formes hésitantes de petits frontons cintrés à coquille. Quant à la page extraite d’une édition de Térence parue à Venise en 1499, elle présente des rinceaux et des candélabres bien éloignés de ceux qui décorent le monument de René II. Mais nous partageons entièrement l’opinion de Paulette Choné sur « la saveur pittoresque et éclectique » des détails de la sculpture. – Paulette Choné, « Le tombeau de René II aux Cordeliers », Lotharingia. Le duc de Lorraine René II et la construction d’un État princier, XVI, n° spécial, 2011, p. 81 à 106. Évelyne Thomas Centre André Chastel (Erham)
—Site Canalblog 2019, le palais ducal de Nancy : la porterie
Sans compter les sablières à cuirs chantournés et/ou grotesques du Maître de Plomodiern à Saint-Nic (1561-1566), Plomodiern (1564), à l'atelier du Cap-Sizun à Primelin, Pont-Croix (1544), Confort-Meilars, Esquibien ou de celle du Maître de Pleyben (1567-1576) à Pleyben, Kerjean, Plomodiern (Sainte-Marie du Menez-Hom), Bodilis, Saint-Divy, et peut-être Roscoff.
.
.
PRÉSENTATION.
Mon article précédent VIIIa peut servir de préambule. Tout l'intérêt de l'examen détaillé de cette clôture est d'y étudier la pénétration de l'art des ornemanistes de la Seconde Renaissance en Finistère. Et de poursuivre l' iconographie du thème des Sibylles.
On remarquera l'absence de la polychromie visible sur l'extérieure de la clôture.
.
LE RETOUR COTÉ SUD, DERNIÉRE TRAVÉE.
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
Si1. Homme posant la main sur la queue et la gueule d'un lion. Hercule ?
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
Si2. Hercule et l'Hydre. Hercule, casqué, tient une lance avec un étendard.
.
Pour H. Pérennès : Oedipe et le Sphinx.
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
Si3. Un cuir découpé, non sculpté. La tunique de Nessus ??.
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
.
.
Si4. Homme de science en robe et camail de docteur mais coiffé d'un turban faisant le geste d'argumentation avec l'index. Aristote.
Pour H. Pérennès : Aristote, en robe et camail de docteur, comptant ses arguments sur ses doigts.
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
Si5. Orphée jouant de la lyre.
.
Suggestion d'Henri Pérennès. Sur l'autre face (clôture coté extérieure), c'est une femme qui joue de la lyre.
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
Terme3. Terme canéphore barbu coiffé d'un turban et portant sur son panier un turban plus épais. Bras amputés en spirales ; pagne feuillagé.
.
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
Terme 4. Terme canéphore barbu et portant sur son panier rempli de fruits. Bras derrière le dos ; pagne feuillagé.
.
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
LE COURONNEMENT À TRIANGLES FIGURÉS DU COTÉ SUD INTÉRIEUR : QUATRE PREMIERS PERSONNAGES.
.
1. Femme élégamment vêtue et coiffée.
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
2. Homme élégamment vêtu et coiffé, tourné vers la femme précédente.
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
3. Femme élégamment vêtue et coiffée.
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
4. Homme barbu, tête nue.
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
LE RETOUR COTÉ SUD, PREMIÉRE TRAVÉE.
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
L'ENTABLEMENT COTÉ INTÉRIEUR SUD.
.
Si6 : Rinceaux symétriques au dessous d'un mascaron central. Deux tiges se fondent en tête d'oiseau dont le bec puissant mord la tige.
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
Si7 : rinceaux symétriques autour d'un candélabre central. Deux lions affrontés tête tournée en arrière.
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
Si8 : rinceaux symétriques autour d'un candélabre central. Deux oiseaux (aigles) affrontés en partie basse ; deux têtes barbues, de 3/4, en partie haute
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
Si9 : deux jeunes hommes nus dansant en tenant des cornes d'abondance ou flambeaux. Des tiges en sortent, et se transforment en dragons dont la gueule mord un ruban.
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
.
LES TERMES, ATLANTES ET CARIATIDES DU COTÉ INTÉRIEUR SUD, T7 à T11.
.
Note : deux d'entre eux, T8 et T9, ne sont pas des termes gainés, leurs jambes sont figurées entièrement.
.
T7. Cariatide canéphore mains derrière le dos, portant un pagne feuillagé.
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
T8. Atlante canéphore, nu, aux bras amputés, portant un pagne feuillagé. Cartouche sculpté derrière la tête, le bassin et les jambes, à cuir à enroulement pour les deux premiers.
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
T9. Cariatide canéphore aux bras amputés, la tête encadrée par une coiffe "égyptienne".
On trouve des modèles, à la coiffe indiscutablement égyptienne, dans les modèles d'Androuet du Cerceau.
.
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
T10. Cariatide canéphore, bras le long du corps, jambes dissimulées par un drap et par un cartouche.
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
T11. Terme gainé canéphore masculin, barbu, tenant un pagne chargé de fruits piriformes.
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
LE COURONNEMENT À TRIANGLES FIGURÉS DU COTÉ SUD INTÉRIEUR.
.
Tous ces personnages sont nimbés (l'auréole est intégrée au décor découpé du fond), et certains peuvent être identifiés comme étant des Apôtres. Ce sont Saint Pierre et son frère saint André, et comme ceux-ci débutent toutes les séries apostoliques, ils nous indiquent que le sens de la lecture du décor intérieur de la clôture se fait en allant de gauche à droite et du sud au nord. Ils sont tous enrubannés, derrière eux, par un phylactère, aujourd'hui muet, mais ils sont, au total sur les trois cotés de la clôture, trop nombreux pour ne constituer qu'un Credo apostolique avec ses 12 articles.
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
Saint Paul tenant un livre, et l'épée de sa décollation.
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
Saint Pierre tenant sa clef et un livre ouvert.
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
Saint André tenant la croix en X .
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
L'invité mystère.
.
C'est un saint (auréole) ; il est coiffé d'un chapeau, mais ce n'est pas saint Jacques (qui le suit au centre) ; un indice pourrait nous aider, c'est la tête de cheval sculpté sous la main droite.
Voir du coté nord deux autres personnages tenant des animaux .
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
.
LA PARTIE PRINCIPALE DE LA CLÔTURE ET SES 12 SIBYLLES.
.
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
L'ENTABLEMENT, SES 12 SIBYLLES ET SES 13 TERMES ET CARIATIDES.
.
LES SIBYLLES.
Je reprends ici les commentaires de mon article de mars 2017, sans ses développements.
.
1°) La Sibylle Cimmérienne et son biberon.
Elle annonce l'allaitement de Jésus par la Vierge.
Elle est coiffé d'un turban enrubanné d'une étoffe qui se poursuit par une barbette nouée dont les brins passent par l'anneau fermoir de la cape. La robe est plissée à la taille par une ceinture ; les manches sont doubles, et frangées. Le biberon, tel un hanap, s'évase en pavillon et est doté d'une embouchure.
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
2°)La Sibylle Phrygienne et l'étendard de la Résurrection.
Elle porte un voile, un manteau à manches bouffantes, une robe serrée par une ceinture.
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
3°) La Sibylle Hellespontine et la croix de la Crucifixion.
La tenue vestimentaire est proche de la précédente, hormis le décolleté carré de la robe.
La croix est écotée.
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
4°) La Sibylle Persique et sa lanterne du Jardin des Oliviers, terrassant un serpent (le démon dont triomphe le Christ).
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
5° et 6°) La Sibylle Erythrée et son rameau floral (un lys). La Sibylle Europa et son glaive.
La première annonce par ses vaticinations la virginité de la mère du Sauveur. La seconde a prédit le Massacre des saints innocents ordonné par Hérode.
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
7° et 8°) La Sibylle de Tibur et son gant du soufflet de la Passion. La Sibylle Libyque et son flambeau.
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
9°) La Sibylle Samienne et son berceau de la Nativité.
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
10°) La Sibylle Delphique et la couronne d'épines.
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
11°) La Sibylle de Cumes et son coquillage/œuf.
Cet attribut semblable, à Brennilis, à un pain rond, est en réalité un coquillage de type porcelaine, vulgairement appelé Vulve de Vénus, et faisant allusion à la virginité .
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
12°) La Sibylle Agrippa et le fouet de la Flagellation.
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
SAINT HERBOT AU CENTRE AU DESSUS DES PORTES.
.
Il bénit de la main droite et tient un bâton. Il correspond, sur la face extérieure du même entablement, à une statuette identique du saint.
Saint Herbot est représenté, avec le même bâton, en gisant sur la table placée dans le chœur ; mais également sur le porche ouest et sur le porche sud, ainsi que sur le calvaire.
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
LES TERMES GAINÉS ENTOURANT LES 12 SIBYLLES.
.
.
.
.
.
Terme chœur 1 : cariatide canéphore .
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
Terme chœur 2 :
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
Terme chœur 3 : cariatide canéphore coiffée d'un casque (ou coiffe à visière ?).
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
Terme chœur 4 :
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
Atlante ou cariatide du chœur 5 , à la tête casquée, aux bras abrégés en spirale, portant un pagne feuillagé, et dont les jambes entortillées s'achèvent par un pied placé à angle droit de l'axe habituel.
.
C e n'est pas un terme gainé, puisque les jambes sont figurées, mais néanmoins, elles perdent leur anatomie et leur liberté en se transformant en une queue à deux brins tressés, comme le terme Ts2 de l'extérieur du bras sud de la clôture.
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
Cariatide chœur 6 : canéphore avec un cartouche en cuir découpé derrière la nuque. Les jambes sont entières, ce n'est pas un terme gainé.
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
Terme chœur 7 : terme canéphore barbu tenant une étoffe devant son bassin.
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
Terme chœur 8 : cariatide canéphore bras croisés, portant un pagne de fruits ou légumes.
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
Atlante chœur 9 : torse nu, épaules voilées, tenant une étoffe devant son bassin.
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
Terme chœur 10 : cariatide canéphore aux bras amputés en spirale portant un pagne feuillagé.
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
LE COURONNEMENT DE LA FACE PRINCIPALE ET SES CHAPEAUX.
.
Nous l'avons vu, l'examen de la série des chapeaux triangulaires du couronnement montre qu'elle poursuit la série des apôtres débutée au le bas-côté sud. En débutant donc par la gauche, nous voyons successivement Jacques le Majeur, Jean, Thomas, Barthélémy, Jacques le mineur puis quatre autres apôtres non identifiables.
.
.
Saint Jacques au chapeau frappé d'une coquille, mais ayant perdu son bourdon.
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
Saint Jean bénissant la coupe de poison d'où émergent les dragons.
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
.
.
Saint Thomas tenant l'équerre.
.
Saint Barthélémy tenant son couteau à dépecer.
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
Saint non identifié.
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
Saint Jacques le mineur tenant son bâton de foulon.
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
Quatre autres saints non identifiés.
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
.
LA CLÔTURE SÉPARANT LE CHOEUR DU BAS-CÔTÉ NORD.
.
Seule la première travée est décrite.
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
Ni1. Panneau de grotesques. Autour du candélabre, des rinceaux relient un couple de têtes feuillagées d'hommes barbus vues de profil avec deux animaux couchés portant une corne feuillagées.
.
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
Ni2. Panneau de grotesques. Autour du candélabre, des lions et un mascaron cornu s'intègrent aux rinceaux.
.
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
Ni3. Panneau de grotesques. Autour d'un axe central, deux jeunes hommes assis et placés en miroir jouent de la flûte traversière . En dessous, les rinceaux accueillent des masques feuillagés et un mascaron.
.
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
Ni4. Panneau de grotesques. En partie supérieure, un cartouche à cuir découpé à enroulement est orné d'un mascaron. Les rinceaux se transforment en tête d'oiseau mordant les tiges.
.
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
LES TERMES GAINÉS DE L'INTÉRIEUR DU CÔTÉ NORD.
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
LE COURONNEMENT ET SES CHAPEAUX.
.
La série des saints nimbés et entourés de phylactères se poursuit, avec de fréquentes difficultés d'identification.
Premier saint : le seul élément remarquable est la tête animale, comparable à la tête de cheval observée, dans une position symétrique, du coté sud.
Il est difficile de dire la nature de cet animal ; et encore plus difficile d'y voir l'un des quatre attributs des évangélistes.
.
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
Deuxième saint : un attribut tenu dans la main gauche est brisé.
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
Troisième saint : bien qu'il soit nimbé comme les autres, la bourse tenue dans la main gauche incite à y voir Judas.
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
Quatrième saint tenant un objet ou animal (oiseau ?) dans la main gauche .
.
Face intérieure de la clôture de chœur (bois, vers 1570-1580) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
.
.
SOURCES ET LIENS.
.
— CHAUSSEPIED (Charles),1914, Notice sur la chapelle de Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou, Bulletin de la Société archéologique du Finistère T. XLI pages 128-139
"De la seconde moitié du xvie siècle, il clôt le chœur sur trois côtés et comprend une série de panneaux sculptés en haut et en bas, séparés par des balustres tournés formant claire-voie. Les panneaux du bas sont décorés d'arabesques Renaissance. Sur ceux du haut regardant la nef sont figurés les douze apôtres en dix panneaux séparés par des cariatides et, sur les faces latérales, au nord les petits prophètes, au sud les sibylles. A l'intérieur, seize stalles font corps avec le chancel. Les panneaux qui les surmontent sont décorés, dans la partie centrale, de douze saints et saintes en dix panneaux séparés par des cariatides et, sur les côtés, de motifs décoratifs. Les jouées d'extrémité des stalles supportent un entablement formant baldaquin décoré de dix-huit bustes des évangélistes, des prophètes et des docteurs. En avant du chancel, deux tables de pierre servent à déposer les offrandes le jour du pardon, d'un côté les crins, de l'autre les mottes de beurre. Une restauration récente a mis au jour l'inscription suivante se rapportant à la Crucifixion qui le couronne : [.'AN 1659 O VOS OMNES QUI TRANSITIS PER VIAM ATTENDITE ET VIDETE SI EST DOLOR SICu(t) DOLOR Me(us) O : VOUS TOUS PASSANS ARRESTEZ VOUS E VOYEZ SIL EST UNE DOULEUR SEMBLABLE A LA MIENNE : LAM..."
— COUFFON (René), 1959, Notice de Plonévez-du-Faou, Répertoire des églises et chapelles du diocèse de Quimper
— PÉRENNÈS (Henri), 1942, Monographie de la paroisse de Plonévez-du-Faou. Imprimerie bretonne (Rennes) 55 p.: ill.; 21 cm. Pérennès Henri, “Plonévez-du-Faou : monographie de la paroisse,” Collections numérisées – Diocèse de Quimper et Léon, consulté le 19 mars 2017, http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/items/show/9799.
— BONNET (Philippe), RIOULT (Jean-Jacques), 2010, « Saint-Herbot. Chapelle Saint-Herbot », dans Philippe Bonnet et Jean-Jacques Rioult, Bretagne gothique, Paris, Picard, coll. « Les Monuments de la France gothique », 2010, 485 p.
— RIOULT (Jean-Jacques), 2009, « Plonévez-du-Faou, chapelle Saint-Herbot », Congrès archéologique de France « Finistère 2007 », 2009, p. 203-208
— CASTEL (Yves-Pascal), DUCOURET, 1966, 1972 et 1986, Dossier IA00005154 Inventaire général, région Bretagne
—ANDROUET DU CERCEAU (Jacques), 1559 Livre d’architectvre de Jaques Androvet du Cerceau, contenant les plans et dessaings de cinquante bastimens tous differens : pour instruire ceux qui desirent bastir, soient de petit, moyen, ou grand estat. Auec declaration des membres & commoditez, & nombre des toises, que contient chacun bastiment, dont l’eleuation des faces est figurée sur chacun plan..., Paris, s.n., 1559.
—ANDROUET DU CERCEAU (Jacques), Second Livre d’architecture, par Iaqves Androvet Du Cerceau. Contenant plusieurs et diverses ordonnances de cheminées, lucarnes, portes, fonteines, puis et pavillons, pour enrichir tant le dedans que le dehors de tous edifices. Avec les desseins de dix sepultures toutes differentes, Paris, André Wechel, 1561.
—ANDROUET DU CERCEAU (Jacques), 1582, Livre d’architecture de Jaques Androuet Du Cerceau, auquel sont contenues diverses ordonnances de plants et élévations de bastiments pour seigneurs, gentilshommes et autres qui voudront bastir aux champs ; mesmes en aucuns d’iceux sont desseignez les bassez courts... aussi les jardinages et vergiers..., Paris, pour Iaques Androuet du Cerceau, 1582. de l’Orme (Philibert), Le Premier tome de l’architecture, Paris, Frédéric Morel, 1567.
— COUFFON (René), 1948," l'architecture classique au pays de Léon, l'atelier de l'Elorn, l'atelier de Kerjean", Mémoires de la Société d'Histoire et d’Archéologie de Bretagne. 1948, 28.
— DELORME (Philibert), 1567 Le premier tome de l'architecture de Philibert de L'Orme conseillier et aumosnier ordinaire du Roy, & abbé de S. Serge lez Angiers , Paris, Federic Morel
— DE GRANDE (Angelo), 2014, "De Fontainebleau vers la Lorraine: l’ordre anthropomorphe de la maison «des Sept Péchés capitaux» à Pont-à-Mousson" in Gravures d'architecture et d'ornement au début de l'époque moderne : processus de migration en Europe (sous la direction de S, Frommel et E. Leuschner), pp.205-218, 2014.
— FROMMEL (Sabine), 2018 Supports anthropomorphes peints de la Renaissance italienne, in Frommel, Sabine – Leuschner, Eckhard – Droguet, Vincent – Kirchner, Thomas (dir.) Construire avec le corps humain/ Bauen mit dem menschlichen Korper. Les ordres anthropomorphes et leurs avatars dans l'art europèen de l'antiquité à la fin du XVIe siècle/ Antropomorphe Stùtzen von der Antike bis zur Gegenwart, Campisano Editore 2 volumes pp 618, 40 ill.
Rares sont les motifs architecturaux qui témoignent d'une persistance telle que les ordres anthropomorphes, depuis l'Antiquité jusqu'à la période actuelle, en passant par le Moyen Âge. Leur évolution s'articule par de subtiles interactions entre les domaines sculptural, architectural et pictural, alors qu'une fortune théorique durable a été instaurée par la description détaillée par Vitruve des "Perses" et des "Caryatides" dans son traité De architectura libri decem. Contrairement aux ordres architecturaux canoniques, ce " sixième ordre " invite à des interprétations et des variations plus souples et plus personnelles. Il put ainsi assimiler des traditions locales très diverses lors de son parcours triomphal dans toute l'Europe. Si la signification originelle de soumission et de châtiment de ces supports reste valable, les valeurs narratives ne cessèrent de s'enrichir et de s'amplifier, en faisant de ce motif un protagoniste abondamment présent dans de multiples genres artistiques, des meubles aux monuments les plus prestigieux, et qui révèle les mutations typologiques et stylistiques au fil du temps. Les contributions réunies dans ces deux volumes fournissent un large panorama européen de ces occurrences, offrant un large éventail de synergies et d'affinités révélatrices.
—SAMBIN ( Hugues), 1572 Oeuvre de la diversité des termes dont on use en architecture reduict en ordre : par Maistre Hugues Sambin, demeurant à Dijon, publié à Lyon par Jean Marcorelle ou par Jean Durant. Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 126685.
—SERLIO (Sebastiano ), 1551 Liure extraordinaire de architecture, de Sebastien Serlio, architecte du roy treschrestien. Auquel sont demonstrees trente Portes Rustiques meslees de diuers ordres. Et vingt autres d’oeuvre delicate en diverses especes, Lyon, Jean de Tournes, 1551.
— VITRUVE, 1511, De architectura M. Vitruvius per Jocundum solito castigatior factus cum figuris et tabula, traduit par Fra Giovanni Giocondo en 1511 à Venise chez G. da Tridentino avec 136 gravures sur bois
Sans compter les sablières à cuirs chantournés et/ou grotesques du Maître de Plomodiern à Saint-Nic (1561-1566), Plomodiern (1564), à l'atelier du Cap-Sizun à Primelin, Pont-Croix (1544), Confort-Meilars, Esquibien ou de celle du Maître de Pleyben (1567-1576) à Pleyben, Kerjean, Plomodiern (Sainte-Marie du Menez-Hom), Bodilis, Saint-Divy, et peut-être Roscoff.
.
.
PRÉSENTATION.
Mon article précédent VIIIa peut servir de préambule. Parti du bas-côté nord , je poursuis l'étude des sculptures du coté extérieur de la clôture de chœur de Saint-Herbot : après la nef, voici le bas-côté sud. Son vitrail porte la date de 1556, comme le vitrail du chœur. La datation de la clôture est plus imprécise, estimée entre 1575 et 1580 (J.J. Rioult) ou 1560-1570 (F. Piat).
.
Peinture.
Je n'ai pas commenté dans les articles précédents la présence de restes de polychromie, pourtant plus remarquable sur les panneaux des apôtres. Cette dernière n'est visible que sur l'entablement, et il est possible que les fuseaux de la claire-voie, le couronnement de l'entablement et les panneaux inférieurs n'aient pas été peints, comme les stalles sur lesquelles aucune trace de peinture n'est visible. Mais sur l'entablement, les panneaux conservent sur les parties les moins saillantes la sous-couche de peinture blanche, et parfois sur celle-ci des traces de rouge (joues), d'ocre jaune, de bleu-gris (paniers) ou de noir (yeux). J'ignore les dates des restaurations récentes, mais je peux citer cet extrait :
« Le cancel, dans son .état primitif, note M. du Cleuziou, n'était recouvert d'aucun enduit ni vernis. Il commençait à souffrir. comment empêcher l'humidité et les vers de faire· leur œuvre? Un excellent menuisier, originaire de Morlaix, fixé depuis longtemps au bourg de Plounévez, le père Le Bail, et son fils, se proposèrent. Il fallait surtout éviter de faire disparaître les fonds colorés ·alternativement bleu et rose pâle. sur lesquels les têtes demi-saillantes des panneaux supérieurs du jubé ressortaient. Le père Le Bail se faisait fort de les conserver, on passa outre à ses offres, et un vernis uniforme a fait disparaître cette disposition de coloris harmonieux. (H. Pérennès 1942)
.
Thématique.
.
Nous retrouvons pour l'entablement la composition du bas-côté nord, avec pour la clôture de la première travée quatre panneaux de grotesques séparés par cinq termes gainés, puis dans la dernière travée cinq panneaux occupés par un personnage (à identifier) séparés par six termes gainés.
.
.
Je décrirai l'entablement en suivant mon parcours de gauche à droite, et en désignant les panneaux dans ce sens de S1 (Sud1) à S9, et les termes gainés de Ts1 (Terme sud 1) à Ts11.
.
Partie de la clôture décrite dans cet article.
.
.
L'ENTABLEMENT.
.
L'entablement est formé de quatre panneaux principaux dont le décor issu du vocabulaire de la Seconde Renaissance s'organise par symétrie autour d'un candélabre central.
.
I. Les panneaux de la première travée du chœur.
Clôture de chœur ( chêne, vers 1570) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
S1. Panneau de grotesques : au dessus d'un cartouche à cuir découpé à enroulements, et autour d'un candélabre central, se cachent dans le rinceau deux oiseaux et deux têtes de dragons.
.
Clôture de chœur ( chêne, vers 1570) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
S2. Panneau de grotesques à candélabre central et à rinceaux dans lesquels se cachent dans des lames géométriques un mascaron central et quatre têtes de vieillards, et en bas deux formes animales.
.
Clôture de chœur ( chêne, vers 1570) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
.
S3 et S4.
.
Clôture de chœur ( chêne, vers 1570) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
S3. Panneau de grotesques ; autour du candélabre central, deux hommes barbus et coiffés de turban montrent leur tête à travers les rinceaux, au dessus de lames géométriques et en volutes.
.
Le turban et les barbes à mèches longues laissent imaginer des personnages bibliques, des vieillards, mais l'artiste préserve le mystère qui libère nos imaginations.
.
Clôture de chœur ( chêne, vers 1570) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
Clôture de chœur ( chêne, vers 1570) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
Clôture de chœur ( chêne, vers 1570) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
S4. Panneau de grotesques : deux femmes dansant nues sous deux hommes jouant du traverso. Rinceaux encadrant un candélabre ; mascaron dans un entrelacs de lames géométriques.
.
Les deux musiciens sont barbus ; ils sont vêtus de manteaux aux épaules bouffantes à crevés, comme des nobles de l'époque Henri II.
Le mascaron a une tête vaguement humaine mais dotée de deux longues oreilles.
.
Clôture de chœur ( chêne, vers 1570) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
Clôture de chœur ( chêne, vers 1570) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
Clôture de chœur ( chêne, vers 1570) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
II. La deuxième travée du chœur et la porte sud de la clôture.
.
Clôture de chœur ( chêne, vers 1570) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
Clôture de chœur ( chêne, vers 1570) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
S5. Femme agenouillée mains jointes devant un lutrin et tournée vers la gauche.
.
Cette femme qui porte la même tenue vestimentaire que beaucoup d'autres personnages de l'entablement, et notamment ces manches à trois niveaux successifs, et aux cheveux libres, doit-elle être vue comme une Vierge de l'Annonciation, ou comme une donatrice ?
.
La bordure à cuirs découpés à enroulement et lames géométriques abrite trois masques, ceux de deux hommes barbus coiffés d'un bonnet en haut, et celui, en bas et au centre, d'un homme barbu sous une volute (corne ou chapiteau ?).
.
.
Clôture de chœur ( chêne, vers 1570) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
Clôture de chœur ( chêne, vers 1570) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
.
S6. Jeune homme tenant un bâton.
.
Je peux suggérer l'hypothèse d'y voir l'ange de l'Annonciation complétant le panneau précédant (les deux panneaux auraient été intervertis) en raison de la tête imberbe aux cheveux bouclés, de la posture une jambe en avant, genou demi-fléchi, des pieds nus, de l'aube bouffant à la taille sous un cordon masquée, du col qui pourrait être un amict, et du bâton de messager de Dieu, intermédiaire entre le lis et le phylactère.
.
Bordure : lames géométriques et cuirs à enroulement.
.
Clôture de chœur ( chêne, vers 1570) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
Clôture de chœur ( chêne, vers 1570) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
S7. Homme portant une épée au flanc.
.
Cet homme porte un manteau court (restant au dessus des genoux) serré par une ceinture et dont les pans s'évasant en arc forment un vaste col, alors que les manches sont à crevés. Sa barbe (un peu trop longue), son bonnet de travers, sa posture main droite à la taille et main gauche sur le pommeau de son épée, et sa copieuse braguette en font un portrait d'un seigneur à la cour d'Henri II.
Clôture de chœur ( chêne, vers 1570) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
LA PORTE : PARTIE INFÉRIEURE.
.
.
Cette porte qui conserve, comme les deux autres, sa serrure et sa ferrure d'origine, comporte deux panneaux sculptés autour d'un montant central également sculpté.
Sur le panneau de gauche, un bucrane tient dans sa gueule des rubans qui s'entrelacent, passent par un cuir découpé et s'achèvent en rinceaux feuillagés.
Le panneau de droite répond un peu à la même disposition, sous une tête de lion, avec un vase au centre.
Le montant associe des rubans entrelacés en boucles et des feuillages.
.
Clôture de chœur ( chêne, vers 1570) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
Clôture de chœur ( chêne, vers 1570) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
.
LES ONZE TERMES GAINÉS.
.
.
Ts1. Terme canéphore féminin (cariatide), torse nu, bras derrière le dos recouverts d'un voile.
.
Clôture de chœur ( chêne, vers 1570) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
Clôture de chœur ( chêne, vers 1570) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
Ts2. Terme canéphore masculin coiffé d'un turban, bras croisés, au piètement en queue double entortillée.
.
Au lieu d'être doté d'un piètement en tronc de pyramide, ce terme canéphore voit le bas de son corps remplacé par une queue bifide aux brins tressés.
Il rappelle immédiatement plusieurs autres exemples présents en Finistère, notamment à Bodilis et à La Martyre (cf. liens supra).
Mais il renvoie surtout aux modèles proposés par Androuet du Cerceau, notamment la première cariatide de la planche 5 de Termes et cariatides (159-1560), ou les deux termes qui encadrent l'arc selon l'ordre salomonique débutant son Quinque et viginti exempla arcuum de 1554.
.
Clôture de chœur ( chêne, vers 1570) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
Ts3. Terme canéphore féminin (cariatide) aux cheveux libres, torse nu, bras derrière le dos recouverts d'un voile, et aux pieds croisés.
.
Cette position d'ouverture, genoux légèrement fléchis et pieds à 180°, était déjà celle de la cariatide de l'entablement central (T2 de ma typologie), mais c'était alors le pied gauche qui venait devant.
.
Clôture de chœur ( chêne, vers 1570) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
Clôture de chœur ( chêne, vers 1570) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
Ts3. Terme canéphore féminin (cariatide) aux cheveux nattés et cerclés, tenant un rouleau à volute libérant un voile devant le bassin.
.
Clôture de chœur ( chêne, vers 1570) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
Ts5. Terme canéphore masculin.
.
Clôture de chœur ( chêne, vers 1570) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
Clôture de chœur ( chêne, vers 1570) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
Dans la dernière travée.
.
Ts6. Terme canéphore féminin (cariatide).
.
Clôture de chœur ( chêne, vers 1570) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
Ts7. Terme canéphore masculin, tête recouverte d'une capuche courte, moustachu et barbu, aux amorces de bras feuillagées, et au pagne feuillagé.
.
Clôture de chœur ( chêne, vers 1570) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
Ts8. Terme canéphore masculin, tête recouverte d'une capuche courte, moustachu et barbu, aux amorces de bras fleuries et au pagne feuillagé.
.
Clôture de chœur ( chêne, vers 1570) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
Ts9. Terme canéphore féminin (cariatide) aux cheveux libres sous un voile, et aux bras le long des hanches.
.
Clôture de chœur ( chêne, vers 1570) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
Clôture de chœur ( chêne, vers 1570) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
Ts9. Terme canéphore masculin moustachu, torse nu mais aux épaules voilées, aux bras derrière le dos.
.
Clôture de chœur ( chêne, vers 1570) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
Ts9. Terme canéphore masculin moustachu aux bras amputés, et au pagne feuillagé. Corbeille bûchée.
.
Clôture de chœur ( chêne, vers 1570) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
Clôture de chœur ( chêne, vers 1570) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
Ts11. Terme canéphore féminin (cariatide).
.
Clôture de chœur ( chêne, vers 1570) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
.
LE COURONNEMENT ET SES "CHAPEAUX".
.
Dans la première travée, les quatre chapeaux triangulaires sont vides, ou ne comportent pour les deux premiers que des ébauches.
Dans la dernière travée, ils montrent les bustes de trois hommes alternés avec deux femmes. Ces cinq personnages sont en costume et coiffure Renaissance, même si l'homme au centre porte un turban et une longue barbe à boules qui l'assimilent à un prophète, ou un personnage antique et oriental.
Nous retrouvons les manches bouffantes et à crevés largement employées sur cette clôture ; les femmes laissent apparaître au dessus d'une encolure ronde non décolleté une courte dentelle tuyautée en fraise .
.
.
Clôture de chœur ( chêne, vers 1570) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
Clôture de chœur ( chêne, vers 1570) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
Clôture de chœur ( chêne, vers 1570) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
Clôture de chœur ( chêne, vers 1570) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
Clôture de chœur ( chêne, vers 1570) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
Clôture de chœur ( chêne, vers 1570) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
LES MONTANTS ET LA PARTIE INFÉRIEURE.
.
Un montant reprend le bucrane et les rubans déjà vus sur le montant de la porte.
.
Clôture de chœur ( chêne, vers 1570) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
.
Les panneaux de la partie basse sont organisés sur le principe d'objets ou personnages alignés verticalement comme s'ils étaient suspendus à un fil. Parmi les rubans et les feuillages, les fruits piriformes et les mascarons (lion, angelot), un panneau se fait remarquer par un petit garçon nu accroché aux fruits et tenant une marmite contenant deux tiges (louches ? piques ?). Sous la marmite, une broche et un grill enrubannés évoquent les activités de cuisine.
.
Clôture de chœur ( chêne, vers 1570) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
Clôture de chœur ( chêne, vers 1570) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
Clôture de chœur ( chêne, vers 1570) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
Clôture de chœur ( chêne, vers 1570) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
Clôture de chœur ( chêne, vers 1570) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
Clôture de chœur ( chêne, vers 1570) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
Clôture de chœur ( chêne, vers 1570) de la chapelle Saint-Herbot. Photographie lavieb-aile 4 août 2021.
.
SOURCES ET LIENS.
.
— CHAUSSEPIED (Charles),1914, Notice sur la chapelle de Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou, Bulletin de la Société archéologique du Finistère T. XLI pages 128-139
"De la seconde moitié du xvie siècle, il clôt le chœur sur trois côtés et comprend une série de panneaux sculptés en haut et en bas, séparés par des balustres tournés formant claire-voie. Les panneaux du bas sont décorés d'arabesques Renaissance. Sur ceux du haut regardant la nef sont figurés les douze apôtres en dix panneaux séparés par des cariatides et, sur les faces latérales, au nord les petits prophètes, au sud les sibylles. A l'intérieur, seize stalles font corps avec le chancel. Les panneaux qui les surmontent sont décorés, dans la partie centrale, de douze saints et saintes en dix panneaux séparés par des cariatides et, sur les côtés, de motifs décoratifs. Les jouées d'extrémité des stalles supportent un entablement formant baldaquin décoré de dix-huit bustes des évangélistes, des prophètes et des docteurs. En avant du chancel, deux tables de pierre servent à déposer les offrandes le jour du pardon, d'un côté les crins, de l'autre les mottes de beurre. Une restauration récente a mis au jour l'inscription suivante se rapportant à la Crucifixion qui le couronne : [.'AN 1659 O VOS OMNES QUI TRANSITIS PER VIAM ATTENDITE ET VIDETE SI EST DOLOR SICu(t) DOLOR Me(us) O : VOUS TOUS PASSANS ARRESTEZ VOUS E VOYEZ SIL EST UNE DOULEUR SEMBLABLE A LA MIENNE : LAM..."
— COUFFON (René), 1959, Notice de Plonévez-du-Faou, Répertoire des églises et chapelles du diocèse de Quimper
— PÉRENNÈS (Henri), 1942, Monographie de la paroisse de Plonévez-du-Faou. Imprimerie bretonne (Rennes) 55 p.: ill.; 21 cm. Pérennès Henri, “Plonévez-du-Faou : monographie de la paroisse,” Collections numérisées – Diocèse de Quimper et Léon, consulté le 19 mars 2017, http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/items/show/9799.
— BONNET (Philippe), RIOULT (Jean-Jacques), 2010, « Saint-Herbot. Chapelle Saint-Herbot », dans Philippe Bonnet et Jean-Jacques Rioult, Bretagne gothique, Paris, Picard, coll. « Les Monuments de la France gothique », 2010, 485 p.
— RIOULT (Jean-Jacques), 2009, « Plonévez-du-Faou, chapelle Saint-Herbot », Congrès archéologique de France « Finistère 2007 », 2009, p. 203-208
— CASTEL (Yves-Pascal), DUCOURET, 1966, 1972 et 1986, Dossier IA00005154 Inventaire général, région Bretagne
—ANDROUET DU CERCEAU (Jacques), 1559 Livre d’architectvre de Jaques Androvet du Cerceau, contenant les plans et dessaings de cinquante bastimens tous differens : pour instruire ceux qui desirent bastir, soient de petit, moyen, ou grand estat. Auec declaration des membres & commoditez, & nombre des toises, que contient chacun bastiment, dont l’eleuation des faces est figurée sur chacun plan..., Paris, s.n., 1559.
—ANDROUET DU CERCEAU (Jacques), Second Livre d’architecture, par Iaqves Androvet Du Cerceau. Contenant plusieurs et diverses ordonnances de cheminées, lucarnes, portes, fonteines, puis et pavillons, pour enrichir tant le dedans que le dehors de tous edifices. Avec les desseins de dix sepultures toutes differentes, Paris, André Wechel, 1561.
—ANDROUET DU CERCEAU (Jacques), 1582, Livre d’architecture de Jaques Androuet Du Cerceau, auquel sont contenues diverses ordonnances de plants et élévations de bastiments pour seigneurs, gentilshommes et autres qui voudront bastir aux champs ; mesmes en aucuns d’iceux sont desseignez les bassez courts... aussi les jardinages et vergiers..., Paris, pour Iaques Androuet du Cerceau, 1582. de l’Orme (Philibert), Le Premier tome de l’architecture, Paris, Frédéric Morel, 1567.
— COUFFON (René), 1948," l'architecture classique au pays de Léon, l'atelier de l'Elorn, l'atelier de Kerjean", Mémoires de la Société d'Histoire et d’Archéologie de Bretagne. 1948, 28.
— DELORME (Philibert), 1567 Le premier tome de l'architecture de Philibert de L'Orme conseillier et aumosnier ordinaire du Roy, & abbé de S. Serge lez Angiers , Paris, Federic Morel
— DE GRANDE (Angelo), 2014, "De Fontainebleau vers la Lorraine: l’ordre anthropomorphe de la maison «des Sept Péchés capitaux» à Pont-à-Mousson" in Gravures d'architecture et d'ornement au début de l'époque moderne : processus de migration en Europe (sous la direction de S, Frommel et E. Leuschner), pp.205-218, 2014.
— FROMMEL (Sabine), 2018 Supports anthropomorphes peints de la Renaissance italienne, in Frommel, Sabine – Leuschner, Eckhard – Droguet, Vincent – Kirchner, Thomas (dir.) Construire avec le corps humain/ Bauen mit dem menschlichen Korper. Les ordres anthropomorphes et leurs avatars dans l'art europèen de l'antiquité à la fin du XVIe siècle/ Antropomorphe Stùtzen von der Antike bis zur Gegenwart, Campisano Editore 2 volumes pp 618, 40 ill.
Rares sont les motifs architecturaux qui témoignent d'une persistance telle que les ordres anthropomorphes, depuis l'Antiquité jusqu'à la période actuelle, en passant par le Moyen Âge. Leur évolution s'articule par de subtiles interactions entre les domaines sculptural, architectural et pictural, alors qu'une fortune théorique durable a été instaurée par la description détaillée par Vitruve des "Perses" et des "Caryatides" dans son traité De architectura libri decem. Contrairement aux ordres architecturaux canoniques, ce " sixième ordre " invite à des interprétations et des variations plus souples et plus personnelles. Il put ainsi assimiler des traditions locales très diverses lors de son parcours triomphal dans toute l'Europe. Si la signification originelle de soumission et de châtiment de ces supports reste valable, les valeurs narratives ne cessèrent de s'enrichir et de s'amplifier, en faisant de ce motif un protagoniste abondamment présent dans de multiples genres artistiques, des meubles aux monuments les plus prestigieux, et qui révèle les mutations typologiques et stylistiques au fil du temps. Les contributions réunies dans ces deux volumes fournissent un large panorama européen de ces occurrences, offrant un large éventail de synergies et d'affinités révélatrices.
—SAMBIN ( Hugues), 1572 Oeuvre de la diversité des termes dont on use en architecture reduict en ordre : par Maistre Hugues Sambin, demeurant à Dijon, publié à Lyon par Jean Marcorelle ou par Jean Durant. Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 126685.
—SERLIO (Sebastiano ), 1551 Liure extraordinaire de architecture, de Sebastien Serlio, architecte du roy treschrestien. Auquel sont demonstrees trente Portes Rustiques meslees de diuers ordres. Et vingt autres d’oeuvre delicate en diverses especes, Lyon, Jean de Tournes, 1551.
— VITRUVE, 1511, De architectura M. Vitruvius per Jocundum solito castigatior factus cum figuris et tabula, traduit par Fra Giovanni Giocondo en 1511 à Venise chez G. da Tridentino avec 136 gravures sur bois
Les lambris sculptés en 1535-1538 par François Scibec de Capri à la Galerie François Ier de Fontainebleau. Emblématique de François Ier, cuirs découpés et décor à la grotesque.
.
Je continue à colliger une documentation iconographique sur l'art à la grotesque, et sur l'École de Fontainebleau, pour servir de base de comparaison avec les œuvres de la Première et Seconde Renaissance en Bretagne (ou aux autres réalisations en France).
Ainsi, il est intéressant de comparer les cuirs découpés des boiseries sculptées par Scibec à Fontainebleau , en lien avec Philibert Delorme, avec ceux de la charpente sculptée du château de Kerjean (Saint-Vougay, Finistère) vers 1579.
Ou, inversement, de suivre le motif grotesque des deux lignes rinceaux à masques, animaux fantastiques, ou putti, déjà présent en Italie, et à Gaillon vers 1509, puis à Guerche-de-Bretagne vers 1518-1525, avant d'être repris à Fontainebleau.
Etc.
.
. Voir sur l'art des grotesques de la Renaissance :
Sans compter— mais c'est essentiel — les sablières à cuirs chantournés et/ou grotesques du Maître de Plomodiern à Saint-Nic (1561-1566), Plomodiern (1564), à l'atelier du Cap-Sizun à Primelin, Pont-Croix (1544), Confort-Meilars, Esquibien ou de celle du Maître de Pleyben (1567-1576) à Pleyben, Kerjean, Plomodiern (Sainte-Marie du Menez-Hom), Bodilis, Saint-Divy, Notre-Dame de Berven (1579-1580) à Plouzévédé et peut-être Roscoff.
.
PRÉSENTATION.
Je ne ferai pas l'affront au lecteur de lui présenter la Galerie François Ier du château de Fontainebleau, mais je n'aurai aucune honte à me rafraichir la mémoire grâce à Wikipedia :"
"Construite entre 1528 et 1530, elle mesure environ 64 mètres de long et 6 mètres de large, et constituait autrefois un pont couvert jouissant d'ouvertures des deux côtés. Le roi François Ier la fit édifier et décorer, afin de relier ses appartements à la chapelle de la Trinité. Il en gardait les clés et la faisait visiter à ses hôtes de marque.
La galerie a été confiée aux Italiens Rosso Fiorentino et Le Primatice qui la décorèrent de façon originale avec des peintures, des lambris, des fresques et des stucs. Les travaux s'échelonnèrent de mars 1535 à mai 1537 pour les stucs, à partir de 1536 pour les fresques, et furent achevés juste avant la visite de Charles Quint à la Noël 1539"
Et j'emprunterai à cet article la vue d'ensemble de cette galerie :
.
La Galerie François Ier du château de Fontainebleau. Photo de Neils Rickards 2005.
.
On sait aussi que ce qui fait la célébrité de la galerie, ce sont, sur huit travées, les sept grandes peintures à fresques qui, de chaque coté, alternent avec les fenêtres. Ce sont ces peintures, et leur encadrement par des grands et novateurs motifs en stuc, qui sont décrits par les guides lors de votre visite.
Mais je tiendrai la gageure de n'en regarder aucune (ou bien juste pour me repérer), et de parcourir les 64 mètres allant du vestibule succédant à la chapelle jusqu'aux appartements royaux (sens des visiteurs, opposé au sens des Conservateurs) en ne regardant QUE les boiseries.
Bien sûr, ce procédé se fera au détriment des rapports et correspondances spéculaires entre le décor de stuc et les boiseries, qui partagent les mêmes cuirs, les mêmes guirlandes, les mêmes bucranes, presque le même fourmillement de détails et la même emblématique : l'influence de Rosso Fiorentino est évidente sur les décors des boiseries.
.
.
Comme on le voit, les lambris, "à la française" couvrent la moitié inférieure des murs, en quatorze ensembles de sept panneaux (un panneau central et six panneaux plus étroits).
Ils sont l'œuvre du menuisier italien Francisque Scibecq dit de Carpi (la localité de la province de Modène), alias François Scibec de Carpi.
Le dernier seigneur de Carpi, Alberto III Pio (1475-1531), ami intime du pape Léon X, a été ambassadeur en France et très proche de Georges d'Amboise. Il est l'instigateur du mariage entre Catherine de Médicis et Henri II. Son neveu l'évêque et cardinal Rodolfo Pio, collectionneur d'antiquité, a été proche de Jean du Bellay. Les échanges entre la ville du Nord-Est de l'Italie et la France furent intenses (Une exposition À la cour du roi de France. Alberto Pio et les artistes de Carpi dans les sites de la Renaissance française s'est tenue au Palazzo dei Pio du 8 avril au 18 juin 2017). On peut nommer le peintre Giovanni Francesco Donnela, actif à Albi, mais il est surtout intéressant de citer Ricardo da Carpi, que Georges Ier d'Amboise avait fait venir à Gaillon pour réaliser les boiseries de la chapelle haute.
.
"Francesco Scibec , appelé Scibec da Carpi , était un fabricant de meubles italien du XVIe siècle de Carpi près de Modène . Il a travaillé pour la cour royale française au sein d'un groupe d'artistes maintenant appelé la première école de Fontainebleau .
Francesco est arrivé au bâtiment de Fontainebleau pour François Ier de France en même temps que son compatriote, Rosso Fiorentino en 1530. Il y acheva le lambris de la galerie François Ier. Un de ses contrats pour l'ameublement renouvelé en chêne et noyer de la grande galerie et du pavillon près du lac de Fontainebleau a été fait selon les instructions personnelles du roi en février 1541. Il a également travaillé au Château d'Anet pour Diane de Poitiers . En 1549, il a été engagé pour décorer des bateaux pour un spectacle sur la Seine pour l'entrée de Henri II de France à Paris. Francesco a également fabriqué des meubles et des lambris pour des clients privés et ecclésiastiques.
En juillet 1552, il accepte comme apprenti Bartholomew, le fils d'un autre peintre italien collègue à Fontainebleau, Francesco Pellegrini . Dans les deux années 1557 à 1559, il réalise des meubles pour le Louvre , pour le Château et la Chapelle dans les bois de Vincennes et pour le Château de Saint Germain-en-Laye . Pour Fontainebleau, il a réalisé un cadre photo spécial pour une carte de l'Italie et d'autres cadres sculptés pour les portraits de deux femmes.
En mars 1537, il épouse Marguerite Samson, fille d'un peintre français, Pierre Samson. " (Wikipedia)
Silbec demeurait alors à l'hôtel d'Étampes, près des Tournelles, où se préparaient les ouvrages de menuiserie commandés pour le roi.
.
DESCRIPTION.
La description précise et documentée de Maurice Roy, en 1913, est disponible en ligne mais n'était pas transcrite. La voici à la disposition des internautes, et je ne regrette pas mon labeur de copie.
-Maurice Roy 1913 : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k408260p/f212.item
"Dès l'année 1535, Francisque Sibec de Capri, le célèbre menuisier du roi qui tient une si grande place dans l'histoire du meuble au XVIe siècle, avait été chargé de la confection du lambris de chêne incrusté de bois de Brésil et destiné à encadrer les bancs préparés pour la grande galerie ; les panneaux et châssis étaient déjà commencés en août 1535 et assez avancés à cette date pour que le maître menuisier ait pu toucher le 23 du même mois, un acompte de 524 livres 9 sols et 6 deniers, puis on constate que les lambris à appliquer aux murs de la salle et du cabinet donnant sur le jardin d'abord entrepris par Sibec, furent ensuite continués par Joachim Raoullant en bois d'ébène, de brésil rouge et jaune et autres bois étrangers jusqu'au jour où le roi, se rendant compte que ces bois étaient particulièrement difficiles à ouvrer et que leur préparation demandait un temps trop long à son gré, décida que l'on emploierait simplement du bois de noyer, et fit passer, le 2 avril 1539 un nouveau marché avec Francisque Sibec de Carpi. Nous avons retrouvé le texte de ce marché contenant de nombreux détails sur la confection des belles boiseries qui existent encore aujourd'hui en grande partie.
Aux termes du marché, des lambris « de menuyserie » devaient être disposés dans tous les sens contre les murs de la galerie et du cabinet attenant , depuis le niveau du plancher jusqu'à la hauteur des ouvrages de peinture et de stuc. Al partie inférieure de ces lambris, composés de compartiments moulurés assez simples, formait une sorte de plinthe régnant tout au pourtour, mais, au dessus, par chaque travée entre les fenêtres de la galerie, se détachaient sept panneaux superbement décorés ; celui du milieu, plus large que les autres, mesurant six pieds environ, contenait comme motif principal les armoiries du roi enrichies de festons et ornements antiques à demie taille ; au dessous de ce panneau central était prévu, à hauteur raisonnable, un siège ou banc de cinq pieds de long et de quinze pouces de saillie pour asseoir deux personnes, ledit siège orné de moulures, supporté par aux deux bouts et au milieu par trois rouleaux en forme de pattes de lion enrichies à l'antique et se terminant de chaque coté, par des rouleaux servant d'accoudoirs.
Le panneau central devait être accompagné à droite et à gauche d'un premier panneau portant une salamandre avec deux tablettes où se trouvait gravée la devise habituelle, d'un deuxième enrichi d'un F couronné et de tablettes, enfin d'un troisième, sous l'aplomb de la poutre, indiqué en forme de pilastre rempli de feuillages et autre taille antique à demi-bosse. Cette disposition de sept panneaux se répétait sur les deux faces de chaque travée ; on sait que la galerie comprend elle-même, dans toute sa longueur, sept travées."
Aux deux bouts de la salle étaient prévus semblables lambris et sièges sous les deux tableaux qui s'y trouvaient alors, de même autour du cabinet avec un banc contre le mur opposé à la cheminée. Ces boiseries se poursuivaient en retournant dans l'épaisseur des portes, dans les embrasures et sous les appuis des croisées, le tout de bon bois de noyer teinté, verni et garni de filets dorés où il serait convenable, afin de mieux faire ressortir les lambris. Un plancher assemblé à losanges et carrés avec filets de chêne ou de noyer complétait le travail demandé à Scibec. (Le parquet actuel est moderne et date sans doute de 1846, époque de la réfection du plafond).
Si nous comparons maintenant les indications de dimension, de disposition et de décoration fournies par le marché de 1539 avec les boiseries qui existent actuellement et dont une grande partie est ancienne, nous remarquons que plusieurs modifications ont dû être apportée en cours d'exécution.
La galerie elle-même, prévue au devis de 1528 d'un longueur dans œuvre de 32 toises, soit environ 62m 36, et d'une largeur de 3 toises ou 5m84, ne développe en réalité que 60m70 sur 5m84, toutefois il faut tenir compte de l'épaisseur des boiseries qui modifient légèrement ces dimensions. D'après le même devis, deux cabinets devaient être construits en face l'un de l'autre au milieu de la longueur et de chaque coté de la galerie, or, un seul fut exécuté en saillie coté jardin, ainsi que le constate notre marché de 1539. Il a disparu au XVIIIe siècle lors de la nouvelle construction adossée à la galerie.
Les boiseries se trouvant contre le mur opposé à la terrasse paraissent anciennes pour la plupart, les autres, sans doute atteintes par l'humidité, ont été refaites et copiées plus ou moins fidèlement sous Louis-Philippe. Leur hauteur est de 2m25 environ.
Pendant leur confection, les lambris, dont nous venons de donner la description, d'après les termes de la commande, reçurent aussi des transformations assez notables.
Si les grands panneaux du milieu de chaque travée conservent exactement la mesure de chaque travée indiquée, 6 pieds de log, et le dessin des armoiries royales, les autres ne sont pas tels qu'ils aveint été projetés, les panneaux placés de chaque coté du panneau central représentent les F couronnées, puis viennent les salamandres , ensuite on a répété les motifs des F sous l'aplomb des poutres au lieu des pilastres remplis de feuillages et de taille antique qui étaient prévus. Il convient surtout de remarquer que l'artiste a varié, suivant sa propre inspiration, les motifs décoratifs et a su multiplier dans des dispositions heureuses et toujours renouvelées les attributs de chaque sujet : armes de tous genres, casques, boucliers, carquois, instruments de musique , etc., accompagnant l'écu royal, encadrements particulier des F et fromes diverses des tablettes à devises, décorations en général plus sobres mais que viennent rehausser les représentations variées des salamandres avec les riches et fines sculptures ornementales qui les entourent : rinceaux, feuillages, fleurs, rubans, cornes d'abondance, têtes de chérubins, oiseaux, chimères, etc., aucun de ces panneaux n'est semblable, et, s'ils forment un ensemble régulier à la vue, l'examen de chacun d'eux révèle une variété infinie de composition qui n'est pas le moindre charme de leur belle ordonnance.
Les bancs placés sous le panneau central sont sensiblement plus longs que ne l'indiquaient le marché : prévus de 5 pieds (1m62), ils atteignent 1m94 et peuvent servir à asseoir largement trois personnes au lieu de deux, mais ils sont bien supportés au milieu et aux extrémités par des rouleaux en forme de pattes de lion et se terminent par des accoudoirs à tête de lion. Leur saillie se trouve également conforme à la mesure stipulée.
Ce beau travail de Sibec fut conduit très rapidement, le roi était pressé, comme nous l'avons vu, de disposer d'une grande salle pour les réunions de la cour, ressource qui faisait alors complètement défaut à Fontainebleau. Sibec dut prendre l'engagement d'exécuter son œuvre « en la plus grande diligence et extrême et avec le plus grand nombre d'ouvriers que faire se pourra ».
Le marché était convenu pour le prix total de 4000 livres, et sa réalisation eut lieu dans le court espace de six ou sept mois. Tout se trouvait en effet terminé dès le mois d'octobre de la même année 1539, ainsi que paraît le constater la quittance, signée le 21 octobre, de la somme de 12000 livres, formant le solde des 4000 livres, montant total du marché.
Ce dernier paiement est mentionné dans les acquits au comptant publiés par M. de Laborde sous la forme laconique suivante : « A Me Nicolas Picart, commis au paiement des édifices de Fontainebleau, pour délivrer à Francisque Cibec, menuisier, sur le lambril de la grand gallerie dud. Lieu … 1000 livres (1539). C'était d'ailleurs le seul document qui avait permis jusqu'ici de connaître le nom de l'auteur des boiseries de la galerie François Ier. J'ai donc pensé qu'il était intéressant d'apporter aujourd'hui le texte complet du marché ainsi que le libellé de la quittance finale, documents nouveaux permettant de fixer, d'une façon définitive, les détails d'exécution, les dates et le prix d'une importante œuvre d'art. "
Les pièces originales sont données ici, en Annexe.
Année 1536. "Ouvrages de menuiserie. A maistre Francisque Sibecq, dit de Carpe, menuisier, pour ouvrages de menuiserie qu'il a faits audit Fontainebleau par l'ordonnance du sieur de Neufville, à luy la somme de 286 livres."
Année 1537 : "Ouvrages de menuiserie. A Francisque Sibecq, dit de Carpe, menuisier italien, pour tous les ouvrages de menuiserie qu'il a faits audit Fontainebleau par l'ordonnance desdits de Neufville et Babou, le 7e de may 1538, la somme de 1 075 livres."
Année 1557 : il est réglé « à Jean Huet et Francisque Scibec, maistres menuisier, la somme de 750 livres pour ouvrage de menuiserie par eux faits au dit lieu (château de Saint-Germain-en-Laye).
-Nous trouvons aussi dans les Minutes de Guillaume I Payen, notaire . 1549, janvier - 1550, 4 avril le "Marché de menuiserie entre Francisque Scibec dit de Carpi, menuisier du roi, et Philibert Delorme, architecte du roi, pour la salle de bal, le cabinet de la reine et le cabinet au-dessus du château de Fontainebleau." En effet, le décor de cette pièce avait été dirigé à partir de l’avènement du roi Henri II par Philibert Delorme qui avait confié l’exécution des lambris, des portes et de la tribune des musiciens à Francisque Scibec de Carpi par un marché de juin 1550. Chaque panneau est sculpté d’un écusson entouré de cuirs découpés et surmonté d’une couronne royale fermée. L’un abrite les armes de France (trois fleurs de lys) buchées à la Révolution, l’autre le triple croissant entrelacé, emblème d’Henri II. Ils étaient initialement peints et dorés comme le révèlent les restes de polychromie encore visibles. Deux panneaux sont exposés au Musée National de la Renaissance;
-
.
Le "menuisier" et sculpteur aurait travaillé sur des dessins préparatoires, dont l'un exécuté par le peintre italien Claude Badouyn , actif à Fontainebleau dès 1535 et collaborateur de Rosso Fiorentino pour les fresques et les stucs de la Galerie François 1er.
.
Réception.
"En 1539 Giovanni Battista Gambara, ambassadeur du duc de Mantoue rapporte qu'il a visité:
« una galeria ma troppo stretta, et e dipinta di picture molto brutte. Egli e moite figure di stucco di man del Bologna, molto belle, et e salegata di asse intersiate assai belle ; il solaro di asse intagliato con un poco di oro, che anchor puo compare. Egli e pur fodrata di asse intagliate con impresse et arme di sua Maesta che sono molto belle, fatte per mano di un maestro Francesco di Carpo... »
( une galerie très longue mais trop étroite, et elle est peinte de peintures très laides. Il y a beaucoup de figures en stuc de la main du Bolonais, très belles, et le parquet est de bois marqueté, très beau; le plafond de bois sculpté, avec un peu d'or, qui peut aussi faire quelque effet. Elle est revêtue d'un lambris de bois sculpté aux devises et aux armes de Sa Majesté, très beau fait de la main d'un maître Francesco da Carpo), cité et traduit par Marc Hamilton Smith, « La première description de Fontainebleau », Revue de l'Art, 1991, p. 44-46. V"
.
.
Je n'ai pas fait un relevé des quelques 100 panneaux de la galerie.
L'emblématique de François Ier est bien connue, et est répétée avec peu de variation. Je n'y m'attarderai pas. Les F ne sont pas couronnées malgré l'indication de M. Roy, tandis que plusieurs salamandres le sont.
.
Trois panneaux.
.
Au centre :
-Cartouche à têtes de béliers, feuillagées, avec l'inscription FRANCIS /CVS (François)
-Rinceaux au putto ailé tenant une guirlande de fruits
-Cuir découpé à enroulement, clouté au motif de la salamandre
-Suspendu à un aegicrane, un cartouche en bouclier d'amazone à deux têtes d'aigles, porte l'inscription FRANCORVM REX (roi des Français)
Note : ce "bouclier d'amazone" est repris d'un pilastre des Loges de Raphaël au Vatican, sous forme d'un médaillon lui-même copié de la Volta degli stucchi de la Maison Dorée de Néron. Mais sur ces modèles, les aigles sont tournés l'un vers l'autre. (N. Dacos 2008). On en trouve un exemple sur une gravure d'Androuet du Cerceau dans ses Trophées d'armes en 1545-1550.
.
De chaque coté :
-cartouche à l'inscription FRANCISC suspendu par des rubans
-Cuir découpé à enroulements en cornets avec le monogramme F dans un ovale clouté.
-cartouche à l'inscription FRANC REX suspendu par un arceau.
.
Lambris (chêne ou noyer, Francesco Scibec de Capri, 1536-1537 et dorure), galerie François Ier, château de Fontainebleau. Photographie lavieb-aile 2019.
.
.
Première travée, au nord, sous le Sacrifice de Rosso Fiorentino. Trois des sept panneaux.
.
Au centre.
Dans un cuir déroulé à enroulement, les armes royales à trois fleurs de lys, sous une couronne . En dessous, un cartouche sans inscription.
Deux bâtons-cannes identiques sont entrecroisés, en bois écôté et au pommeau sculpté en tête de lion.
L'une de ces cannes porte un collier de grelots : est-ce celle d'un maître de danse ? (crcb) Est-elle chargée de battre la mesure ?
À ces cannes sont suspendus par des rubans des "trophées" sur le thème de la musique. À gauche une lyre et une flûte (Apollon et Marsyas ?) sur un cuir découpé. À droite une partition (de chant ?), deux instrument à vent (à embouchures et à à pavillon large) croisés et un autre instrument à vent, courbé en crosse (cromorne ??).
La "flûte" ressemble à une flûte de pan par la réunion de sept tubes de longueur croissante, mais elles sont percées chacune d'un biseau et de cinq trous.
François Ier est honoré comme protecteur des arts et maître qui en bat la mesure.
.
De chaque coté : les panneaux étroits au monogramme F et aux cartouches à son nom.
.
Lambris (chêne ou noyer, Francesco Scibec de Capri, 1536-1537 et dorure), galerie François Ier, château de Fontainebleau. Photographie lavieb-aile 2019.
Lambris (chêne ou noyer, Francesco Scibec de Capri, 1536-1537 et dorure), galerie François Ier, château de Fontainebleau. Photographie lavieb-aile 2019.
Lambris (chêne ou noyer, Francesco Scibec de Capri, 1536-1537 et dorure), galerie François Ier, château de Fontainebleau. Photographie lavieb-aile 2019.
Lambris (chêne ou noyer, Francesco Scibec de Capri, 1536-1537 et dorure), galerie François Ier, château de Fontainebleau. Photographie lavieb-aile 2019.
.
.
Deuxième travée, coté nord, sous "l'Éléphant fleurdelysé" de Rosso Fiorentino. Huit panneaux.
.
-Les deux vantaux d'une porte : trophées d'armes. Outre les casques, les boucliers, les lances et hallebardes, les enseignes au titulus frappé d'une étoile, nous trouvons deux instruments de musique (percussion), un claquebois (avec son maillet) et des crotales.
-Deux panneaux au monogramme F
-Deux panneaux à la salamandre, sur fond de rinceaux (cf. infra)
-Deux panneaux au monogramme F.
.
Lambris (chêne ou noyer, Francesco Scibec de Capri, 1536-1537 et dorure), galerie François Ier, château de Fontainebleau. Photographie lavieb-aile 2019.
Lambris (chêne ou noyer, Francesco Scibec de Capri, 1536-1537 et dorure), galerie François Ier, château de Fontainebleau. Photographie lavieb-aile 2019.
Lambris (chêne ou noyer, Francesco Scibec de Capri, 1536-1537 et dorure), galerie François Ier, château de Fontainebleau. Photographie lavieb-aile 2019.
Lambris (chêne ou noyer, Francesco Scibec de Capri, 1536-1537 et dorure), galerie François Ier, château de Fontainebleau. Photographie lavieb-aile 2019.
.
.
Les panneaux à la salamandre, sur fond de rinceaux.
.
Le cuir découpé est traversé, en haut et par deux orifices, de deux dragons aux queues tirebouchonnées liées entre elles. Le rinceau qui occupe ce registre supérieur flirte avec un aegicrâne au centre, et vient fleurir sur les cotés en deux gracieux bustes féminins.
N'oublions pas les deux aigles perchés sur les têtes des dragons. Et n'oublions pas de constater que le corps renflé des dragons ou leur tête feuillagé s'évertuent à nous les faire confondre avec les productions végétales qui les entourent.
Au registre inférieur, des rinceaux sont tenus par une femme canéphore, au dessus de deux sphinges liées par la queue. Ces rinceaux donnent des fleurs, qui se métamorphosent en serpents, qui, après avoir traversé l'orifice du cuir, dardent l'un vers l'autre leur langue venimeuse.
Mais notre femme que j'ai non sans pédanterie qualifiée de canéphore (portant un pot de fleur) est hybridée par le végétal, puisque sa tête est feuillagée, ses mains remplacées par les vrilles de quelque plante grimpante, et ses jambes escamotées au profit d'un calice.
Deux autres tiges produisent des cornes d'abondances aux fruits replets.
Vous pouvez voir en fin de mon article sur La Guerche-de-Bretagne comment les rinceaux de cette collégiale sculptés avant 1525, figuraient déjà sur les boiseries faites par Richard da Carpi pour la chapelle de Georges d'Amboise à Gaillon, et comment ils trouvaient eux-mêmes leur modèle de dessins italiens de Pietro da Birago gravés entre 1505 et 1507. Mais on les trouve aussi sur les pilastres des Loges de Raphaël par Giovanni da Udine.
Si je les examine en détail ici, c'est pour montrer ce goût de la varietas, de l'imagination féconde, du mélange des genres, de la métamorphose des formes, des courbes en volute, et de l'irrévérence envers la réalité. Qui nous échappent lorsque nous passons trop rapidement en nous laissant hypnotiser par la salamandre.
.
.
Lambris (chêne ou noyer, Francesco Scibec de Capri, 1536-1537 et dorure), galerie François Ier, château de Fontainebleau. Photographie lavieb-aile 2019.
Lambris (chêne ou noyer, Francesco Scibec de Capri, 1536-1537 et dorure), galerie François Ier, château de Fontainebleau. Photographie lavieb-aile 2019.
Lambris (chêne ou noyer, Francesco Scibec de Capri, 1536-1537 et dorure), galerie François Ier, château de Fontainebleau. Photographie lavieb-aile 2019.
Lambris (chêne ou noyer, Francesco Scibec de Capri, 1536-1537 et dorure), galerie François Ier, château de Fontainebleau. Photographie lavieb-aile 2019.
Lambris (chêne ou noyer, Francesco Scibec de Capri, 1536-1537 et dorure), galerie François Ier, château de Fontainebleau. Photographie lavieb-aile 2019.
Lambris (chêne ou noyer, Francesco Scibec de Capri, 1536-1537 et dorure), galerie François Ier, château de Fontainebleau. Photographie lavieb-aile 2019.
.
.
.
Deuxième travée, coté sud. Sous "L'unité de l'Etat" de Rosso Fiorentino. Sept panneaux.
.
Le panneau central.
Armoiries royales dans un cuir déroulé, au dessus d'une fourche et d'un trident entrecroisés. Du coté gauche, un casque panaché et cornu est suspendu par des rubans. À droite , un casque, un bouclier, un croissant.
Deux panneaux au monogramme F
Deux panneaux à la salamandre.
Deux panneaux au monogramme F.
.
Lambris (chêne ou noyer, Francesco Scibec de Capri, 1536-1537 et dorure), galerie François Ier, château de Fontainebleau. Photographie lavieb-aile 2019.
Lambris (chêne ou noyer, Francesco Scibec de Capri, 1536-1537 et dorure), galerie François Ier, château de Fontainebleau. Photographie lavieb-aile 2019.
.
.
.
Troisième travée, au nord, sous "Les Jumeaux de Catane" de Rosso Fiorentino. Sept panneaux.
.
Le panneau central. Armoiries royales dans un cuir déroulé. Deux torches entrecroisées auxquelles sont suspendus des trophées d'armes (carquois et jambières d'armure).
Deux panneaux au monogramme F
Deux panneaux à la salamandre avec rinceaux (infra)
Deux panneaux au monogramme F.
.
Lambris (chêne ou noyer, Francesco Scibec de Capri, 1536-1537 et dorure), galerie François Ier, château de Fontainebleau. Photographie lavieb-aile 2019.
.
Lambris (chêne ou noyer, Francesco Scibec de Capri, 1536-1537 et dorure), galerie François Ier, château de Fontainebleau. Photographie lavieb-aile 2019.
.
.
Panneau à la salamandre.
.
Au registre supérieur, l'inscription énonce la devise NVTRISCO ET EXTINGO, "je me nourris (du bon feu) et j'éteins (le mauvais)".
Les rinceaux, qui traversent les enroulements du cuir, sont picorés par quatre aigles.
.
Lambris (chêne ou noyer, Francesco Scibec de Capri, 1536-1537 et dorure), galerie François Ier, château de Fontainebleau. Photographie lavieb-aile 2019.
.
.
.
Panneau à la salamandre.
.
Ici, nous retrouvons les aigles picorant, mais la tige des rinceaux est crachée par un masque vaguement humain, mais feuillagé.
Et il y a cette superbe métamorphose des feuilles des rinceaux en lions colletés : c'est sur leur tête que les aigles cavalièrement se posent.
.
Lambris (chêne ou noyer, Francesco Scibec de Capri, 1536-1537 et dorure), galerie François Ier, château de Fontainebleau. Photographie lavieb-aile 2019.
.
.
Autre exemple proche.
.
Lambris (chêne ou noyer, Francesco Scibec de Capri, 1536-1537 et dorure), galerie François Ier, château de Fontainebleau. Photographie lavieb-aile 2019.
.
.
Ailleurs. Armoiries royales et rinceaux.
.
Et allons y ! Les têtes de lion et les têtes de bélier, le putto ailé et feuillagé, et le bucrane : ah, notre artiste connaît sa grammaire grotesque, et ne se gêne pas pour encadrer les fleurs de lys des Valois de ce monde déjanté !
.
Lambris (chêne ou noyer, Francesco Scibec de Capri, 1536-1537 et dorure), galerie François Ier, château de Fontainebleau. Photographie lavieb-aile 2019.
Lambris (chêne ou noyer, Francesco Scibec de Capri, 1536-1537 et dorure), galerie François Ier, château de Fontainebleau. Photographie lavieb-aile 2019.
Lambris (chêne ou noyer, Francesco Scibec de Capri, 1536-1537 et dorure), galerie François Ier, château de Fontainebleau. Photographie lavieb-aile 2019.
.
.
.
Cinquième travée, au nord, sous "La Vengeance de Nauplius" de Rosso Fiorentino. Sept panneaux.
.
Le panneau central.
Armoiries royales dans un cuir déroulé. Deux torchères entrecroisées, auxquelles sont suspendues par des rubans du coté gauche, deux carquois, et du coté droit deux guêtres ou jambières sur des boucliers. (comme sur la 3ème travée).
Deux panneaux au monogramme F
Deux panneaux à la salamandre.
Deux panneaux au monogramme F.
.
Lambris (chêne ou noyer, Francesco Scibec de Capri, 1536-1537 et dorure), galerie François Ier, château de Fontainebleau. Photographie lavieb-aile 2019.
Lambris (chêne ou noyer, Francesco Scibec de Capri, 1536-1537 et dorure), galerie François Ier, château de Fontainebleau. Photographie lavieb-aile 2019.
Lambris (chêne ou noyer, Francesco Scibec de Capri, 1536-1537 et dorure), galerie François Ier, château de Fontainebleau. Photographie lavieb-aile 2019.
Lambris (chêne ou noyer, Francesco Scibec de Capri, 1536-1537 et dorure), galerie François Ier, château de Fontainebleau. Photographie lavieb-aile 2019.
Lambris (chêne ou noyer, Francesco Scibec de Capri, 1536-1537 et dorure), galerie François Ier, château de Fontainebleau. Photographie lavieb-aile 2019.
Lambris (chêne ou noyer, Francesco Scibec de Capri, 1536-1537 et dorure), galerie François Ier, château de Fontainebleau. Photographie lavieb-aile 2019.
Lambris (chêne ou noyer, Francesco Scibec de Capri, 1536-1537 et dorure), galerie François Ier, château de Fontainebleau. Photographie lavieb-aile 2019.
Lambris (chêne ou noyer, Francesco Scibec de Capri, 1536-1537 et dorure), galerie François Ier, château de Fontainebleau. Photographie lavieb-aile 2019.
Lambris (chêne ou noyer, Francesco Scibec de Capri, 1536-1537 et dorure), galerie François Ier, château de Fontainebleau. Photographie lavieb-aile 2019.
.
.
.
Cinquième travée, au sud, sous "La mort d'Adonis" de Rosso Fiorentino. Sept panneaux.
.
Le panneau central.
Armoiries royales dans un cuir déroulé. Deux torchères entrecroisées, auxquelles sont suspendues par des rubans du coté gauche, deux carquois, et du coté droit deux guêtres ou jambières sur des boucliers. (comme sur la 3ème travée).
Deux panneaux au monogramme F
Deux panneaux à la salamandre.
Deux panneaux au monogramme F.
Lambris (chêne ou noyer, Francesco Scibec de Capri, 1536-1537 et dorure), galerie François Ier, château de Fontainebleau. Photographie lavieb-aile 2019.
Lambris ( noyer, Francesco Scibec de Capri, 1536-1537 et dorure), galerie François Ier, château de Fontainebleau. Photographie lavieb-aile 2019.
Lambris ( noyer, Francesco Scibec de Capri, 1536-1537 et dorure), galerie François Ier, château de Fontainebleau. Photographie lavieb-aile 2019.
.
.
Sixième travée, au nord, sous "La mort d'Adonis" de Rosso Fiorentino. Sept panneaux.
.
Le panneau central.
Armoiries royales dans un cuir déroulé. Deux torchères entrecroisées, auxquelles sont suspendues par des rubans du coté gauche, deux carquois, et du coté droit deux guêtres ou jambières sur des boucliers. (comme sur la 3ème et la 5ème travée).
Deux panneaux au monogramme F
Deux panneaux à la salamandre.
Deux panneaux au monogramme F.
.
Lambris (noyer, Francesco Scibec de Capri, 1536-1537 et dorure), galerie François Ier, château de Fontainebleau. Photographie lavieb-aile 2019.
Lambris (noyer, Francesco Scibec de Capri, 1536-1537 et dorure), galerie François Ier, château de Fontainebleau. Photographie lavieb-aile 2019.
Lambris (noyer, Francesco Scibec de Capri, 1536-1537 et dorure), galerie François Ier, château de Fontainebleau. Photographie lavieb-aile 2019.
Lambris ( noyer, Francesco Scibec de Capri, 1536-1537 et dorure), galerie François Ier, château de Fontainebleau. Photographie lavieb-aile 2019.
Lambris ( noyer, Francesco Scibec de Capri, 1536-1537 et dorure), galerie François Ier, château de Fontainebleau. Photographie lavieb-aile 2019.
.
.
CONCLUSION.
.
Plusieurs décors ont été repris de façon répétitive. Cela s'explique-t-il par la copie de panneaux originaux lors des restaurations ?
Néanmoins, le décor des panneaux centraux avec leurs trophées et des panneaux aux salamandres avec leurs rinceaux organisés en deux colonnes verticales et trois registres, ou enfin la variété des cuirs à enroulement permet de se livrer à un travail d'iconographie comparative, à la recherche des sources ainsi que de l'influence d'un style qui portera désormais le qualificatif de "bellifontain".
On pourra comparer ces boiseries à celles, différentes, et en marqueterie, réalisées pour la chapelle du château d'Écouen (pour Anne de Montmorency, qui disposait d'un logis au château de Fontainebleau) et pour celle de La Bâtie d'Urfé.
.
.
. ANNEXE. PIECES JUSTIFICATIVES PUBLIÉES PAR MAURICE ROY.
.
.
.
SOURCES ET LIENS.
.
Je n'ai pas trouvé de monographie consacrée à ces boiseries de la galerie François Ier, hormis l'article de Maurice Roy.
— AUCLAIR ( Valérie), 2007. L'invention décorative de la galerie François Ier au château de Fontainebleau. In: Seizième Siècle, N°3, 2007. pp. 9-35; doi : https://doi.org/10.3406/xvi.2007.917 https://www.persee.fr/doc/xvi_1774-4466_2007_num_3_1_917
"au début des comptes de 1541-1550, hors des parties extraordinaires, se trouve un paiement de menuiserie à « Francisque scibecq, dit de carpy, menuisier italien […] pour les ouvrages de lambris, de menuiserie, qu’il a faits de neuf pour le roy, […] en la grande salle haulte du grand pavillon près l’estang en sondit chasteau, au pourtour des murs sur l’aire du plancher du longs de laditte salle, […] le tout de bois de noyer et chesne, façon et ordonnance qu’il a esté advisé par le roy, ainsi qu’il est plus à plain contenu et déclaré au marché, de ce par lesdits commissaires, fait et passé cy devant avec ledit Francisque scibecq, le 25e febvrier 1541 [a. st.] » (p. 186-187). Ce marché du 25 février 1542 (n. st.) a été retrouvé et publié par Maurice Roy . il précise que les ouvrages de menuiserie devaient prendre place « depuis le rez de [chaussée] du plancher de lad. salle jusques à la haulteur des ouvraiges de paincture et stucq qui sont faits en icelle salle », autrement dit selon le système décoratif mis au point quelques années auparavant dans la chambre du roi et dans la galerie François-Ier . Comme dans cette dernière, les décors peints et de stuc avaient été exécutés avant les lambris (l’emploi du temps présent l’assure) et étaient donc terminés, ou en voie de l’être, en février 1542. les paiements qui s’y rapportent furent donc bien effectués au commencement de la décennie 1541-1550, et il est logique de les trouver en début de chronologie. si l’on en croit Vasari dans ses Vite , le décor de la salle haute des Poêles fut réalisé, ou tout au moins commencé, sous la direction du Rosso, décédé à Fontainebleau le 14 novembre 1540. les premiers paiements des comptes de 1541- 1550 doivent donc correspondre à l’achèvement des stucs et des peintures sous la direction de Primatice, qui rentra de Rome, où François Ier l’avait envoyé en mission, peu après la mort du Florentin ."
— ROY (Maurice), 1913, « la galerie de François Ier à Fontainebleau », Mémoires de la Société des antiquaires de France, t. lxxiii, 1913, p. 205-224.
Sans compter les sablières à cuirs chantournés et/ou grotesques du Maître de Plomodiern à Saint-Nic (1561-1566), Plomodiern (1564), à l'atelier du Cap-Sizun à Primelin, Pont-Croix (1544), Confort-Meilars, Esquibien ou de celle du Maître de Pleyben (1567-1576) à Pleyben, Kerjean, Plomodiern (Sainte-Marie du Menez-Hom), Bodilis, Saint-Divy, et peut-être Roscoff.
.
PRÉSENTATION.
.
Description générale
"Sur une longueur de 5 mètres entre les deux grosses piles de l’entrée du chœur, est placé un jubé en bois de chêne polychromé d’une ornementation abondante qui le date de la fin du XVIe siècle. Il se compose d’un soubassement de panneaux surmonté d’une claire-voie. Celle-ci sert d’appui à des montants verticaux ou obliques qui soutiennent la tribune à laquelle on accède par un escalier aménagé dans la pile sud." (G. Leclerc)
Soucieux de fournir aux amateurs une iconographie commentée de l'expression de l'art de la Renaissance, et de la pénétration des décors grotesques en Bretagne, je consacrerai à ce jubé breton trois articles :
— I. La tribune.
— II. La clôture de chœur.
—III. Les deux retables aux licornes : sainte Marguerite et sainte Anne éducatrice.
.
Introduction lexicologique.
.
Il faudrait distinguer le jubé (au sens strict : la tribune) et la clôture qu'il domine.
L'article Wikipédia incite à réserver le terme de chancel aux clôtures paléochrétiennes et médiévales, et à parler ensuite de clôture de chœur, pour désigner la même séparation entre le chœur réservé au clergé et la nef réunissant les fidèles.
Puisque ce jubé (au sens large ou métonymique) de La Roche-Maurice date de la Renaissance, j'ai donc, bête et discipliné, employé le terme de clôture de chœur pour le titre de cet article.
Mais la consultation du Trésor de la Langue Française à l'article "chancel" est néanmoins fructueux, puisqu'il indique que ce mot apparu dans notre langue dès 1130 est issu du latin cancellus "grille, treillis", du verbe cancello "disposer en treillis". Le chancel est une grille, ou une balustrade, donc une séparation à claire-voie, c'est là où je veux en venir. Mais puisque les treillis (cancellationis) servaient à délimiter les champs, on peut comprendre que l'idée de limite, de frontière ou de séparation est associée à l'idée d'entrecroisement en grillage.
.
Accessoirement (mais c'est ma gourmandise), j'apprends que chanceler, c'est marcher avec les jambes qui tricotent en X comme les barres d'un grillage, et que le chancelier ou "préposé à la grille" était l'appariteur placé près de la barrière séparant le public de la cour de justice (Alain Rey). Incarcérer, c'est, je m'en rends compte maintenant, mettre quelqu'un (et de préférence quelqu'un d'autre que moi) "derrière les barreaux" (latin cancer, cancri). Si je vous disais que tout ce petit monde de mots provient de la racine indo-européenne °karkr-, °kankr- "objet fait de matériaux entrelacés" (Alain Rey), vous comprendriez que nous ne puissions pas ôter facilement à ce mot de chancel son image d'entrelacs.
.
Tout cela pour dire que nous aurions tort d'imaginer les jubés comme des séparations étanches et pleines comme des portes derrière lesquels le public n'a aucun autre accès à ce qui se passe dans le chœur que les lectures et les chants que quelque clerc veut bien venir leur proposer du haut de la tribune. Au contraire, les fidèles participent pleinement à l'office, au déploiement de luxe de la paramentique, aux chants et psalmodies sacrées et aux parfums de l'encens. Pourvu qu'ils soient bien placés...
.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
.
LA PARTIE SUPÉRIEURE EN CLAIRE-VOIE.
.
Quatre colonnes de chaque coté laissent la place, au centre, à une porte dont la largeur incite à imaginer à deux vantaux.
.
I. Le coté tourné vers la nef.
.
Elle associe des motifs religieux (les figures de 4 saintes) ou laïc (un soldat) avec un vocabulaire typique de l'art grotesque, avec notamment cette hybridation des formes (humaines, angéliques, animales) par le végétal, et cette désinvolture vis à vis de la réalité.
.
A. La colonnade du coté gauche.
.
Entre deux hémi-colonnes, la colonnade de quatre fûts évasées et baguées aux chapiteaux pseudo-corinthiens sommés d'un fleuron soutient une architrave à deux registres. Le registre supérieur aligne trois frises de modillons en volutes (ou langocha), d'oves feuillagées et de perles. Le registre inférieur est celui des arcades en plein cintre, occupés de personnages.
.
a) Dans ces arcades en plein-cintre formant niche, nous trouvons successivement de gauche à droite :
un masque ailé crachant un feuillage.
un masque ailé à barbe bifide crachant un feuillage.
Un masque barbu coiffé d'un linge noué
Une tête de mouton, feuillagée et crachant des feuillages
Un soldat en buste, coiffé d'un bonnet, la tunique plissée recouverte d'une cape, et désignant de l'index gauche l'épée ou glaive posée sur l'épaule droite.
.
b) Dans les intervalles ou écoinçons :
.
Un masque de profil
Un putto ailé à collerette de trois tiges de feuilles
Un putto ailé à bavette de feuilles
Une tête de bélier crachant trois tiges de feuilles
Un putto ailé à collerette de trois tiges de feuilles
Un masque de profil
.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
.
B. La colonnade du coté droit.
.
Nous retrouvons la colonnade de quatre colonnes évasées et baguées et leur chapiteau pseudo-corinthien sommé d'un fleuron.
.
a) Dans les arcades en plein-cintre formant niche, nous trouvons quatre saintes déjà représentées sur le coté est de la tribune. Ce sont successivement de gauche à droite :
Sainte Marie-Madeleine et son pot d'aromates.
Sainte Marguerite et son crucifix.
Une sainte vierge et martyre.
Sainte Apolline.
Au centre, un masque crachant un feuillage.
.
.
b) Dans les intervalles ou écoinçons :
Un masque de profil.
Un masque de putto ailé crachant des feuillages.
Un masque humain coiffé d'un linge noué.
Un masque anthropomorphe feuillagé.
Un masque de putto ailé à cuir et feuillage.
Un masque de profil.
.
.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
C. La frise au dessus de la porte.
.
Là encore, les thèmes grotesques sont déclinés, avec ces rinceaux dont les tiges sont crachées par un mascaron au bonnet de linge noué (motif récurrent ici), ou par des masques de profil, lorsqu'ils ne proviennent pas des jambes d'un putto, tandis que leurs extrémités se transforment en gueules de dragons ou de poissons : toujours le même principe de mutation des formes.
.
Note : on va retrouver le motif du mascaron au bandeau noué en mouchoir de ménagère à grands nœuds de rosettes et s'évasant derrière la nuque à plusieurs reprises sur cette clôture. Il importerait d'en trouver le modèle. Mon exploration des peintures romaines à la grotesque , des mascarons sculptés souvent plus tardifs (Bordeaux, Nantes, Paris, Strasbourg) ou des recueils de gravures diffusant l'art italien et bellifontain ne pouvait être exhaustive mais est resté vaine pour l'instant. À défaut, on notera qu'il apparaît à l'identique sur les sablières de Bodilis en 1574 (Sa Sb2 et Sb3, entrait E1), et sur celles de Notre-Dame de Berven à Plouzévédé, en 1579.
.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
.
II. Le coté tourné vers le chœur.
.
.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
A. La colonnade du coté gauche.
.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
Le montant du coté gauche.
.
Il est centré par un mascaron en haut relief d'une tête d'homme, moustachu, et coiffé du même bandeau noué, mais dont le voile forme ici une collerette.
Trois autres têtes ornaient les autres montants (la dernière est perdue). Elles rappellent celles du bénitier du trumeau du porche sud.
Le décor est de haut en bas :
un masque casqué crachant des dauphins
un couple de dauphins affrontés
des feuillages et fruits
un putto ailé crachant des volutes de feuillages
un cuir découpé à enroulement
Des feuillages.
.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
Les 5 personnages des arcades de la claire-voie.
Il manque la partie inférieure, dont la présence est attestée par un trou de fixation d'une cheville à leur partie basse.
.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
Saint Yves coiffé de la barrette de docteur (en théologie) faisant le geste de l'argumentation juridique.
.
Le patron de l'église débute cette série.
Sur ce geste où la pulpe de l'index vient sur celle du pouce, voir parmi de nombreux exemples dans ce blog celui de Saint-Sébastien de Saint-Ségal :
Il est encadré d'un masque feuillagé de profil et d'un oiseau.
.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
Putto ailé et feuillage.
.
À sa droite, un cheval feuillagé.
.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
Moine tenant un livre ouvert.
.
À sa droite, un aigle.
.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
Saint Pierre tenant sa clef.
.
.
À sa droite, un cheval feuillagé.
.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
Saint Paul tenant un livre et une épée.
.
.
À sa droite, un masque de profil, feuillagé.
.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
Le montant gauche de la porte.
.
Il comporte un masque grimaçant et feuillagé en moyen relief, un cuir découpé à enroulement noué à un ruban, un masque animal, un masque anthropomorphe feuillagé crachant des tiges et des dauphins.
.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
La frise au dessus de la porte.
.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
Un putto nu et ailé tient les extrémités en tête de serpent des rinceaux. Son ventre et ses jambes sont remplacées par des feuillages, sources des rinceaux. dilatés en trompes, qui se métamorphosent en dragons.
.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
Le masque coiffé d'un bandeau noué crache des rinceaux qui, là encore, se transforment en serpents ou en masques de profil.
.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
B. La colonnade du coté droit.
.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
Le montant de gauche.
.
Il est orné d'une très belle tête féminine en haut relief.
Le décor est :
une tête de putto ailé crachant des feuillages
des feuillages en volutes affrontés
Le masque féminin à bandeau noué et voile
Un cuir découpé à enroulement
Des feuillages et fruits.
.
.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
Les 5 personnages des arcades de la claire-voie.
.
Ce sont les mêmes figures que celles sculptées au verso, et visibles du coté ouest.
.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
Un soldat casqué montre du doigt l'épée qu'il tient contre son épaule gauche.
.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
Une tête de mouton, feuillagée et crachant des feuillages
.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
4. Un masque barbu coiffé d'un linge noué.
.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
5. un masque grimaçant ailé crachant un feuillage.
.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
un masque ailé crachant un feuillage.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
Le montant de droite.
.
La figure centrale, fixée par tenon et mortaise, est perdue.
De haut en bas :
Un masque feuillagé coiffé de palmettes et crachant des volutes feuillagées
Un putto nu et feuillagé, coiffé de palmes, aux pattes de bouc, et libérant par l'anus une tige verte
le cadre à volutes du haut relief manquant
Un masque de putto ailé crachant des tiges et des volutes portant des fruits
Un cuir découpé à enroulement,
des feuillages.
.
.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
C. La frise au dessus de la porte.
.
Elle reprend les mêmes motifs qu'à son avers visible du coté ouest.
.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
.
LA PARTIE INFÉRIEURE DE LA CLÔTURE.
.
La partie inférieure de la clôture, coté de la nef.
.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
Le personnage du montant de gauche : Un femme jouant du violon.
.
Par le couple qu'elle forme avec le personnage d'allure christique de droite, nous pourrions penser à Marie-Madeleine, mais ses cheveux sont bruns, et, surtout, elle tient un objet contourné qui n'est pas un flacon d'aromates, mais bien plus probablement un violon.
Ses jambes et ses pieds sont nus, et croisés comme lors d'une danse.
.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
Les 3 panneaux de grotesques de la partie gauche.
.
Ils s'organisent, comme les dorsaux des stalles de La Guerche datant vers 1518-1525, , ou comme les boiseries de la clôture de chœur de Gaillon datant de 1509 (ou comme les panneaux ornementaux attribués à Giovanni Pietro da Birago, gravés en 1505-1515), mais au lieu de s'organiser en volutes de rinceaux affrontés en deux parties symétriques verticalement, ils construisent leurs trois registres autour de figures centrales.
.
Premier panneau.
.
Masque ailé feuillagé dont les rinceaux se terminent par des masques feuillagés de profil et se regardant
Deux volutes affrontés s'achevant pas des masques feuillagés barbus de profil
Tête de putto ailé dans des volutes réunis au centre par une bague.
.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
Deuxième panneau.
.
Masque feuillagé cornu et barbu orné de tiges à épillets et crachant des rinceaux. La tige centrale se noue comme un ruban et suspend le motif suivant
Cuir découpé à enroulement, portant en son centre un visage, et sur ses cotés des épillets
Guirlandes de légumes (cucurbites) ou de fruits.
.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
Troisième panneau.
.
Masque de putto ailé d'où partent des rinceaux en volutes dont deux s'achèvent en gueules de dragon. Ce masque crache un ruban vert
À ce ruban est suspendu un cuir découpé à enroulement,portant en son centre un visage, et sur ses cotés des épillets
.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
Le personnage en haut relief du montant : Le Christ ressuscité ??
.
Son torse nu et son manteau rouge plaide pour l'hypothèse christique. Au contraire, son chapeau à plumet jaune, la position de sa main (qui ne désigne pas une plaie du flanc droit, mais le milieu de la poitrine), ou ses jambes entrecroisées dans une figure de danse, ne plaident pas pour cette piste.
.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
.
Les 3 panneaux de grotesques de la partie droite.
.
.
.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
Montant de gauche : lion traversant un rouleau orné d'une tête grimaçante.
.
Ce motif se retrouve aussi sur les montants de la tribune.
.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
Premier panneau.
.
Masque d'homme moustachu, feuillagé et ailé
Rinceaux en volutes produisant des fruits, ou se terminant par une gueule animale.
Cuir découpé à enroulement,portant en son centre un visage
.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
Deuxième panneau.
.
Masque d'homme ailé au visage se déformant en cuir à enroulement.
Rinceaux en volutes produisant des fruits, ouun visage de putto au centre, ou se terminant par des têtes de béliers.
Rinceaux en volutes à feuillages et épillets, ou à masques anthropomorphes de profil.
.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
Troisième panneau.
.
Masque de putto entouré de feuillages.
Rinceaux en volutes produisant des fruits ou légumes autour d'un cuir à enroulement, et s'achevant par deux têtes de dragons affrontés.
Femme nue sur une jupe de feuillage, tenant les tiges des rinceaux qui s 'achèvent en bas par des têtes animales.
.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
Montant de droite.
Terme féminin à la tête de satyre, sans bras, sur un pilier recouvert de feuillages, comme les termes des montants de la tribune.
.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
La partie inférieure de la clôture, coté chœur.
.
Les 3 panneaux de grotesques de la partie gauche.
.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
Montant de gauche.
Cuir découpé et feuillages.
.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
Premier panneau.
.
Masque grimaçant, en bandeau noué et voile en collerette plissé.
Rinceaux en volutes s'achevant par des masques de profil
Cuir découpé à enroulement, frappé de clous, portant en son centre un visage grimaçant et feuillagé.
.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
Deuxième panneau.
.
Masque masculin grimaçant, feuillagé, entouré de deux masques de profil au bout de rinceaux.
Cuir découpé à enroulement, orné d'un masque et traversé de feuillages.
.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
Troisième panneau.
.
Masque de lion ou de mouton crachant des rinceaux, s'achevant en masques anthropomorphes de profils.
Femme nue, coiffée du bandeau noué à voilettes, et dont le bas du corps est remplacé par des feuillages. Elle tient les tiges des rinceaux produisant des légumes.
.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
Montant de droite.
Masque de lion crachant des rinceaux
Cuir découpé à enroulement et feuillages.
.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
Les 3 panneaux de grotesques de la partie de droite.
.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
Montant de gauche.
Masque d'animal cornu crachant des rinceaux s'achevant en tête de serpents.
Tige et feuillage traversant une tunique et jupe.
.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
Premier panneau.
.
Masque anthropomorphe coiffé de palmettes sur un bandeau noué de chaque coté.
Rinceaux s'achevant par des têtes de serpents.
Rinceaux produisant des rosettes.
.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
Deuxième panneau.
.
Masque d'homme barbu, feuillagé, coiffé du bandeau noué, entouré de feuilles.
Il crache une tige se divisant en rinceaux de fruits et de légumes, et de rinceaux s'achevant en tête d'oiseaux feuillagés.
Cuir découpé à enroulement, centré par une tête d'enfant, ailée.
.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
Troisième panneau.
.
Masque d'homme à barbe bifide , au bandeau noué à voile derrière la nuque, entouré de feuilles.
Il crache une tige se divisant en rinceaux s'achevant en tête de serpents, et de rinceaux s'achevant en tête d'oiseaux feuillagés.
Cuir découpé à enroulement, centré par une tête d'enfant.
.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
Montant de gauche.
Masque anthropoïde ou léonin, feuillagé, crachant des rinceaux
Rinceaux s'achevant par des masques de profils.
Feuillages.
.
Clôture de chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
CONCLUSION.
Le jubé de La Roche-Maurice et sa clôture de chœur nous offrent un superbe exemple de la pénétration en Bretagne, à une date hélas imprécise vers le milieu ou la fin du XVIe siècle, de l'art à la grotesque.
Ces décors révélés à la fin du XVe siècle aux artistes italiens par la découverte des anciens palais de Néron (1er siècle) et peints par Raphaël ou Giovanni da Udine pour la Loggetta et les Loges du Vatican (1519) avaient fait leur apparition en Bretagne, en bas-reliefs, sur le tombeau de Thomas James à Dol-de-Bretagne vers 1508, puis sur les stalles de La Guerche de Bretagne vers 1518-1525. Ce nouveau décor se caractérise par son attrait pour les métamorphoses, par son indépendance vis à vis de la réalité, par son obsession des courbes, en volutes notamment, par son monde en deux dimensions, et par l'absence de toute référence au religieux.
Ici, à La Roche-Maurice, nous le voyons côtoyer les figures de saints et saintes et le regard passe du coq à l'âne, de l'hagiographie médiévale aux trivialités fantasques, sans aucune séparation entre les genres.
Les masques feuillagés témoignent de cette confusion entre les formes qui se contaminent entre elles.
Les mascarons appartiennent à ce vocabulaire. J'ai souligné l'intérêt, comme indice iconographique, de la figure (masculine ou féminine) à bandeau noué en rosette et voile plissé. Elle est très largement employée ici, et se retrouve sur le charpente de Bodilis.
Les termes (atlantes, cariatides) avaient été diffusés, toujours par reprise de l'art des antiquités romaines, par les recueils d'architecture de Sébastien Serlio en 1537. Ils sont repris ici, tant sur la tribune que sur la clôture, dans leur rôle de marquage d'une transition et d'un seuil, bien avant d'apparaître sur l'ossuaire de La Martyre.
Quant aux cuirs découpés à enroulement, ils ont été développés par l'École de Fontainebleau, notamment sur les boiseries de la galerie François Ier réalisés en 1535 par Francesco Scibec de Carpi. Les panneaux de la clôture en montrent des exemples achevés, mais puisque sa date est imprécise, nous ne pouvons savoir si ils précèdent ceux de l'architecture du château de Kerjean (29) et de la charpente de sa chapelle, sculptés vers 1570.
Nous noterons néanmoins l'absence de médaillons.
Ainsi, de multiples liens peuvent être tracés entre ce décor et celui des autres bâtiments Renaissance, soit pour en souligner la similitude et les rapports, soit pour déterminer peut-être quelques traits spécifiquement locaux. C'est le rôle des liens proposés, au début, vers mes autres articles.
Il est par exemple intéressant de reprendre, après cette visite, celle du jubé de la chapelle Saint-Nicolas en Priziac peint en 1580.
.
.
.
.
.
SOURCES ET LIENS.
— APEVE
http://www.apeve.net/spip/spip.php?article234
—CASTEL (Yves-Pascal) / CAOUISSIN (Eflamm) /DIOCÈSE DE QUIMPER, 2 décembre 2014, YOUTUBE
—COUFFON (René), LE BARS (Alfred), 1988, Diocèse de Quimper et Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, Association diocésaine. - 551 p.: ill.; 28 cm. ISBN 978-2-950330-90-1.
"Jubé de Priziac, achevé en 1580. [...] À La Roche-Maurice, dernière étape : la tribune n'est plus sur voûte, mais sur plafond à caissons décorés d'entrelacs en « cuirs » avec des toupies pendantes ; de monstrueuses consoles animales, accroupies, soutiennent ce plafond."
"Sur une longueur de 5 mètres entre les deux grosses piles de l’entrée du chœur, est placé un jubé en bois de chêne polychromé d’une ornementation abondante qui le date de la fin du XVIe siècle. Il se compose d’un soubassement de panneaux surmonté d’une claire-voie. Celle-ci sert d’appui à des montants verticaux ou obliques qui soutiennent la tribune à laquelle on accède par un escalier aménagé dans la pile sud.
Sur les six panneaux du soubassement de 66 sur 32 centimètres chacun, figurent, en bas-relief, sur les deux faces, des grotesques constituées de visages coiffés de plumes ou de turbans noués sur les côtés, de ces visages partent des rinceaux se terminant par des têtes humaines ou animales. La partie inférieure des panneaux est décorée de cuirs enveloppant un masque.
La claire-voie est composée de colonnettes tournées présentant un triple étage de formes et terminées par des chapiteaux corinthiens. Aux extrémités des claires-voies les montants sont décorés d’une succession de masques ou de personnages soutenant des chutes de feuillages. L’entablement au-dessus de la claire-voie présente d’abord une série d’arcatures encadrant des bustes en relief de saints personnages ou autres. Au-dessus de la porte, aujourd’hui disparue, deux grotesques évidées montrent un personnage ailé jaillissant de rinceaux qui se terminent en têtes de dauphins. Au-dessus de la frise, des palmettes sont surmontées de gouttes et de volutes. Les montants perpendiculaires ou obliques qui soutiennent la tribune sont décorés de cariatides humaines ou animales à l’aspect menaçant. Tout ce décor abondant et extrêmement varié appartient à la tradition maniériste de la seconde Renaissance. Ici, la dévotion semble faire bon ménage avec des représentations humaines caricaturées et dénudées. Rien ne permet de dire à qui revient l’initiative d’un tel décor entre le commanditaire ou l’artiste. Le sculpteur disposait de gravures diffusées en grand nombre par les ornemanistes du XVIe siècle. Des inscriptions qui figuraient sur des écriteaux tenus par des cariatides ont été buchées. Au milieu de tous ces personnages caricaturés apparaît, sur un montant de l’entrée, le buste d’une jeune femme sculptée en haut-relief : apparition surprenante dans ce monde de sculptures en délire.
La tribune offre un décor moins burlesque plus propre à accueillir sur sa face du côté de la nef, la théorie incomplète des Apôtres sculptés en haut-relief dans des niches en trompe l’œil surmontées de dais à fuseaux. Sur l’autre face, du côté du chœur, on a les représentations en bas-relief de saints personnages en compagnie du Christ ressuscité.
Le dessous de la tribune est constitué d’un plafond à caissons décorés de motifs géométriques et de pendentifs. Du côté de la nef, la tribune sert de poutre de gloire pour une crucifixion encadrée de la Vierge et saint Jean."
— LE GUENNEC (Louis), Le Finistère monumental, page 501.
"Le jubé de la Roche est une des plus belles œuvres en chêne sculpté que nous ait légué le XVIe siècle. Le soubassement plein est surmonté d'une clairevoie à barreaux fuselés, entremêlés de colonnettes formant pendentifs d'un très heureux effet.
Au-dessus règne une plate-forme dont le plafond divisé en caissons, a pour supports d'élégantes consoles ornées de figures fantastiques. Les deux façades de la galerie, où on monte par un escalier ménagé dans le pilier, à l'entrée du chœur du côté de l'Épître, sont richement décorés de panneaux avec personnages. Du côté de la nef sont neuf Apôtres et trois papes. La façade du côté chœur contient les statues suivantes : saint Pol Aurélien - évêque bénissant - saint Christophe - saint Michel terrassant le dragon - sainte Marguerite - Christ de Résurrection - sainte Marie Magdeleine - sainte Barbe - sainte Appoline - saint Antoine, ermite - sainte Geneviève - autre sainte Marguerite. Un grand Christ en croix domine le jubé ; à sa droite, la Vierge, à sa gauche, saint Jean. Les statues de ce groupe sont presque de grandeur naturelle"
— TASSIN (Raphaël), 2018, "Le frontispice du Quarto libro de Sebastiano Serlio et sa fortune durant l’époque moderne" in Construire avec le corps humain. Bauen mit dem menschlichen Körper, dir. S. Frommel, E. Leuschner, V. Droguet, T. Kirchner, collab. R. Tassin et C. Castelletti, Rome/Paris, Campisano/Picard, 2018, vol.1, p. 239-253.
Sans compter les sablières à cuirs chantournés et/ou grotesques du Maître de Plomodiern à Saint-Nic (1561-1566), Plomodiern (1564), à l'atelier du Cap-Sizun à Primelin, Pont-Croix (1544), Confort-Meilars, Esquibien ou de celle du Maître de Pleyben (1567-1576) à Pleyben, Kerjean, Plomodiern (Sainte-Marie du Menez-Hom), Bodilis, Saint-Divy, et peut-être Roscoff.
.
PRÉSENTATION.
.
Description générale
"Sur une longueur de 5 mètres entre les deux grosses piles de l’entrée du chœur, est placé un jubé en bois de chêne polychromé d’une ornementation abondante qui le date de la fin du XVIe siècle. Il se compose d’un soubassement de panneaux surmonté d’une claire-voie. Celle-ci sert d’appui à des montants verticaux ou obliques qui soutiennent la tribune à laquelle on accède par un escalier aménagé dans la pile sud." (G. Leclerc)
Soucieux de fournir aux amateurs une iconographie commentée de l'expression de l'art de la Renaissance, je consacrerai à ce jubé breton trois articles :
— La tribune.
— La clôture ou chancel.
—Les deux retables aux licornes : sainte Marguerite et sainte Anne éducatrice.
.
Datation
-vers 1540, si on se réfère à la verrière, selon Yves-Pascal Castel (vidéo)
-vers 1550 (M. Jules)
-vers 1560-1570, SPREV
- 1570-1580, "Petit Patrimoine"
-"fin XVIe siècle" ... "Seconde Renaissance" Guy Leclerc.
Je rappelle que le portail sud date du milieu du XVIe siècle, que la maîtresse-vitre date de 1539, et que les sablières datent de 1552 (bas-côté sud), 1559 (nef et chœur) et 1561 (bas-côté nord).
Il est amusant ou intriguant de constater que, si on adopte une datation postérieure à 1560, celle-ci correspond à la fin du concile de Trente (1545-1563), par lequel il fut demandé aux paroisses de dégager le lieu de la célébration liturgique en enlevant les jubés, précisément installés pour fermer le chœur et isoler le célébrant et les membres du clergé des fidèles tout en permettant à ceux-ci d'entendre la lecture des textes liturgiques et les chants donnés depuis la tribune. Après ce Concile de Trente, les jubés ont été démontés et remplacés par des chaires à prêcher. Pourquoi celui-ci fit exception ?
La datation n'est pas accessoire, notamment en histoire de l'art pour suivre la pénétration du style des décors Renaissance (grotesques et cuirs à enroulements) en Bretagne. La pose du jubé suppose que la toiture du chœur soit achevée, soit entre 1539 (vitrail) et 1561 (sablières). On peut s'appuyer sur la date de la diffusion des gravures de modèles de termes et cariatides par Serlio (1537) ou Androuet du Cerceau (1546-1560) et autres diffuseurs du style italien puis bellifontain. Plus on adopte une date tardive, plus cette réalisation devient contraire aux consignes du Concile de Trente, achevé en 1564, sur le passage de chœurs clos, médiévaux, aux chœurs ouverts permettant une intégration des laïcs au culte, son accès à la Présence Réelle du Saint-Sacrement présenté sur l'autel dans le tabernacle, et son accès à la prédication désormais délivrée depuis des chaires. Mais c'est un vieux et complexe débat que celui de l'application de ces consignes, même si force est de constater que la Bretagne n'a conservé qu'une vingtaine de ses jubés et clôtures de chœur.
.
.
Restauration.
Le jubé a été restauré en 1968 par l'atelier Hémery de Paris, M. Auzas étant inspecteur des Monuments historiques (A. Croguennec).
La restauration de la charpente de l'église et de sa polychromie a eu lieu en 2014-2017 par les entreprises Le Ber et Arthema sous la supervision de Marie-Suzanne de Ponthaud.
.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
LA TRIBUNE COTÉ NEF ET LES 12 PANNEAUX.
.
.
Douze niches accueillent des personnages. Les architectures en plein cintre sur des pilastres vus en perspective sont surmontées de dais polygonaux à fuseaux encadrés par des volutes.
Ces niches séparées par des fuseaux sont bordées en haut et en bas par des moulures à perles, rais de cœur, oves et denticules.
Elles accueillent des personnages sculptés en haut-relief.
On trouve du coté ouest 9 apôtres qui sont barbus, pieds nus et qui tiennent un livre (les Actes des Apôtres). Ils portent tous un manteau, ouvert sur une tunique soit bouffant au dessus d'une ceinture, soit boutonnée. Il manque à la série des 12 apôtres saint Pierre, saint Jean et saint Barthélémy. Par contre, Dieu le Père est représenté trois fois, en pape, sans sembler remplacer les absents L'un de ces "papes" vaut-il pour saint Pierre (cet façon de faire n'étant pas attesté en Finistère dans ces séries apostoliques) ?
Enfin, la séquence des apôtres ne suit pas l'ordre habituel, hiérarchisé par le Credo apostolique.
.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
1. L'Apôtre Philippe et sa croix à longue hampe.
.
.
.
.
2. Dieu le Père coiffé de la tiare, bénissant, assis sur une cathèdre. [ou pour la majorité des auteurs : un pape]
.
.
.
3. L'Apôtre André avec sa croix en X.
.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
4. L'Apôtre Thomas et son équerre.
.
.
.
5. L'Apôtre Matthias et sa lance (ou hallebarde) (ou Jude Thaddée) .
.
.
.
6. L'Apôtre Matthieu et sa balance de collecteur d'impôt.
.
.
.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
7. Dieu-le-Père coiffé de la tiare, bénissant, assis sur une cathèdre. [ou pour la majorité des auteurs : un pape].
.
.
.
8. L'Apôtre Jacques le Mineur et son bâton de foulon.
.
.
.
9. L'Apôtre Jules Thaddée (ou Matthias) et sa lance.
.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
10. Dieu-le-Père coiffé de la tiare, bénissant, assis sur une cathèdre.[ou pour la majorité des auteurs : un pape].
.
.
.
11. L'Apôtre Simon et sa scie.
.
.
.
12. L'Apôtre Jacques le Majeur, son chapeau de pèlerin, son bourdon, son baudrier à coquilles et sa besace.
.
.
.
LA TRIBUNE COTÉ CHOEUR ET LES 12 PANNEAUX.
.
Les 12 panneaux sont séparés, comme à l'ouest, par des fuseaux et encadrés en haut et en bas par des moulures à oves, denticules et perles, mais on ne retrouve ni les dais, ni les niches en perspective, et les personnages sont sculptés en bas-relief dans un cadre rectangulaire. Le décor de ce cadre diffère pour chaque panneau, et énumère le vocabulaire des ornemanistes de l'époque. Seul les deux premiers panneaux reprennent, la niche en plein cintre et en perspective.
Les saints et saintes qui entourent le Christ de la Résurrection sont ceux qui figurent, dans les Livres d'Heures, aux Suffrages. Nous avons la liste presque complète des saintes vénérées dans ceux-ci (avec sainte Ursule et sainte Hélène).
.
.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
1. Saint Pol-Aurélien, patron et fondateur de l'évêché du Léon, en évêque tenant le dragon par son étole.
.
On sait que Pol Aurélien débarrassa l'île de Batz, en face de Roscoff, du dragon qui la dévastait en passant son étole autour de son cou.
Il porte la mitre (avec ses fanons) et tient la crosse propre à sa dignité. Il est vêtu sous la chape vermillon d'un surplis blanc au dessus de la tunique talaire violette. Le dragon ailé tire sa langue rouge, mais il est asservi par la pointe de la hampe. Les pilastres de la niche sont remplacés par un décor de rinceaux et de volutes, qui est propre à l'art des grotesques.
.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
.
.
2. Un autre évêque, sans attribut distinctif, debout sur une tête d'angelot.
.
La niche associe une voûte en plein cintre (au décor de tresse) et deux pilastres cannelés.
L'évêque n'est pas nimbé (mais saint Pol-Aurélien non plus).
Seules les couleurs de son habillement change, avec une tunique rouge et une chape verte. Mais les gants (ou chirothèques) et les chaussures liturgiques (ou "sandales" épiscopales) restent de couleur violette, car tous les deux accordés à celle du temps liturgique, ici celui de l'Avent ou du Carême. Même la mitre ou du moins les fanons sont accordés ! Mais j'ignore si les couleurs sont d'origine, ou bien relèvent d'une restauration.
.
On peut hésiter entre saint Corentin, patron fondateur de l'évêché de Quimper (alors distinct, et jusqu'en 1790, de celui de Saint-Pol-de-Léon), et, mais cela me semble moins vraisemblable, Claude de Rohan fils cadet du seigneur de la Roche-Maurice et évêque de Quimper.
Des quantités de saints évêques sont honorés dans le Léon (et figurent par exemple sur les bannières paroissiales) et sont dépourvus d'attributs permettant leur identification lorsque leur nom n'est pas spécifié.
Nous ne pouvons exclure non plus saint Nicolas.
.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
3. Saint Christophe portant Jésus enfant en Salvator mundi.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
4. Saint Michel terrassant le dragon.
.
L'archange est en armure sous la cape rouge d'officier, comme chef de la milice céleste, et darde la pointe de la hampe de la croix dans la gueule du dragon. Le bouclier est en forme de masque anthropomorphe feuillagé.
.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
5. Sainte Marie-Madeleine tenant le flacon d'aromates.
.
Elle occupe la place de choix qui est la sienne, à droite du Ressuscité, qu'elle fut la première à rencontrer devant le tombeau ouvert et vide : c'est la scène du Noli me tangere, dans laquelle Jésus a pris l'apparence d'un jardinier.
.
.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
.
.
6. Le Christ ressuscité.
.
Il occupe la place centrale devant l'autel.
Il est figuré victorieux de la Mort puisqu'il tient la croix de cette victoire ainsi que le manteau rouge écarlate, mais son corps nu sous le pagne met en évidence la plaie de son flanc droit. L'importance donnée à cette plaie plus encore qu'à celles des mains et des pieds a été commentée dans mon article sur la dévotion des plaies du Christ à la cour ducale de Bretagne. C'est elle seule qui justifie que le Christ tienne la lance de Longin.
.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
7. Sainte Catherine d'Alexandrie.
.
Nous l'identifions par sa couronne, son livre et son épée.
La couronne est celle de la noblesse de sa naissance, car elle elle est la fille du roi Costus (Légende dorée) mais se rapporte surtout à son prénom qui provient du mot syriaque céthar "couronne", car, selon saint Jérôme, elle a remporté la triple couronne de la virginité, de la science et du martyr.
Le livre témoigne du fait que, instruite dès son enfance des arts libéraux, ce puits de science et de sagesse tint tête par son éloquence à l'empereur Maxence, et à plus de cinquante grammairiens et rhéteurs d'Alexandrie.
L'épée est celle de sa décollation, pour avoir résisté au supplice de la roue armée de lames, à la prison et au jeun, et tant irrité l'empereur par son entêtement à s'opposer au culte des idoles et à refuser les honneurs qu'il lui proposait en échange.
L'iconographie complète ces attributs par la roue dentée, absente ici, et par la tête couronnée placée sous ses pieds. Il faut donc penser que la tête coiffée de linge blanc et portant une fraise puisse correspondre à celle de l'empereur, ou du roi Costus, ou des savants d'Alexandrie. Mais il s'agit plutôt d'un ornement semblable à ceux des autres compartiments.
.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
8. Sainte Barbe tenant la palme du martyre, le livre de sa science théologique, avec derrière elle la tour aux trois ouvertures de sa réclusion, et de sa foi en la Trinité.
.
.
.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
.
.
9. Sainte Apolline, son livre, et les tenailles avec lesquelles le bourreau arracha toutes ses dents.
.
.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
.
10. Saint Antoine avec son livre, sa canne en tau et son chapelet.
.
Ce saint n'est pas toujours identifié, alors que ses attributs sont nombreux : outre la canne en tau et le chapelet à gros grains, nous trouvons le livre de la règle de l'ordre hospitalier des Antonins, qu'il fonda, l'habit monastique de cet ordre, avec pèlerine , capuche et ceinture (sans le tau). Il manque la clochette et le cochon.
Sous ses pieds est repris l'ornement d'un masque à coiffe blanche nouée.
.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
11. Sainte Geneviève de Paris, et le conflit de l'ange et du démon autour du cierge de la Foi.
.
.
Sainte Geneviève de Paris (en latin Genovefa), vierge du VIe siècle, patronne de Paris et du diocèse de Nanterre, est représentée en religieuse et tenant un cierge. Elle fait l'objet d'un culte particulier à Loqueffret, à Lannédern et à Brennilis, ainsi qu'à Saint-Herbot, car on la considère comme une sainte bretonne, sœur de saint Edern, et fondatrice du monastère de Loqueffret. Bien que certains estiment que cette Genovefa bretonne n'est qu'une homonyme de la sainte parisienne, les statues et bas-reliefs la montrent portant les mêmes attributs et relevant du même légendaire que cette dernière.
Elle tient le cierge de la Foi, dont la flamme résiste miraculeusement aux tentatives d'un diable qui tente de l'éteindre avec un soufflet tandis qu'un ange le rallume. Ce motif se retrouve presque constamment associé à la représentation de la sainte (*), mais il est complété ici du détail de l'ange frappant le diable avec un bâton (un goupillon sans doute).
(*) Voir la discussion et l'iconographie de la sainte dans mon article sur la niche à volets de l'église de Brennilis avec la photo de sainte de l'église de Saint-Suliau à Sizun.
La sainte est représentée entre deux colonnes engagées cannelées à chapiteaux de feuillage presque corinthien. Un nouvel indice de l'influence de la Renaissance et de son goût pour l'antique.
.
.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
12. Sainte Marguerite d'Antioche issant du dragon, crucifix à la main.
.
La sainte, emprisonnée pour sa foi et son attachement à la virginité face aux avances du préfet Olybrius, demanda au Christ de voir le diable de visu. Un dragon lui apparut, et la dévora, mais elle en fut victorieuse en se taillant une issue hors du ventre de la bête grâce à son crucifix. Elle est donc vénérée par les femmes enceintes pour les protéger des dangers de la délivrance. L'artiste n'oublie pas de montrer l'extrémité de la robe rouge qui est encore dans la gueule du dragon ailé tandis que sa victime lui échappe déjà.
L'encadrement est une tresse simple, le fond des feuilles d'acanthe.
.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
.
LES ANGES DU COTÉ CHOEUR.
.
Sous la moulure à godrons et tresse, huit anges volent, le corps et les jambes horizontales. Sept tiennent les instruments de la Passion, et un seul près du pilier sud tient un phylactère.
Ils sont réunis par une frise de rinceaux où des mascarons crachent des rubans.
je les décris de gauche à droite.
.
1. Ange tenant la Colonne (de la Flagellation).
.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
2. Ange tenant deux fouets.
.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
3. Ange tenant la couronne d'épines.
.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
4. Ange tenant la croix.
.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
5. Ange tenant un outil ?
.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
6. Ange tenant un clou (et jadis un marteau en main droite ?)
.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
7. Ange tenant les verges de la Flagellation.
.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
8. Ange tenant un phylactère.
.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
.
LE PLANCHER DE LA TRIBUNE (OU PLAFOND DU JUBÉ).
.
En 1924, Victor-Henri Debidour a décrit le jubé de La Roche-Maurice comme une dernière évolution des jubés bretons, après celui de Priziac en 1580. Il utilisa, pour désigner les pendentifs en boule du plafond, le terme technique de "toupies", qui a été repris ensuite par tous les auteurs :
"À La Roche-Maurice, dernière étape : la tribune n'est plus sur voûte, mais sur plafond à caissons décorés d'entrelacs en « cuirs » avec des toupies pendantes (*) ; de monstrueuses consoles animales, accroupies, soutiennent ce plafond."
(*)"toupies" : on décrit sur les solives des plafonds à la française "des tournettes ou toupies, sortes de petits cul-de-lampe ou pendentifs de bois tourné reproduisant l'effet des anciennes chevilles saillantes de l'art du charpentier".
.
Mais on s'arrêtera plutôt sur les 40 caissons, multipliant les décors géométriques (animés parfois de personnages) autour du motif du cuir chantourné à enroulement, introduit en France sous forme de cartouches par la construction de la Galerie François Ier à Fontainebleau en 1530, et sans tarder en Bretagne sur les stalles de la collégiale de Chapeaux (ca 1530-1550), avant de les voir repris au château de Kerjean vers 1570. Ils ont été largement diffusés par la gravure par Androuet du Cerceau dans sa suite des Cartouches dits parfois « Grands cartouches de Fontainebleau » publiés entre 1548 et 1549 et la suite des « Compartiments de Fontainebleau » dite « Petits cartouches de Fontainebleau » entre 1545 et 1547. Ou par René Boyvin à Angers, par Jacques et Cornelis Floris à Anvers.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
Du coté chœur :
.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
Quatre fous en ronde tiennent dans des cuirs un motif circulaire tressé.
.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
LES 14 MONTANTS VERTICAUX AUX TERMES ET ANIMAUX.
.
.
Les 7 montants verticaux du coté ouest aux atlantes et cariatides anthropomorphes ou animaux .
.
Ils sont complétés par 7 autres figures analogues du coté est.
Ces "termes" (du nom de dieu Terminus et de celui des bornes qui, équivalents des piliers hermaïques, limitaient les territoires dans l'antiquité latine) masculins et féminins, sont placés en toute logique au dessus de la clôture limitant la nef du chœur. C'est en vertu de la même logique que Sébastien Serlio les plaça en encadrement de la porte du frontispice de sa Règle générale d'architecture (Regole generali , Venise, 1537) introduisant ainsi ce motif en architecture puis en ornement de la Renaissance. Le remplacement des jambes par un pilier, propre à leur fonction de bornage, et une métaphore de la stabilité d'un dieu Terminus, qui ne bouge pas.
Certains de ces termes, coiffés de pots de fleurs et certains ayant les pieds posés sur des masques, sont à comparer aux 12 planches gravées Termes et cariatides(3 figures par planches) d'Androuet du Cerceau, datant de 1546-1560. Mais on notera qu'ils disposent tous de leurs bras (ou dans un cas de tronçons en volutes)
On songera aussi aux trois termes gainés (dont 2 cariatides) sculptés en 1619 sur le fronton et à l'angle sud-ouest de l'ossuaire de La Martyre, à quelques kilomètres de là.
"Le goût de ces motifs se révèle chez Androuet du Cerceau dès 1549, avec les XXV exempla arcuum. Peu représentés dans la trattatistica italienne (Serlio n’en use que pour les cheminées), ils connurent une fortune certaine en France, comme en témoignent les ouvrages d’Hugues Sambin (Œuvre de la diversité des termes, Lyon, 1572) puis de Joseph Boillot (Nouveaux portraits et figures de termes, Langres, 1592) et dans l’ensemble de l’Europe du Nord, Flandres, Allemagne et Angleterre. "(Yves Pauwels, Cesr, Tours, – 2009)
Leur piètement est souvent un tronc de pyramide cannelé, parfois nappé partiellement (comme chez Serlio) d'une feuille.
Deux d'entre ces figures sont en réalité des animaux, un lion et un bélier, dotés de leurs pattes. Ils tiennent curieusement, et pour une raison qui m'échappent un carré de bois devant leur bassin.
Voir :
—SAMBIN ( Hugues), (Lyon, 1572 Oeuvre de la diversité des termes dont on use en architecture eduict en ordre par Maistre Huges SambinBibliothèque municipale de Lyon, Rés 126685.
—Androuet du Cerceau (Jacques), Livre d’architectvre de Jaques Androvet du Cerceau, contenant les plans et dessaings de cinquante bastimens tous differens : pour instruire ceux qui desirent bastir, soient de petit, moyen, ou grand estat. Auec declaration des membres & commoditez, & nombre des toises, que contient chacun bastiment, dont l’eleuation des faces est figurée sur chacun plan..., Paris, s.n., 1559.
—Androuet du Cerceau (Jacques), Second Livre d’architecture, par Iaqves Androvet Du Cerceau. Contenant plusieurs et diverses ordonnances de cheminées, lucarnes, portes, fonteines, puis et pavillons, pour enrichir tant le dedans que le dehors de tous edifices. Avec les desseins de dix sepultures toutes differentes, Paris, André Wechel, 1561.
—Androuet du Cerceau (Jacques), Livre d’architecture de Jaques Androuet Du Cerceau, auquel sont contenues diverses ordonnances de plants et élévations de bastiments pour seigneurs, gentilshommes et autres qui voudront bastir aux champs ; mesmes en aucuns d’iceux sont desseignez les bassez courts... aussi les jardinages et vergiers..., Paris, pour Iaques Androuet du Cerceau, 1582. de l’Orme (Philibert), Le Premier tome de l’architecture, Paris, Frédéric Morel, 1567.
—Serlio (Sebastiano ), Liure extraordinaire de architecture, de Sebastien Serlio, architecte du roy treschrestien. Auquel sont demonstrees trente Portes Rustiques meslees de diuers ordres. Et vingt autres d’oeuvre delicate en diverses especes, Lyon, Jean de Tournes, 1551.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
Les 7 montants verticaux du coté est aux atlantes et cariatides anthropomorphes ou animaux .
.
Les sept termes ou figures du coté est sont pour la plupart la reprise de leur homologues du coté ouest.
.
.
.
.
.
L'abbé Castel avait cru reconnaître dans cette figure je ne sais quelle divinité d'Amérique Centrale, ce qui fut repris à l'envie pour célébrer les Bretons voyageurs prompts à trouver leur inspiration outre atlantique quelques années seulement après la découverte du Mexique !
L'origine du décor à la grotesque vient de la redécouverte des peintures effectuées pour le palais de Néron, avec leurs figures précisément bizarres ou monstrueuses, voire "exotiques", reprises avec leur entourage d'arabesques et d'animaux par Pinturicchio, Giovanni da Udine, Raphaël, Jules Romain, etc. Néanmoins, un peintre aussi soucieux d'histoire naturelle que Giovanni da Udine sut faire figurer des espèces botaniques et animales du Nouveau Monde dans ses pergolas factices, peu d'années après leur apparition en Europe, pour le plus grand plaisir des riches propriétaires des palais du Latium passionnés par les collections d'histoire naturelle.
.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
Les 4 jambes de force soutenant la tribune du coté ouest.
.
Ce sont quatre hybrides (et autant de l'autre coté) aux pattes et à la crinière animales, à la tête parfois léonine mais souvent anthropomorphe. Les gueules sont hilares, les sourcils hypertrophiés, les yeux exorbités.
.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
Les 4 jambes de force soutenant la tribune du coté est.
.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
Tribune du jubé (chêne polychrome, v. 1560) de l'église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile 2017 et 2020.
.
.
.
LA POUTRE DE GLOIRE.
.
.
.
SOURCES ET LIENS.
— APEVE
http://www.apeve.net/spip/spip.php?article234
—CASTEL (Yves-Pascal) / CAOUISSIN (Eflamm) /DIOCÈSE DE QUIMPER, 2 décembre 2014, YOUTUBE
—COUFFON (René), LE BARS (Alfred), 1988, Diocèse de Quimper et Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, Association diocésaine. - 551 p.: ill.; 28 cm. ISBN 978-2-950330-90-1.
"Jubé de Priziac, achevé en 1580. [...] À La Roche-Maurice, dernière étape : la tribune n'est plus sur voûte, mais sur plafond à caissons décorés d'entrelacs en « cuirs » avec des toupies pendantes ; de monstrueuses consoles animales, accroupies, soutiennent ce plafond."
— JULES (Matthieu), guide pour la SPREV, 2018, Vidéo
"Sur une longueur de 5 mètres entre les deux grosses piles de l’entrée du chœur, est placé un jubé en bois de chêne polychromé d’une ornementation abondante qui le date de la fin du XVIe siècle. Il se compose d’un soubassement de panneaux surmonté d’une claire-voie. Celle-ci sert d’appui à des montants verticaux ou obliques qui soutiennent la tribune à laquelle on accède par un escalier aménagé dans la pile sud.
Sur les six panneaux du soubassement de 66 sur 32 centimètres chacun, figurent, en bas-relief, sur les deux faces, des grotesques constituées de visages coiffés de plumes ou de turbans noués sur les côtés, de ces visages partent des rinceaux se terminant par des têtes humaines ou animales. La partie inférieure des panneaux est décorée de cuirs enveloppant un masque.
La claire-voie est composée de colonnettes tournées présentant un triple étage de formes et terminées par des chapiteaux corinthiens. Aux extrémités des claires-voies les montants sont décorés d’une succession de masques ou de personnages soutenant des chutes de feuillages. L’entablement au-dessus de la claire-voie présente d’abord une série d’arcatures encadrant des bustes en relief de saints personnages ou autres. Au-dessus de la porte, aujourd’hui disparue, deux grotesques évidées montrent un personnage ailé jaillissant de rinceaux qui se terminent en têtes de dauphins. Au-dessus de la frise, des palmettes sont surmontées de gouttes et de volutes. Les montants perpendiculaires ou obliques qui soutiennent la tribune sont décorés de cariatides humaines ou animales à l’aspect menaçant. Tout ce décor abondant et extrêmement varié appartient à la tradition maniériste de la seconde Renaissance. Ici, la dévotion semble faire bon ménage avec des représentations humaines caricaturées et dénudées. Rien ne permet de dire à qui revient l’initiative d’un tel décor entre le commanditaire ou l’artiste. Le sculpteur disposait de gravures diffusées en grand nombre par les ornemanistes du XVIe siècle. Des inscriptions qui figuraient sur des écriteaux tenus par des cariatides ont été buchées. Au milieu de tous ces personnages caricaturés apparaît, sur un montant de l’entrée, le buste d’une jeune femme sculptée en haut-relief : apparition surprenante dans ce monde de sculptures en délire.
La tribune offre un décor moins burlesque plus propre à accueillir sur sa face du côté de la nef, la théorie incomplète des Apôtres sculptés en haut-relief dans des niches en trompe l’œil surmontées de dais à fuseaux. Sur l’autre face, du côté du chœur, on a les représentations en bas-relief de saints personnages en compagnie du Christ ressuscité.
Le dessous de la tribune est constitué d’un plafond à caissons décorés de motifs géométriques et de pendentifs. Du côté de la nef, la tribune sert de poutre de gloire pour une crucifixion encadrée de la Vierge et saint Jean."
— LE GUENNEC (Louis), Le Finistère monumental, page 501.
"Le jubé de la Roche est une des plus belles œuvres en chêne sculpté que nous ait légué le XVIe siècle. Le soubassement plein est surmonté d'une clairevoie à barreaux fuselés, entremêlés de colonnettes formant pendentifs d'un très heureux effet.
Au-dessus règne une plate-forme dont le plafond divisé en caissons, a pour supports d'élégantes consoles ornées de figures fantastiques. Les deux façades de la galerie, où on monte par un escalier ménagé dans le pilier, à l'entrée du chœur du côté de l'Épître, sont richement décorés de panneaux avec personnages. Du côté de la nef sont neuf Apôtres et trois papes. La façade du côté chœur contient les statues suivantes : saint Pol Aurélien - évêque bénissant - saint Christophe - saint Michel terrassant le dragon - sainte Marguerite - Christ de Résurrection - sainte Marie Magdeleine - sainte Barbe - sainte Appoline - saint Antoine, ermite - sainte Geneviève - autre sainte Marguerite. Un grand Christ en croix domine le jubé ; à sa droite, la Vierge, à sa gauche, saint Jean. Les statues de ce groupe sont presque de grandeur naturelle"
— TASSIN (Raphaël), 2018, "Le frontispice du Quarto libro de Sebastiano Serlio et sa fortune durant l’époque moderne" in Construire avec le corps humain. Bauen mit dem menschlichen Körper, dir. S. Frommel, E. Leuschner, V. Droguet, T. Kirchner, collab. R. Tassin et C. Castelletti, Rome/Paris, Campisano/Picard, 2018, vol.1, p. 239-253.
Pourquoi se priver de citer les bons auteurs ? Il s'agit après tout d'un réel travail de synthèse ou, au contraire, d'approfondissement ou d'éclairage mutuel des apports de chacun, et de rassemblement de la documentation disponible. Tout le texte placé en retrait et entre guillemets est tiré de l'abondante littérature publiée, ou disponible en ligne et dont les liens sont donnés en fin d'article.
Néanmoins, ces emprunts conduisent à accepter les discordances entre telle et telle source d'information, d'autant que le sujet s'enrichit d'éclairages très récents (Bugini, 2019).
Mes photos (sous-titrées lavieb-aile) ont été prises lors de l'exposition Massot Abaquesne l'éclat de la faïence à la Renaissance, Musée national de la Renaissance, château d'Écouen en 2016.
.
.
La Bâtie d'Urfé
"La Bâtie d'Urfé, dans le Forez (commune de Saint-Étienne-le-Molard, Loire, entre Lyon et Clermont-Ferrand), était la résidence favorite de Claude d'Urfé (1501-1558), bailli du Forez, chambellan de Henri II et ami d’Anne de Montmorency, il devient gouverneur des enfants du roi puis surintendant de la maison du Dauphin à son retour d’Italie où il exerça la charge d’ambassadeur du roi Henri II auprès du Saint-Siège. À la suite d'un séjour de près de cinq ans en Italie, de 1546 à 1551, il redécora son manoir du Forez dans un style nouveau en faisant ainsi un important avant-poste de la culture italienne en France."
"Gentilhomme issu d’une vieille famille du Forez, élevé avec François Ier dans le milieu lettré et humaniste de la Cour de France, il y connut Anne de Montmorency et le cardinal François de Tournon . Il est l’envoyé du roi au concile de Trente en 1546, puis aux sessions de Bologne en 1547. Il est fait chevalier de l’ordre de Saint-Michel le 29 septembre 1549. Henri II en fait son ambassadeur auprès du Saint-Siège, de 1548 à 1551."
"Ce goût pour l’art italien fut renouvelé par plusieurs séjours de Claude d’Urfé dans la Péninsule, où il fut envoyé de 1546 à 1551, d’abord comme ambassadeur de François Ier au Concile de Trente ensuite transféré à Bologne, puis comme ambassadeur d’Henri II auprès du Saint-Siège à partir de 1548"
"En effet, au sein de la vieille construction médiévale bordée de fossés, le bailli de Forez aménagea une grande loggia ainsi qu'une grotte" "Au rez-de-chaussée du corps de logis, il décida d'édifier une chapelle, précédée d'une grotte, et de faire de cet ensemble le cœur physique et sémantique de sa maison. La chapelle fut consacrée en 1557 "
.
La chapelle
"La chapelle de la bâtisse était un des ensembles décoratifs les plus célèbres commandés par Claude d'Urfé. Une architecture audacieuse y servait en effet de cadre à un décor des plus originaux : voûte stuquée polychrome et or, parois décorées, dans leur partie haute, de toiles du peintre maniériste romain Gerolamo Siciolante , et, dans leur partie basse, de boiseries marquetées et sculptées de Fra Damiano da Bergamo (Metropolitan Museum of Art de New York)." "Pour la chapelle du château, il commanda une série de toiles au peintre actif à Rome, Siciolante da Sermoneta, et des panneaux de marqueterie de bois à l’un des plus illustres représentants de cette technique, Fra Damiano da Bergamo, lequel avait notamment réalisé les stalles de la cathédrale de Bologne."
Les percées étaient également décorées de magnifiques vitraux. Le sol, composé d'environ deux mille huit cents carreaux de faïence, maintenant répartis dans un grand nombre de collections publiques (Ecouen, Grenoble, Lyon, Rouen, Sèvres, notamment) et privées, avait été commandé chez Masséot Abaquesne à Rouen, selon un acte enregistré à Rouen le 22 septembre 1557, pour une valeur de cinq cent cinquante-neuf livres tournois."
.
.
Le décor.
.
Claude d'Urfé a pu s'inspirer pour sa chapelle (P. Madinier-Duée), à Bologne de la chapelle San Sebastian de la famille Vaselli de la cathédrale San Petronio (pour son décor associant un pavement émaillé, des marqueteries et des peintures), ou à Rome de la chapelle du cardinal Alborense à San Giacomo degli Spagnoli (1517), mais aussi de la Sala Regia du Vatican datant de 1534-1549 et qui forme antichambre pour la chapelle Sixtine : Claude d'Urfé a eu tout loisir d'y admirer le pavement et la voûte en berceau stuquée peinte par Perino del Vaga, lorsqu'il faisait antichambre dans ses fonctions d'ambassadeur du Saint-Siège. Cf. Elena Bugini 2019, "Dans le sillage de Perino del Vaga, les tableaux de Girolamo Siciolante pour Claude d'Urfé."
"Le décor de la chapelle a été projeté dès la 2e moitié de la décennie 1540 : on sait en effet que le gros œuvre de la chapelle est en place dès 1548 (datation par dendrochronologie du plancher situé au-dessus), et que Claude d'Urfé commanda le lambris destiné à en orner les murs, selon une disposition d'ensemble déjà arrêtée, la même année (il possédait déjà un premier tableau de marqueterie, inclus ensuite dans le lambris, daté de 1547). C'est au cours de l'ambassade dont il fut chargé auprès du Concile de Trente, en 1547-1548, à Trente puis à Bologne, que Claude d'Urfé a pu charger des artiste issus du milieu bolonais ou romain de réaliser divers éléments du décor (peintures, lambris). Le reste du décor semble au contraire dû à des ateliers français : la voûte, exécutée sur place, peut-être par des artistes débauchés du chantier de Fontainebleau, l'autel, les carreaux de pavement et les verrières, qui portent tous deux la date de 1557."
"L'ensemble du décor est centré sur le thème de l'amour divin dans lequel doit culminer l'amour terrestre (dont celui de Claude pour son épouse défunte), et dont l'expression la plus haute est le sacrifice du Christ dans l'eucharistie ; le programme rejoint ainsi les points réaffirmés par le Concile de Trente, l'unité de Dieu dans la Trinité (devise VNI : un seul Dieu, un seul amour) et sa présence dans l'eucharistie.
A partir de 1872, ce programme décoratif résultant d'une conception unique et très élaborée est cependant arraché au gros œuvre et vendu pour le compte du propriétaire, le banquier Verdolin, par l'antiquaire lyonnais Derriaz, relayé par l'antiquaire et collectionneur parisien Beurdeley. Différents collectionneurs se partagent ces dépouilles, en particulier Emile Peyre qui reconstitua partiellement (lambris, tableau d'autel, autel, fragment de pavement et peintures) la chapelle dans son hôtel du 126 avenue Malakoff à Paris. L'aspect original de l'intérieur est connu par deux tableaux du peintre turinois Giuseppe Uberti , et par un photomontage de Félix Thiollier datant des années 1880-1886. Seule la voûte échappa au démontage. Depuis 1949, la société savante de la Diana s'efforce d'obtenir le retour à la Bastie des éléments de décor dispersés, grâce aux dépôts consentis par les musées de France ou aux achats réalisés avec l'aide du Conseil général de la Loire."
Seul le pavement de la marche d'autel (270 carreaux) est datée de 1557 par inscription. Mais la même année, Masséot Abaquesne a donné quittance au sieur "d'Urse" de la somme de 559 livres tournois pour un nombre non précisé de carreaux, dont 12 livres pour leur livraison future. La somme restante (547 livres) correspond à un nombre très élevée de carreaux, bien supérieur à la seule marche d'autel, si on juge par le prix payé en 1564 à Marion Durant, veuve Abaquesne, de 36 livres par milliers de carreaux (4000 carreaux portant pour certains le monogramme de Claude d'Urfé CCI). Le prix payé en 1557 correspondrait donc à une commande totale de 15 000 carreaux ! Soit, pour des carreaux de 11 cm sur 11, une surface de 180 m². Le site de l'Inventaire estime à 2800 carreaux le pavement total de la chapelle.
Nous pourrions donc appliquer la date de 1557 à l'ensemble des pavements de la chapelle, et notamment aux 220 carreaux non datés .
Mais la rupture de style entre le pavement principal, reflet de la voûte, avec la stricte organisation géométrique des carrés et octogones emblématiques, et la marche d'autel de 1557, aérienne, musicale et grotesque, incite, par rapprochement avec la même rupture entre les deux pavements du château d'Ecouen (Premier pavement de la galerie de Psyché en 1542, second pavement en 1551 pour la galerie orientale), à imaginer une commande en deux temps (A. Gerbier 2019). Le pavement central relève des modèles architectoniques de Sebastiano Serlio et la marche d'autel des grotesques à l'italienne.
.
L'ensemble présenté ici n'est qu'une partie du pavement complet (1350 carreaux ?), dont la moitié est localisée et est conservée in situ à La Bâtie d'Urfé, ou au Musée de la Céramique (92), ou aux musées des Beaux-Arts de Rouen, de Grenoble et de Lyon, au musée des Tissus et des Arts décoratifs de Lyon, et au musée d'Art et d'Industrie de Saint-Etienne. Voir le site de l'inventaire Général. Dans le carré situé au centre du pavement se lisait, comme sur la voûte, l'inscription D . O . M . S . (peut être pour Deo optimo maximo sempiterno).
.
Claude d'Urfé, après avoir fait appel à des artistes italiens en 1548-1549, pour ses peintures et ses boiseries, choisit pour son pavement un faïencier de Rouen, Masséot Abaquesne, sans doute sur la recommandation d'Anne de Montmorency, qui avait fait réaliser par ce dernier les pavements de son château d'Écouen en 1542 et en 1551. Les deux hommes sont des proches. Le Connétable est l'oncle et le parrain d' Anne d'Urfé (1555-1621), petit-fils de Claude. Et d'ailleurs, le paiement des carreaux de La Bâtie sera effectué par le receveur des finances d'Anne de Montmorency, André Rageau, receveur des aides et tailles de la ville de Rouen. À Écouen, le pavement réunissait les devises, les armoiries et les emblèmes du propriétaire dans une succession de carrés. Ici, ce sont des octogones séparés par des losanges qui sont choisis, et les armoiries sont écartées, mais le principe est le même. On retrouve aussi les putti joufflus des bordures du premier pavement d'Écouen, les bordures d'oves et de tresses, ou les sirènes ailées du second pavement.
.
Technique.
Cf. Catherine Leroy.
Les couleurs sont le bleu (oxyde de cobalt), le jaune (antimoniate de plomb) et l'orange (oxyde de cuivre) associé au vert (oxyde de cuivre) pour les végétaux. La marche d'autel montre aussi du violet (oxyde de manganèse). Les carreaux de pâte argileuse reçoivent une base blanche vitrifiée et opaque (un émail d'argile liquide, de silice et d'oxyde de plomb et d'étain), puis la peinture, et enfin une ultime couche vitrifiée transparente pour assurer une bonne résistance mécanique à l'abrasion engendré par le piétinement. L'argile rosée ou blanche, qui a séché sur une trame textile dont les carreaux gardent l'empreinte, a reçu une première cuisson "de dégourdi" au four de 800 °, puis une fois le décor appliqué, une cuisson à 950° dans un four dit "à réverbère" proche de ceux utilisés à Anvers à la même époque. Les carreaux portent à leur revers un marquage de repérage caractéristique de l'atelier. (Aurélie Gerbier)
Les motifs suivent les modèles fournis par le commanditaire en utilisant des poncifs. Certains contours sont tracés au trait bleu (ou brun). Les ombres sont diverses : contour bleu foncé ou orangé (lettres du monogramme, grains de raisins), touches plus foncées sur le feuillage, et, sur la marche d'autel qui se révèle d'une maîtrise technique supérieure, un camaïeu de gris pour le corps des génies ailés. Le relief est donné par une subtile utilisation du blanc du fond émaillé qui est préservé, comme pour les ondulations des rubans, les perles ou olives et pour les enroulements des cuirs.
.
Les carreaux ont été fabriqués à Rouen, dans l'atelier de bord de Seine , puis livrés, comme le précise une quittance de 1557, pour une somme de 12 livres tournois versée à un sous-traitant pour "la façon des casses de boys et natte ou a été mys et enchassé led[ict] carreau" par un trajet terrestre et fluvial (par la Loire jusqu'à Roanne ?).
.
I. Le pavement (Masséot Abaquesne, ca 1549-1550 , faïence) de la chapelle de la Bâtie d'Urfé. Musée national de la Renaissance, Écouen, E.Cl 11117.
.
"Cet ensemble de deux cent vingt carreaux constitue une partie du pavement de faïence qui couvrait le sol de la chapelle du château de la Bâtie d’Urfé.
Sur les carreaux, les chiffres de Claude d’Urfé et de son épouse Jeanne de Balsac alternent avec leur emblème : un autel où brûle l’agneau du sacrifice dans un triangle arborant la devise UNI. Des jeux de rubans, de grappes de fruits et de légumes encadrent les caissons octogonaux. Ce pavement s’intégrait parfaitement dans le riche décor de lambris sculptés, panneaux de marqueterie, peintures murales et vitraux en grisaille de la chapelle, réalisé par des artistes italiens. Les carreaux de pavement reproduisent assez fidèlement le motif des caissons dorés de la voûte qui semblait se refléter sur le sol de faïence.
Le pavement, ainsi disposé, menait vers la droite à l’autel de la chapelle qui présentait une marche en faïence richement décorée (actuellement conservée au musée du Louvre). "
"Le pavement a été réalisé en 1557 (date inscrite dans un cartouche de cuirs découpés au centre du degré de l'autel). Il provient sans doute dans l'atelier du faïencier Masséot Abaquesne à Rouen : une quittance de 1557 mentionne "les pourtraits et devises que ledit Durfé lui avait baillés" pour une commande dont une partie pourrait concerner la Bastie." En 1874, l'antiquaire lyonnais Derriaz acheta le pavement ; il en vendit une partie, dont le degré d'autel, à Beurdeley (legs au musée du Louvre), et fit confectionner des " tableaux " revendus au détail (le collectionneur Emile Peyre acquit le motif central), ce qui explique la fragmentation du pavement en de très nombreuses collections.
Le sol de la chapelle était constitué de petits carreaux de pavement carrés, de 11 cm de côté, en faïence polychrome. Le degré entourant l'autel était pavé de carreaux du même type. Le nombre total de carreaux est estimé à 2800. La composition d'ensemble du sol de la chapelle reprenait en miroir le dessin de la voûte, avec des caissons octogonaux disposés autour d'un carré central. Un décor différent était réservé au degré d'autel."
.
Pavement (Masséot Abaquesne, ca 1549-1550) de la chapelle de la Bâtie d'Urfé. Photographie lavieb-aile Écouen 2016.
.
.
Pavement (Masséot Abaquesne, ca 1549-1550) de la chapelle de la Bâtie d'Urfé. Photographie lavieb-aile Écouen 2016.
.
.
Médaillon octogonal à l'emblématique de Claude d'Urfé.
.
Au centre de l'octogone, dans un cartouche à enroulement, l'agneau divin est offert aux flammes d'un autel sacrificiel au dessus des trois figures géométriques du carré (Terre), du cercle (Ciel) et du Triangle (Trinité et/ou delta de la Déité). La symbolique du triangle est précisée par l'inscription .V.NI.
On retrouve cet emblème sur la porte de la chapelle, sur les caissons de sa voûte, sur ses lambris, sur les reliures des ouvrages de la bibliothèque et même sur le lit à colonnes de Claude d'Urfé.
Selon N. Ducimetière, "Après la mort prématurée de sa femme en 1542, à l’âge de 26 ans, Claude d’Urfé fit porter sur nombre de ses livres le chiffre entrelacé des initiales de leur prénom, ainsi que le mot « Uni », abréviation de la devise néoplatonicienne Uni et nunc et semper ("unis maintenant et pour toujours")."
Mais loin d'être immuable, il se décline en de nombreuses variantes sur l'ensemble du décor (pavement, voûte, boiseries).
Sur les autres supports, le triangle peut contenir, au lieu du mot VNI, un autre triangle, ou un point, ou un point dans un deuxième triangle, et même une femme qui en enjambe la pointe, quand il n'est pas entouré de trois fleurs ou centré par une rose, ou traversé par un ruban tenu par deux femmes.
De même, le point encadrant ici le V (.V.NI) n'est pas retrouvé ailleurs, mais pourrait en modifier le sens (comme dans l'abréviation D.NI de Domini).
Le pourtour est, par contre, stéréotypé dans ces pavements : le cartouche s'inscrit dans une arabesque jaune à perles et fleurons puis successivement dans un cadre de perles enfilées, un cadre d'oves intercalés de dards, un cadre d'olives et de perles enfilées, et enfin un rang de rubans ondés cantonné par des fruits et légumes (raisins, pommes, grenades et artichaut ??).
Note : Sur les nervures des voutains de la voûte, les experts ont reconnu des pommes, des nèfles, des courges (?) des nèfles, des poires, des melons, des grenades (?), des cornichons, des fèves, des feuilles d'artichaut (?), du blé et des feuilles de chou.
.
.
Pavement (Masséot Abaquesne, ca 1549-1550) de la chapelle de la Bâtie d'Urfé. Photographie lavieb-aile Écouen 2016.
.
.
L'animal du sacrifice : agneau ou bélier.
.
L'animal offert aux flammes de l'autel est considéré le plus souvent comme un agneau, faisant allusion à l'agneau pascal, et, par là, au Christ et à l'Eucharistie.
Mais, au moins sur l'un des octogones où ce détail est mieux visible, cette victime offerte en sacrifice porte des cornes : il s'agit d'un bélier.
L'examen des différents caissons de la voûte permet de retrouver, et de façon indiscutable, un bélier sur le caisson n°30.
.
.
L'animal du sacrifice : agneau pascal ou en lien avec les sacrifices des Hébreux ?
.
Si l'interprétation la plus immédiate est de voir là l'agneau pascal symbole du Christ offert en expiation, et symbole par là du sacrement chrétien de l'Eucharistie, cette piste facile se heurte au fait que l'agneau pascal de la Pâque Chrétienne est représenté comme un animal égorgé, et non consumé par les flammes.
La première apparition de l'autel sacrificiel est le folio 2 du Livre d'Heures de Claude d'Urfé, datant de 1549. On y trouve déjà le triangle emblématique, la devise VNI, associée à la citation Et nunc et semper, et un agneau immolé, allongé dans les flammes.
Et nunc et semper est un abrégé de la doxologie trinitaire Gloria Patri et Filio et Spiritui Sancto...
Si nous savions traduire correctement le huitain en latin placé sous l'autel, cela éclaircirait sans doute la compréhension de l'emblème.
Non phoebo, non ista Ioui. (Quid vanius illis?)
Sed supremo ardet victima sacra Deo ;
Quem nos tergeminum, atque unum veneramur, Et a quo (tergeminum = "triple, trinitaire")
Ex nihilo vates omnia facta canunt.
Et quoniam non tam is tauros, caesasque bidenteis (caesas = égorgé ; bidenteis = à deux rangées de dents)
Quam puros animos, castaque corda petit,
Haec qui sacra fecit, cum puro candidus agno
Purum offert animum, castaque, corda Deo.
Ce n'est pas à Phoebus, ni à Jupiter (à quel titre pourraient-ils y prétendre ?) mais au Dieu suprême que brûle la victime sacrée. Celui que nous vénérons comme unique en trois personnes et dont les poètes chantent la création ex nihilo...non des taureaux ...que des esprits purs et au cœur chaste avec le pur et blanc agneau pour offrir à Dieu un cœur chaste et pur ???
Anecdotiquement, je remarque que le poème fait un emprunt à une élégie de Marc-Antoine Flaminio (1498-1550), écrite en 1538 avant son départ à Naples, De se proficiscente Neapolim : le vers "Ex nihilo vates omnia facta canunt".
.
.
L'autel du sacrifice. Livre d'Heures de Claude d'Urfé (1549) folio 2.
.
Enfin l'autel avec ses sphinges et ses guirlandes retenues par des têtes de bélier, est certainement la copie d'un autel antique, tel l'autel funéraire de Caius Julius Phoebus Rufioninus, aujourd'hui aux Offices de Florence mais documenté entre 1535 et 1555 dans l'église Santa Lucia a Ripa de Rome (I. Balsamo et M. Lalanne 2019).
.
Autel funéraire de Caius Julius Phoebus Rufioninus. Fin du Ier siècle. Uffizi, Firenze
.
.
Ce frontispice, mais aussi cet emblème, confirme que Claude d'Urfé ne se livre pas à une défense et illustration d'un dogme trinitaire et tridentin, mais se plait à mêler en un syncrétisme savant trois traditions du sacrifice sur l'autel comme geste cultuel d'union d'un peuple avec la Divinité : l'antiquité romaine, la religion hébraïque vétérotestamentaire, et l'eucharistie chrétienne, ou plutôt la Rédemption, sacrifice du Fils par le Père par la médiation (Incarnation) de l'Esprit, avec, en arrière plan, et par la reprise d'un autel funéraire, l'affirmation d'une fidélité de Claude d'Urfé à son épouse défunte.
L'intérêt de Claude d'Urfé pour la religion antique se voit indirectement illustré par le fait que l'antiquaire et numismate lyonnais Guillaume du Choul, bailli du Dauphiné lui ait dédicacé en 1556 son Discours sur la religion des anciens Romains (Lyon, G. Rouillé), rédigé de 1546 au plus tard jusqu'en 1556. De nombreuses scènes de sacrifice à l'autel y sont données, "retirées des marbres antiques de Rome ou de Gaule" (page 308 par ex.). Mais on notera, par la dédicace, que l'amitié des deux hommes remonte précisément à la période romaine (1548-1551) de d'Urfé, où la chapelle fut élaborée. Et on remarquera, comme dans le huitain du frontispice, la référence au petit agneau du sacrifice, mis en parallèle avec celui de 100 bœufs :
"J'avais délibéré longtemps y a, illustrissime Seigneur, de vous faire connaître l'affection que j'ai toujours eue de vous faire service, pour reconnaissance de l'honneur qu'il vous a plut me faire et aux miens, vous étant Ambassadeur pour le Roi à Rome, accompagné de l'amitié que de longtemps vous m'avez portée, sans l'avoir mérité envers vous. Ce petit traité (vous fera voir) les temples des Dieux, les enseignes de leur religion, et des sacerdoces les cérémonies et sacrifices : vous suppliant le recevoir d'aussi bon cœur que je vous l'envoie : considérant que les Dieux au temps passé prirent en gré le petit agneau que présentait sur l'autel le pauvre berger, d'une volonté aussi bonne que le sacrifice de cents bœufs d'un grand Empereur : en suppliant le Créateur, Monseigneur, de vous donner telle félicité que je la vous désire." 15 février 1556. (BnF page 4)
.
Un détour par une tapisserie aux armes et chiffres de Claude d'Urfé.
On trouve dans la collection de Roger de Gaignières le relevé par dessin aquarellé d'une tapisserie montrant cette figure. L'autel, d'inspiration antique, est comparable, avec les mêmes têtes de bélier et les sphinges, et c'est un agneau qui est (vaguement) discernable dans les flammes. Nous retrouvons le motto VNI (et non V.NI) inscrit dans un triangle, mais celui-ci s'inscrit dans un cercle avant de le faire dans un carré. Enfin, le triangle des nuées s'interprète clairement pour le Delta de la Déité trinitaire.
Tapisserie aux armes et chiffres de Claude d'Urfé, Coll. Gaignières, BnF RESERVE Pc-18-Fol.
.
Emblème de Claude d'Urfé sur une tapisserie, Bibliothèque nationale de France, RESERVE Pc-18-Fol.
.
.
Un emprunt à Alberto III Pio.
Rosa de Marco a souligné que cette impresa est également celle d'une médaille portant le nom d'Alberto III Pio de Savoie, dernier seigneur de Carpi entre 1480 et 1527. Même motto VNI, mêmes têtes de béliers aux angles de l'autel, mais c'est un bélier qui brûle sur l'autel, et le triangle est absent. La médaille aurait été gravée vers 1528. "Le prince Alberto Pio, qui finit sa vie en France après la prise de son territoire de Carpi par les Este, avait déjà fait représenter cette devise dans son palais de Carpi dès 1518." (I. Balsamo 2019)
.
Avers et revers de la médaille d'Alberto III Pio, BnF département Estampes et photographie, FOL-NE-49 (B)
.
Un détour par le frontispice du Livre d'heures et par le portail à deux vantaux de la chapelle.
.
Le frontispice de Livre d'heures montre une porte de plein cintre sous un fronton sommé par le Saint-Esprit, tandis que le Christ est figuré en dessous avec l'inscription SALVATOR MVNDI. Deux paysages des marges supérieure et inférieure (ruines ?) demandent à être explicités. L'inscription indique que l'ouvrage est fait à Rome.
De cette enluminure, I. Balsamo écrit : " le frontispice du livre d’heures reprend littéralement le dessin de la porte d’entrée de la chapelle toujours visible, dessin inspiré par Vignole, et peut-être donné par lui à Claude d’Urfé lors de leur rencontre à Bologne."
.
Livre d'heures à l'usage de Rome (1549) de Claude d'Urfé, Huntington HM 1102 folio 1.
.
.
Le portail de la chapelle se trouve sur son flanc nord et permet son accès depuis la cour du château. L’arcade en plein cintre de la porte à proprement parler, assez simplement moulurée, est encadrée par des colonnes jumelées posées sur un haut stylobate et portant un entablement et un fronton triangulaire. Selon Agnès Bos, " Reprenant les codes du portail monumental «à l’antique», le portail s’inspire donc d’un vocabulaire architectural courant à l'époque, mais décliné ici sans fioriture et avec sobriété: le stylobate est lisse, le fût des colonnes à chapiteaux corinthiens également, l’entablement et le fronton ne portent pas de décor sculpté. Celui-ci est cantonné aux rampants du fronton, à la corniche de l’entablement, aux impostes et archivoltes de l’arcade et, bien sûr, à son agrafe. Ce dépouillement ornemental s’explique certainement, au moins partiellement, par la volonté de faire porter l’attention sur les inscriptions qui y sont gravées :«Jésus de Nazareth roi des Juifs» à trois reprises, en hébreu, grec et latin sur le fronton, et sur l’entablement, le début de la parabole dite du Bon Pasteur, Amen amen dico vobis qui non intrat per ostium in ovile ovium sed ascendit aliunde ille fur est et latro11 (Jean10:1-2). "En vérité, en vérité, je vous le dis : celui qui n'entre pas par la porte dans la bergerie, mais qui y monte par ailleurs, celui-là est un voleur et un larron ; mais celui qui entre par la porte c'est le pasteur des brebis.".
Le verset « Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis » (Jean 10, 11) fait écho à la fois au sacrifice des animaux sur les vantaux de la porte et au sacrifice du Christ lors de la Passion.
.
Porte de la chapelle, gravure.
.
Les deux vantaux en bois, et la lunette du tympan fixe, qui ont été modifiés, ont été restaurés en 2009 et sont conservés et exposés au château. Le vantail montre Moïse
Panneaux sculptés en bois de noyer de la porte extérieure de la chapelle (1550 environ).
.
Panneau des vantaux du portail de la chapelle.
.
Sur le tympan, les anges portent les instruments de la Passion : la colonne de la Flagellation, la croix, le flagellum, la couronne d'épines et les clous .
.
Tympan du portail.
.
Les deux vantaux illustrent le début du Livre de l'Exode chapitre 29, qui détaille les rites de consécration de l'autel du Temple sous la tente de l'assignation, par Aaron et ses fils, ou le Lévitique chapitre 16, où Moïse donne à son frère Aaron les consignes de l'Eternel pour son entrée, comme grand prêtre, dans le sanctuaire.
À gauche, le grand prêtre d'Israël, tenant une tiare, discute avec un personnage tenant un bâton, qui pose l'index au dessus d'un autel. À droite, deux hommes amènent pour un sacrifice l'un un taureau, l'autre un bélier.
Voici le texte du Lévitique 16:11-16 : Aaron offrira son taureau expiatoire, et il fera l'expiation pour lui et pour sa maison. Il égorgera son taureau expiatoire. Il prendra un brasier plein de charbons ardents ôtés de dessus l'autel devant l'Éternel, et de deux poignées de parfum odoriférants en poudre; il portera ces choses au delà du voile ; il mettra le parfum sur le feu devant l'Éternel, afin que la nuée du parfum couvre le propitiatoire qui est sur le témoignage, et il ne mourra point. Il prendra du sang du taureau, et il fera l'aspersion avec son doigt sur le devant du propitiatoire vers l'orient; il fera avec son doigt sept fois l'aspersion du sang devant le propitiatoire. Il égorgera le bouc expiatoire pour le peuple, et il en portera le sang au delà du voile. Il fera avec ce sang comme il a fait avec le sang du taureau, il en fera l'aspersion sur le propitiatoire et devant le propitiatoire. C'est ainsi qu'il fera l'expiation pour le sanctuaire à cause des impuretés des enfants d'Israël et de toutes les transgressions par lesquelles ils ont péché. Il fera de même pour la tente d'assignation, qui est avec eux au milieu de leurs impuretés.
De même, dans Lévitique 9:7-15 : Moïse dit à Aaron: Approche-toi de l'autel; offre ton sacrifice d'expiation et ton holocauste, et fais l'expiation pour toi et pour le peuple; offre aussi le sacrifice du peuple, et fais l'expiation pour lui, comme l'Éternel l'a ordonné. Aaron s'approcha de l'autel, et il égorgea le veau pour son sacrifice d'expiation. Les fils d'Aaron lui présentèrent le sang; il trempa son doigt dans le sang, en mit sur les cornes de l'autel, et répandit le sang au pied de l'autel. Il brûla sur l'autel la graisse, les rognons, et le grand lobe du foie de la victime expiatoire, comme l'Éternel l'avait ordonné à Moïse. Mais il brûla au feu hors du camp la chair et la peau. Il égorgea l'holocauste. Les fils d'Aaron lui présentèrent le sang, et il le répandit sur l'autel tout autour. Ils lui présentèrent l'holocauste coupé par morceaux, avec la tête, et il les brûla sur l'autel. Il lava les entrailles et les jambes, et il les brûla sur l'autel, par dessus l'holocauste. Ensuite, il offrit le sacrifice du peuple. Il prit le bouc pour le sacrifice expiatoire du peuple, il l'égorgea, et l'offrit en expiation, comme la première victime."
Il s'agit bien, pour ce portail qui délimite le franchissement vers un espace sacré, d'un sacrifice d'expiation où une victime animal est offerte, sur un autel, par le feu et par l'aspersion de son sang. Ce sacrifice est l'exclusivité d'une tribu, celle des Lévites, choisie par l'Eternel et Moïse, puisqu'Aaron et ses Fils ont l'exclusivité de l'entrée dans le Temple, par le rituel de purification qu'ils ont accompli. "Je consacrerai Aaron et ses fils pour qu'ils exercent mon sacerdoce" (Exode 30:19).
.
.
Le verset « Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis » (Jean 10, 11) fait écho à la fois au sacrifice des animaux sur les vantaux de la porte et au sacrifice du Christ lors de la Passion évoqué par le biais des arma Christi tenus par les deux anges du tympan. Mais les deux scènes s'opposent-elles (comme le fait l'Epitre aux Romains de saint Paul opposant le sacrifice hébraïque légaliste et sacerdotal et le sacrifice universel du Christ qui abolit les restrictions d'entrée au sanctuaire) ou se rejoignent-elles dans une vision typologique ?
La porte franchie, nous découvrons le décor de la chapelle. Nous y remarquons onze tableaux , qui ont été commandés par Claude d'Urfé durant son ambassade auprès du Saint Siège, à Rome, au peintre Gerolamo Siciolante, originaire de Sermoneta (près de Rome) ; ils étaient en cours de réalisation en 1549. Ils sont surmontés d'une inscription en hébreu, tirée de la Bible. Huit de ces sujets sont des scènes de l'Ancien Testament qui déclinent le thème de la nourriture céleste, symbole de présence divine et signe de sa reconnaissance, ou à l'inverse de l'offrande sacrificielle et sacerdotale. Chaque épisode préfigure par là la mort du Christ, sa Résurrection ainsi que l'Eucharistie. [Six toiles de Ferdinand Elle l'Ancien reprendront les mêmes thèmes au XVIIe siècle]. Claude d'Urfé a-t-il fourni un recueil thématique à l'artiste, qui avait participé à la décoration de l'église Saint-Louis-aux-Français ?
Par exemple, à la fin du Moyen-Âge, l'offrande de Melchisedéch et la Manne encadrent la Cène de la Biblia pauperum, le Sacrifice d'Abraham, ou Moïse frappant le rocher y accompagnent la Crucifixion (BNF xylo-2, ou bien BL Kings'5 f.18r),.
Deux tableaux rectangulaires sont placés en pendant de part et d'autre de l'autel, deux tableaux de part et d'autre de la fenêtre de la chapelle, deux tableaux de part et d'autre de l'oratoire, un long tableau sur le mur ouest, deux tableaux en forme de tympans semi-circulaire à l'intersection de la voûte et des murs ouest et est , enfin deux tableaux rectangulaires en pendant face à face sur les murs est et ouest de l'oratoire.
— Le sacrifice d'Abraham. Ce tableau situé à gauche de l'autel dont il encadre, avec le suivant, le retable, représente l'ange arrêtant le couteau d'Abraham sur le point de sacrifier Isaac (Gn 22, 11-12). Inscription : "Quant au Juste, par sa sincérité, il vaincra" (Ha 2, 4).
—Melchisédech offrant le pain et le vin : Ce tableau situé à droite de l'autel représente Melchisédech offrant le pain et le vin au Seigneur (Gn 14, 18). Inscription : "Venez, mangez de mon pain et buvez du vin que j'ai mêlé" (Pr 9, 5).
—Abraham et Melchisédech . Ce tableau situés sur le mur sud, encadrant l'oratoire à sa gauche, représente la rencontre d'Abraham et de Melchisédech qui le bénit et lui offre les pains (Gn 14, 18-20). Inscription : "Tu es prêtre à jamais selon l'ordre de Mechisédech" (Ps 110, 4).
— Moïse frappant le rocher pour en faire jaillir une source. Cette lunette surplombant l'autel, en pendant du suivant, représente l'épisode où, après la Sortie d'Égypte, Moïse procure de l'eau à son peuple dans le désert : "Le peuple était là, pressé par la soif, et murmurait contre Moïse. Il disait: Pourquoi nous as-tu fait monter hors d'Égypte, pour me faire mourir de soif avec mes enfants et mes troupeaux? ... L'Éternel dit à Moïse: Passe devant le peuple, et prends avec toi des anciens d'Israël; prends aussi dans ta main ta verge avec laquelle tu as frappé le fleuve, et marche! Voici, je me tiendrai devant toi sur le rocher d'Horeb; tu frapperas le rocher, et il en sortira de l'eau, et le peuple boira." Exode 17:1-6. Pas d'inscription..
— Les Israélites recueillant la manne . Cette lunette surplombant l'autel, en pendant du précédant, représente l'épisode où, après la Sortie d'Égypte, Moïse et Aaron nourrit miraculeusement le peuple d'Israël souffrant de la faim dans le désert du Sinaï ( Exode 16:12-14). Pas d'inscription..
— La Pâque. Ce tableau occupant le mur ouest représente la célébration de la Pâque "L'Éternel dit à Moïse et à Aaron dans le pays d'Égypte: Parlez à toute l'assemblée d'Israël, et dites: Le dixième jour de ce mois, on prendra un agneau pour chaque famille, un agneau pour chaque maison. [...] Vous ne le mangerez point à demi cuit et bouilli dans l'eau; mais il sera rôti au feu, avec la tête, les jambes et l'intérieur." (Ex, 12:1-9).
Des Israélites sont attablés autour de l'agneau, du pain sans levain et des herbes amères dans une architecture feinte ; un personnage s'apprête à entrer dans la pièce. Inscription : "Mangeront les humbles et ils seront rassasiés ; et loueront YHVH ceux qui le cherchent ; vivra leur cœur pour toujours" (Ps 22, 27).
— Elie nourri par un ange. Ce tableau situés sur le mur sud, encadrant l'oratoire à sa droite représente Elie endormi nourri par un ange (1 R 19, 6-8) : "Tous attendent de toi que tu leur donnes leur nourriture en son temps" (Ps 104, 27).
—Samson retirant le miel de la gueule du lion (Jg 14, 8-9). Quelques temps après avoir tué un lion à mains nues, Samson découvre un rayon de miel dans la dépouille et le mange. Il pose ensuite aux Philistins l'énigme "De celui qui mange est sorti ce qui se mange, et du fort est sorti le doux". C'est par contre l'épisode de Samson dans la gueule du lion (Biblia pauperum) qui est comme une préfiguration du Christ aux limbes. Ce tableau est situé sur le mur nord, encadrant la fenêtre à gauche. Inscription "Le lion rugit, qui ne craindrait ; le Seigneur YHVH parle, qui ne prophétiserait ?" (Am, 3, 8) et "Que sont douces à mon palais tes paroles, plus que le miel à ma bouche" (Ps 119, 103).
—Un apôtre ou prophète, doigt tendu vers le spectateur. Ce tableau est situé sur le mur nord, encadrant la fenêtre à : "A YHVH la royauté" (Ps 22, 29).
— Une Annonciation. Ce tableau rectangulaire occupe le mur est de l'oratoire. Inscription "Car YHVH est élevé, et il voit celui qui est abaissé (Ps 138, 6) et En présence de la Gloire, l'humilité." (Pr 18, 12).
— L'Esprit de Dieu fécondant les Eaux (une colombe surmontée de Dieu le Père aux bras écartés). Ce tableau rectangulaire occupe le mur ouest de l'oratoire, en face de l'Annonciation : "Et après cela je répandrai mon esprit sur toute chair" (Jl 3, 1)
.
.
Les lambris (Fra Damiano Zambelli, Bologne, 1548, d'après Jacopo Barozzi da Vignola).
"Le lambris recouvrait l'ensemble des murs de la chapelle (32 travées), dont il masquait les portes et l'accès à l'oratoire, lui aussi recouvert d'un lambris de même composition (14 travées, avec un 15e travée plus large au centre du mur est). Il se compose de travées séparées (dans la chapelle) par une console en volute surmontée d'un pilastre ionique à décor marqueté. Chaque travée comprend, en partie haute, un tableau de marqueterie d'incrustations en bois teintés, et en partie basse, un décor sculpté en bas-relief et demi-relief, rehaussé de dorure ; les panneaux sont séparés par des cartouches rectangulaires à décor de marqueterie. Des moulurations sculptées forment les encadrements des panneaux et les séparations de niveaux. Une frise marquetée (étudiée) surmontée d'une corniche court au-dessus du lambris de la chapelle ; une frise sculptée en bas-relief occupait le même emplacement dans l'oratoire.
Le lambris a été commandé par Claude d'Urfé en même temps que le tableau d'autel ( signé et daté 1548), durant son ambassade auprès du Concile de Trente, au célèbre marqueteur Fra Damiano Zambelli, né à Bergame, moine dominicain au couvent de San Domenico à Bologne, ville où siégeait alors le concile.
Le dessin d'ensemble a été attribué par O. Raggio à Vignole, d'après les recueils de Serlio."
Il a été vendu et est exposé au Metropolitan Museum en 1942 ; il est placé en 1968 dans une salle spécialement aménagée .
Les cartouches sculptés présentent le chiffre de Claude d'Urfé et de son épouse, Jeanne de Balzac, l'agneau sacrificiel eucharistique, adopté comme emblème par Claude d'Urfé, et divers symboles trinitaires. La conception de ces cartouches était aussi probablement due à Vignola.
On y trouve aussi Saint Jérôme au désert, Élie nourri par un ange, Elie nourri par un corbeau, Élie ressuscitant le fils de la veuve de Sarépta, des vues d'architecture, des instruments de musique ou de géométrie, un panneau figurant un encrier avec l'inscription Domini ante te omne desiderium meum "Seigneur tout mon désir est devant toi Paule 38:10 ou l'inscription Domine domine conturbata sua ossa "Seigneur mes os sont bouleversés" Psaume 6:3, etc.
.
.
L'inscription du lambris.
.
Le lambris est entouré par une inscription basée sur les paroles de l'hymne eucharistique de saint Thomas d'Aquin, ce qui pourrait indiquer que la chapelle était dédiée au Saint-Sacrement ainsi qu'à la Trinité. (Metmuseum). Elle est gravée en lettres noires (*) autour de la frise de la chapelle principale, et commence à droite de l'autel.
(*) Selon G. de Soultrait en 1858, "Les lettres de cette inscription sont de ce type ferme et élégant que la Renaissance emprunta à l'épigraphie antique. Chacune d'elles, se détachant en bois noir, est tenue par deux figures d'enfant en mosaïque ; de semblables figures portant les instruments de la passion, des virgules ou des points triangulaires, comme ceux des inscriptions romaines de la belle époque, séparent les mots."
Les mots dans leur ordre actuel n'ont pas de sens et on ne sait pas à quel moment de l'histoire de la chapelle est né le mauvais arrangement. L'ordre correct a été établi et les sources identifiées comme suit:
Maiorem hac dilectione nemo habet "Il n'est pas de plus grand amour [que de donner sa vie pour ses amis]"(Jean 15:13)
[Amoris enim impetu] se nascens dedit socium convescens in edulium moriens (in pretium) regnans (dat) in proemium "par l'élan de l'amour, en naissant il s'est donné comme compagnon, en mangeant avec eux il s'est donné comme nourriture, en mourant il s'est donné comme rachat, en régnant il s'est donné comme récompense" ; Hormis la partie entre crochet, le texte appartient à l'Hymne eucharistique de saint Thomas d'Aquin,Verbum Supernum prodiens (Le Verbe est descendu des Cieux ), qui a été écrit pour les Laudes de l'office du Corpus Christi (Fête Dieu, Saint-Sacrement) célébrant la présence réelle de Jésus-Christ sous les espèces sensibles du pain et du vin consacrés lors de la messe.
Igitur o Christe gloria tibi hanc mensam hoc sacrificium ...viventes ac mortui " (ainsi donc ô Christ, gloire à toi, cette table, ce sacrifice... vivants et morts... ; texte liturgique).
.
Le tableau de marqueterie de l'oratoire. L'Esprit Saint remplit l'univers (1547).
"Le tableau de l'oratoire a été commandé par Claude d'Urfé, durant son ambassade auprès du Concile de Trente, au marqueteur Francesco Orlandini, de Vérone, ville voisine de Trente. Les personnages pourraient s'inspirer de ceux de la fresque (*) de l'abside de la cathédrale de Vérone (Francesco Torbido, 1534, d'après Jules Romain). Le choix de la scène représentée, rare dans l'art italien, est à mettre en relation avec la doctrine du concile de Trente (culte trinitaire) et avec le programme pensé pour la chapelle par Claude d'Urfé. Ce tableau semble cependant avoir été acheté de façon isolée, avant que ne soit arrêtés la composition du reste du lambris, commandé l'année suivante." (*) une Assomption.
Un panneau du Metropolitan Museum, qui me semblait d'abord représenter le Reniement de saint Pierre en raison du coq placé en bas et à droite, porte dans un petit cartouche ou cartelino l'inscription Spiritus Domini Replevit Orbem Terrarum ("L'esprit du Seigneur remplit l'univers") , puis Francisci Orlandini Veronensis Opus [1547]. Pourtant, il est plus judicieusement désigné sous le titre général de La Descente du Saint-Esprit ou comme une Pentecôte sur le site de l'Inventaire Général. et il est décrit ainsi : " Les apôtres et la Vierge sont représentés sous un portique monumental supporté par des piliers doriques. Au fond de celui-ci s'ouvre une porte au-dessus de laquelle plane la colombe. A droite se déploie un paysage avec au premier plan un coq, une porte de ville, puis une colline boisée."
Sur le cliché de Felix Thiollier (1886), ce panneau est encadré par deux vues architecturales, et sur les clichés d'ensemble prises au Metropolitan Museum il est encadré d'une Visitation à droite et d'un tableau moins distinct où Dieu plane au dessus de deux personnages.
.
L'Esprit du Seigneur remplit l'univers, Pentecôte ?, venant de l'oratoire de la chapelle. Metropolitan Museum
.
.
.
Les verrières (1557) : anges jouant un concert de louanges.
"Chaque panneau comprend une table rectangulaire portant une inscription encadrée de quatre anges assis jouant d'un instrument de musique. Entre chaque table est placé un motif d'entrelacs avec des chutes de fruits, le monogramme de Claude d'Urfé CIC et son emblème (triangle avec le mot VNI)."
Les inscriptions sont :
Baie 1, lancette A : Exaltabo te deus meus rex et benedicam nomini tuo in seculum et in seculum seculi per singulos dies benedicam tibi. Lancette B : Et laudabo nomen tuum in seculum et in seculu seculi magnus dominus et laudabilis nimis et magnitudini eius non est finis "Je t’exalterai, ô mon Dieu, mon roi ! Et je bénirai ton nom à toujours et à perpétuité. Chaque jour je te bénirai, et je célébrerai ton nom à toujours et à perpétuité." (Psaume 145 1-3)
Baie 2 (fenêtre de l'oratoire) lancette A : Laudate dominum de celis . Laudate eum in excelsis. Laudate eum omnes angeli eius. Lancette B : Laudate eum omnes populi quoniam confirmata est super nos misericordia eius et veritas domini manet in eternum : "Louez l’Éternel, vous toutes les nations, célébrez-le, vous tous les peuples ! Car sa bonté pour nous est grande, et sa fidélité dure à toujours. Louez l’Éternel !" (Psaume 117:2)
.
.
L'AUTEL
.
Le panneau marqueté, au dessus de l'autel, et conservé au Metropolitan Museum, représente la Cène avec l'inscription Hoc est corpus meum.
"Le tableau d'autel de la Bastie, ainsi que le lambris de revêtement (étudié), a été commandé par Claude d'Urfé, durant son ambassade auprès du Concile de Trente, au célèbre marqueteur Fra Damiano Zambelli, né à Bergame, moine dominicain au couvent de San Domenico à Bologne, ville où siégeait alors le concile. Les personnages de la Cène sont empruntés à la Cène d'après Raphaël gravée par Marcantonio Raimondi ; l'encadrement d'architecture serait repris d'un carton du Repas chez Lévi de Vignole, réactualisé par celui-ci qui aurait contribué au dessin d'ensemble du lambris (O. Raggio). Le choix de la scène représentée, l'institution de l'eucharistie (et non l'annonce par le Christ de la trahison), rappelé par l'inscription HOC EST CORPUS MEUS, est à mettre en relation avec le thème iconographique général de la chapelle, l'exaltation du saint sacrement, dont le culte venait d'être réaffirmé par le pape Paul III avant de l'être à nouveau par le concile de Trente."
.
.
.
Les trois bas-reliefs de l'autel. David vainqueur de Goliath, le sacrifice de Noé (au centre), et le Passage de la Mer Rouge.
"Les bas-reliefs de l'autel pourraient avoir été sculptés par un artiste évoluant dans l'entourage de la cour au milieu du 16e siècle. La représentation du sacrifice de Noé, qui montre des similitudes avec l'un des tableaux de marqueterie de l'oratoire -situé au-dessous du tableau de la descente du Saint-Esprit- et avec le tableau représentant la descente de l'Esprit sur les eaux, semble indiquer que l'autel leur est postérieur, et que son auteur connaissait les éléments déjà en place à la Bastie. Les pilastres sont surmontés de chapiteaux composites à volutes."
"Sur la face principale de l'autel est représenté le sacrifice de Noé : après la sortie de l'arche, Noé entouré de sa famille offre un agneau en holocauste. Dieu le Père lui apparaît dans une nuée pour agréer le sacrifice ; à l'arrière-plan sont représentés l'arche, l'arc en ciel et divers animaux paissant sur un fond de paysage."
"Sur la face gauche est figuré le passage de la Mer Rouge, alors que Moïse vient de frapper sur les eaux qui se referment sur pharaon et son armée."
"Sur la face droite est représentée la victoire de David sur Goliath, dont il s'apprête à couper la tête ; à l'arrière-plan, derrière un grand arbre, l'armée des Israélites met en fuite les Philistins."
.
Le premier sacrifice de l'histoire biblique, celui de Noé, est une action de grâce (Dieu a sauvé Noé du Déluge), mais aussi la concrétisation d'une Promesse divine, qui va engendrer une bénédiction (Gn 9:1), un tabou sur le sang, et une Alliance qui prendra la forme d'un arc-en-ciel.
" Noé construisit un autel en l’honneur de l'Eternel. Il prit de toutes les bêtes pures et de tous les oiseaux purs et offrit des holocaustes sur l'autel. L'Eternel perçut une odeur agréable et se dit en lui-même: «Je ne maudirai plus la terre à cause de l'homme, car l’orientation du cœur de l'homme est mauvaise dès sa jeunesse, et je ne frapperai plus tous les êtres vivants comme je l'ai fait. Tant que la terre subsistera, les semailles et la moisson, le froid et la chaleur, l'été et l'hiver, le jour et la nuit ne cesseront pas." Genèse 8:20-22
"Seulement, vous ne mangerez aucune viande avec sa vie, avec son sang. Sachez-le aussi, je redemanderai le sang de votre vie, je le redemanderai à tout animal. Et je redemanderai la vie de l'homme à l'homme, à l'homme qui est son frère. Si quelqu'un verse le sang de l'homme, son sang sera versé par l'homme, car Dieu a fait l'homme à son image. " (Gn 9:4-6)
CONCLUSION SUR L'EMBLÈME AU TRIANGLE ET À L'AUTEL.
.
Ce long détour en dehors de mon sujet (le pavement de La Bastie) me permet de montrer combien le choix par Claude d'Urfé vers 1548 de son emblème est un condensé d'une pensée théologique sur le Sacrifice vétérotestamentaire, le Don de nourriture et d'eau par Dieu, sur l'Eucharistie, et sur la Trinité. Mais bien davantage, c'est un condensé, semblable à nos Logos, du décor qu'il a choisi entre 1547 et 1557 pour sa chapelle de La Bastie. Cet emblème résume sa chapelle, et en constitue une forme sigillaire qu'il appose sur ce décor à coté de son monogramme.
On peut s'étonner de l'absence des armoiries de Claude d'Urfé. Doit-on en conclure que sa chapelle a pris à ses yeux une valeur identitaire plus forte que son appartenance familiale ?
Il n'aurait pas eu tort, puisque, par elle, son nom a acquis une postérité toujours vive aujourd'hui, que son rôle d'ambassadeur auprès du Saint-Siège ne lui aurait pas assuré. Ainsi, le mécénat artistique s'avère plus rentable au Renom que les titres et le C.V. De même, c'est la création artistique qui fera la renommée d'Honoré d'Urfé par la rédaction de l'Astrée.
L'autel où brûle un agneau (ou bélier) est le signe iconique du Sacrifice de Noé (Action de grâce et Alliance), de celui d'Abraham (Mise à l'épreuve ; victime de substitution ; préfiguration du Christ), de l'offrande sacerdotale de Melchisédech, du sacrifice sacerdotale d'expiation et de purification par Aaron et les Lévites au Temple, de l'agneau de la Pâque biblique et de l'agneau pascal de la Cène.
Le triangle où s'inscrit le mot UNI renvoie, placé sous l'autel du sacrifice, au Delta de la Déité, ou à la Trinité, mais aussi à ce signe d'union (ou alliance) avec Dieu qui opère par le sacrifice ou par l'envoi d'eau et de nourriture par Dieu à son Peuple (Manne ; source du rocher d'Horeb). Enfin, le symbole trinitaire renvoie, dans le décor de La Bastie, aux peintures et lambris témoignant de l'intervention de l'Esprit Saint.
Le symbole eucharistique ne peut être écarté, mais il n'est étayé dans le choix du décor que par une seule représentation de la Cène (boiserie) sans les calices surmontés de l'hostie, ou sans l'Agneau de Dieu. Et ce n'est que lors de la session du 11 octobre 1551du Concile de Trente à Bologne que seront pris les décrets et canons sur le très saint sacrement de l'eucharistie, plusieurs années après l'adoption de cet emblème.
J'ignore combien de théologiens Claude d'Urfé a consulté (je ne parviens même pas à trouver la liste des évêques et autres prélats français présents à Bologne !), le nombre de prédication qu'il a entendu, et je n'ai pas encore pris le temps d'explorer les rapports entre le programme iconographique des églises de Rome, et sa chapelle ; notamment celui de Trinité-des-Monts, de Saint-Louis-des Français ou de Saint-Yves-des-Bretons.
À mon avis, il s'agit de l'emblème le plus riche, le plus rempli de monde à l'intérieur, le plus polysémique ... et le plus long à commenter. Une vraie "chapelle portative" (sacellum mirabile) !
.
.
Pavement (Masséot Abaquesne, ca 1549-1550) de la chapelle de la Bâtie d'Urfé. Photographie lavieb-aile Écouen 2016.
.
.
.
Médaillon octogonal au monogramme aux deux C et au L enlacés de Claude d'Urfé et de son épouse Jeanne de Balzac, dans un cartouche à cuir à enroulement.
.
Ce monogramme rappelle celui du roi Henri II et de la reine Catherine de Médicis, aux deux C opposés dans un H (et, par là, indirectement, les croissants de lune emblématique du roi). Le cuir à enroulement bleu s'inscrit dans un cadre de perles enfilées, puis un cadre d'oves intercalés de dards, d'un cadre d'olives et de perles enfilées, et enfin d'un rang de rubans ondés cantonné par des fruits et légumes (raisins, pommes, grenades et artichaut ??).
.
Il se retrouve aussi, associé à l'octogone précédent, et comme en miroir, dans le plafond à caissons de la voûte de la chapelle.
.
Pavement (Masséot Abaquesne, ca 1549-1550) de la chapelle de la Bâtie d'Urfé. Photographie lavieb-aile Écouen 2016.
.
.
.
2. Frise de bordure (Masséot Abaquesne, 1557 ) du pavement de la chapelle de La Bâtie d'Urfé, Musée de la Renaissance d'Écouen E.Cl.11555.
.
Une bande centrale de créneaux, de couleur jaune, est semée de fleurs vertes à cœur jaune. Elle est entourée d'un cadre de perles enfilées, d'un cadre d'oves intercalés de dards, d'un cadre d'olives et de perles enfilées, et enfin d'un rang d'entrelacs en tresses cantonné par des visages de putti.
.
Pavement (Masséot Abaquesne, ca 1549-1550) de la chapelle de la Bâtie d'Urfé. Photographie lavieb-aile Écouen 2016.
.
.
.
.
3. La marche d'autel (Masséot Abaquesne, 1557) de la chapelle de la Bâtie d'Urfé. Musée du Louvre inv.OA 2518.
.
Il s'agit d'un véritable chef-d'œuvre, dont la qualité est supérieure au pavement général de la chapelle, par son décor de grotesque, par sa prouesse technique, ou par sa palette. Il faut l'imaginer installé in situ, et visualiser l'autel qui le centre avec ses trois bas-reliefs que les Allégories de la Foi et de la Justice commentent, la Foi s'appliquant au Passage de la Mer Rouge (des Hébreux poursuivis par les armées du pharaon) et la Justice à la victoire de David sur Goliath. Il faut replacer au dessus de l'autel le retable (aujourd'hui perdu) avec ses emblèmes à l'autel du sacrifice et à la devise VNI, et introduire aussi au centre de ce retable la marqueterie de La Cène. ou à la citation d'Habaquq "Quand au juste, par sa sincérité, il vaincra".
"Cet ensemble de deux cent soixante-dix carreaux décorait la marche de l'autel de la chapelle du château de la Bâtie d'Urfé (Loire). Les motifs décoratifs reprennent les compositions de Raphaël s'inspirant des fresques antiques découvertes au XVe siècle dans la Maison dorée de Néron, à Rome. Cette œuvre, du milieu du XVIe siècle, est un jalon important de l'histoire de la faïence diffusée en France par les artistes italiens.
Décor de grotesques
À la différence des carreaux du sol, la marche de l'autel se caractérise par son décor de grotesques sur fond blanc, repris des compositions de Raphaël pour les Loges du Vatican lui-même inspiré des fresques antiques découvertes au XVe siècle dans la Maison dorée de Néron, à Rome. Très couramment employé dans les arts décoratifs français du milieu du XVIe siècle, ce décor est également utilisé dans les ateliers de majolique italienne (ex. Urbino) à la même époque. Peints dans la tonalité des couleurs de grand feu où dominent les bleu, vert et jaune, oiseaux fantastiques, termes, baldaquins et draperies se répartissent symétriquement de chaque côté d'un cartouche portant la date : 1557. La musique est évoquée par des musiciens ailés et des trophées d'instruments. Sur les deux panneaux latéraux, les figures allégoriques sont placées sous un dais en treille de jardin que domine le "sinocchio" (parasol papal de Paul IV). Il s'agit de la Foi (à droite) et de la Justice (à gauche) directement inspirés de la suite des Grotesques gravés par Du Cerceau en 1550."
Le degré présente une composition totalement différente, avec des grotesques sur fond blanc, disposées symétriquement de part et d'autre d'un cartouche central en cuir découpé.
Des sortes de putti musiciens, dont le corps se termine en feuillages, encadrent des cartouches, des chimères ailées et engainées et aux extrémités des cariatides qui soutiennent une tonnelle encadrée d'urnes enflammées et de trophées d'instruments de musiques, et dans laquelle est représentée la foi, à gauche, et la justice, à droite. "
"Son décor diffère totalement de celui du revêtement de la chapelle et a sans doute été réalisé dans un second temps
.
Marche d'autel de la chapelle de la Bâtie d'Urfé
.
.
.
.
A. Le retour, coté gauche : allégorie de la Foi sous une pergola.
.
Cette femme sous une pergola s'inspire en premier chef d'une gravure d'Agostino Veneziano (Venise 1490-Rome 1540), élève de Marcantonio Raimondi et qui a gravé sur cuivre les compositions de Giovanni da Udine, de Raphaël mais aussi de Michel-Ange, de Jules Romain ou de Rosso Fiorentino. Cette source est d'autant plus probable que c'est à Veneziano qu'est attribué le modèle de l'Hiver et de l'Été de la grotte adjacente à la chapelle de La Bâtie. Néanmoins, la source initiale est le même motif présent sur les pilastres des Loggia dites de Raphaël au Vatican, peintes par Giovanni da Udine en 1517-1519. Cf. G. Le Breton 1882 à propos de "Jean d'Udine"). On y retrouve ces femmes vêtues de longues robes aux plis mouillés. Les gravures de Androuet du Cerceau, quoique souvent citées comme modèles, sont moins crédibles.
Le motif de la pergola m'a permis de lire avec passion un mémoire de 2012 de Natsumi Nonaka, aujourd'hui enseignante à l'université d'Austin (Texas) en histoire de l'architecture et de l'art dans l'Italie de la Renaissance et auteure d'ouvrage sur les jardins italiens.
Ce mémoire présente les origines dans la Rome antique et le Latium des treillis de jardins , ou "pergola" (treille en italien au XIVe siècle, du latin pergula "avancée" pour des constructions en saillie ou surajoutées), un terme qui n'est introduit en français qu'e vers 1910 (Alain Rey). Ces constructions légères placées dans un parc, une terrasse (elles font office de belvédère au XVe siècle dans les villas) ou un jardin servent de support à des plantes grimpantes dans un espace intermédiaire entre l'intérieur et l'extérieur. Leur représentation peinte sur les murs, les "pergolas factices" (illusionistic pergola) qui sont le sujet même de ce mémoire, s'observent sur les fresques de Pompei, au dessus des Vierges de la fin du XVe (Cima da Conegliano, Andrea Mantegna, —Madonne de la Victoire, (1496), Louvre — , Lucas Cranach l'Ancien), mais sont surtout à la mode au début du XVIe siècle (1517-1520) sous le pinceau de Giovanni da Udine, qui en décore les murs de la Loggia d'Amour et Psyché de la Farnesina, de la Loggetta du cardinal Bibbiena au Vatican et dans la Première Loggia de Léon X au Vatican. Elles reviendront à la mode dans les palais des environs de Rome dans une deuxième période (1550-1580) à la Première Loggia de Grégoire XIII, dans le studiolo de Ferdinand de Médicis, la Villa Giulia, la Villa d'Este à Tivoli et la Villa Farnese à Caprarola, et se rempliront de peintures d'espèces botaniques et zoologiques savantes ou exotiques non sans lien avec les herbiers et les collections d'histoire naturelle des propriétaires.
Il est certain que leur charme, tant dans leur réalité que dans leur peinture murale, n'a pu que séduire Claude d'Urfé lors de son séjour romain. Et on peut penser qu'elles ont guidé les choix du propriétaire de La Bâtie de créer une grotte, et un jardin centré par un kiosque. Ce kiosque abritait une fontaine et était coiffé d'une statue de Céres.
C'est tout cela qui vient en mémoire lorsque nous regardons le motif de l'Allégorie sous son toit de verdure ... au moins autant que le programme théologique qu'il étaye.
.
.
Gravure d'Agostino Veneziano
.
Grotesques (détail), Androuet du Cerceau, INHA
.
Grotesques, Androuet du Cerceau INHA
.
.
Pavement (Abaquesne 1557) de la chapelle de la Bâtie d'Urfé. Photographie lavieb-aile Écouen 2016.
.
.
Oui, tout à nos pieds vient nous détourner du prosélytisme tridentin que l'ambassadeur du Saint-Siège développe ailleurs, et tout nous attire vers les délices de Capoue ou de Capri d'une dolce vita romaine : les corbeilles d'oranges, les pendeloques à miroirs et fanfreluches, l'allure de divinité païenne de l'Allégorie, et les instruments de musique qui l'entourent pour nous promettre sérénades et chansons d'amour. Car les luths, les pipeaux et les flûtes encore suspendus à leurs rubans vont bientôt répondre aux éclats endiablés des trompettes des démons ailés certes hybridés, mais surtout débridés.
.
Pavement (Abaquesne 1557) de la chapelle de la Bâtie d'Urfé. Photographie lavieb-aile Écouen 2016.
Pavement (Abaquesne 1557) de la chapelle de la Bâtie d'Urfé. Photographie lavieb-aile Écouen 2016.
Pavement (Abaquesne 1557) de la chapelle de la Bâtie d'Urfé. Photographie lavieb-aile Écouen 2016.
Pavement (Abaquesne 1557) de la chapelle de la Bâtie d'Urfé. Photographie lavieb-aile Écouen 2016.
Pavement (Abaquesne 1557) de la chapelle de la Bâtie d'Urfé. Photographie lavieb-aile Écouen 2016.
.
.
La tonnelle est soutenue par une cariatide à la poitrine dénudée, coiffée de verdure et d'oranges, et posée par la seule pointe des pieds nus sur un cartouche centrée par une émeraude. Deux chimères ailées (buste de garçons coiffés de palmettes et jambes remplacées par des volutes de feuillage) soufflent dans des trompes enrubannées. Deux libellules sommaires ouvrent leurs ailes ocellées.
.
Pavement (Abaquesne 1557) de la chapelle de la Bâtie d'Urfé. Photographie lavieb-aile Écouen 2016.
.
.
B. Le retour droit. Allégorie de la Justice.
.
Elle tient une balance dans la main droite et une épée du coté gauche.
Pavement (Abaquesne 1557) de la chapelle de la Bâtie d'Urfé. Photographie lavieb-aile Écouen 2016.
Pavement (Abaquesne 1557) de la chapelle de la Bâtie d'Urfé. Photographie lavieb-aile Écouen 2016.
Pavement (Abaquesne 1557) de la chapelle de la Bâtie d'Urfé. Photographie lavieb-aile Écouen 2016.
Pavement (Abaquesne 1557) de la chapelle de la Bâtie d'Urfé. Photographie lavieb-aile Écouen 2016.
.
.
Les putti joufflus des angles de la bordure.
.
Pavement (Abaquesne 1557) de la chapelle de la Bâtie d'Urfé. Photographie lavieb-aile Écouen 2016.
Pavement (Abaquesne 1557) de la chapelle de la Bâtie d'Urfé. Photographie lavieb-aile Écouen 2016.
.
.
.
.
.
La partie basse centrale, parcourue de gauche à droite.
.
.
Deux chimères ailées et engainées : l'une, coiffée de palmettes, et dotée d'ailes d'anges souffle dans une corne enrubannée tandis que l'autre, avec une coiffure d'herbes , des ailes de papillon et une poitrine féminine, lit une partition. Un papillon (avec une vague ressemblance avec la Petite Tortue Aglais urticae) et une libellule sans crédibilité naturaliste évoluent sur le fond.
.
.
Pavement (Abaquesne 1557) de la chapelle de la Bâtie d'Urfé. Photographie lavieb-aile Écouen 2016.
Pavement (Abaquesne 1557) de la chapelle de la Bâtie d'Urfé. Photographie lavieb-aile Écouen 2016.
Pavement (Abaquesne 1557) de la chapelle de la Bâtie d'Urfé. Photographie lavieb-aile Écouen 2016.
Pavement (Abaquesne 1557) de la chapelle de la Bâtie d'Urfé. Photographie lavieb-aile Écouen 2016.
.
.
Deux chimères associent le buste de garçons ailés et musiciens (jouant du luth), et des jambes en volutes feuillages ; ils encadrent un cartouche dont la découpe ovale ne porte pas d'inscription. Au-dessus, un disque d'or est suspendu sous un pavillon bleu et jaune, entre deux échassiers cueillant des baies.
.
Pavement (Abaquesne 1557) de la chapelle de la Bâtie d'Urfé. Photographie lavieb-aile Écouen 2016.
Pavement (Abaquesne 1557) de la chapelle de la Bâtie d'Urfé. Photographie lavieb-aile Écouen 2016.
.
.
L'élément central est un cartouche de cuir à enroulement portant le chronogramme 1557. Il est suspendu à un cadre de volutes de ferronnerie, au dessus d'un masque à palmette et sous un vase de fleurs et de feuillages.
Deux putti ailés sont assis sur cette ferronnerie et jouent d'une trompe contournée. À ces trompes est suspendu un miroir perlé, puis un masque d'enfant, ailé, et à bavoir.
.
Pavement (Abaquesne 1557) de la chapelle de la Bâtie d'Urfé. Photographie lavieb-aile Écouen 2016.
.
.
En poursuivant notre lecture du panneau vers la droite, nous retrouvons par symétrie les mêmes éléments déjà décrits.
.
Pavement (Abaquesne 1557) de la chapelle de la Bâtie d'Urfé. Photographie lavieb-aile Écouen 2016.
Pavement (Abaquesne 1557) de la chapelle de la Bâtie d'Urfé. Photographie lavieb-aile Écouen 2016.
Pavement (Abaquesne 1557) de la chapelle de la Bâtie d'Urfé. Photographie lavieb-aile Écouen 2016.
.
.
Deux hybrides chanteurs lisent leur partition.
Ils rappellent l'hybride de la gourde créée vers 1555-1560 par Masséot Abaquesne avec son décor armorié (*) d'un coté , et de l'autre un presqu'humain (pattes de boucs) nu, jambes écartées sur ses génitoires, et portant des ailes de papillon (à ocelles).
(*) d'azur à deux clefs d'argent passées en sautoir accompagnées d'une étoile d'or en chef, de deux croissants d'argent aux flancs et d'un cœur en pointe : non identifiées mais rapprochées de celles de la famille Jughon, originaire de la Haute-Loire.
On admire dans les deux cas la finesse des camaïeu de gris des bustes.
.
Pavement (Abaquesne 1557) de la chapelle de la Bâtie d'Urfé. Photographie lavieb-aile Écouen 2016.
22 septembre 1557. Quittance par laquelle Masséot AZbaquesne reconnaît avoir recçu la somme de 559 livres tournois de maître André Rageau, conseiller du roi et secrétaire des finances, pour la livraison de carreaux de terres émaillée au sieur Durse, gouverneur du Dauphin.
"En présence de nous, Claude Lucas, tabelion royal et heredital a Rouen, et de Pierre Thevaut, adjoinct aud. tabellionage, Massiot Abaquesne, esmailleur en terre demourant à Rouen, a confessé avoir eu et receu cy devant comptant a plusieurs et diverses foys de maistre André Rageau, conseiller du roy et secretaire de ses financesla somme de cinq cens cinquante neuf livres tournois en monnoie de teston, douzains et dizains, assavoir Vc XLVII livres sur la façon et fourniture de certain nombre de carreau de terre esmaillee qu'il avoit cy devant entreprins de faire et parfaire pour le sieur Durse chevalier de l'ordre du roy et gouverneur de monseigneur le dauphin selon les pourtraictz et devises que led. seigneur Durse luyavoit a ceste fin baillez et XII livres pour son remboursement de semblable somme qu il a payee pour la façon des casses de boys et natte ou a esté mys et enchassé led. carreau pour le porter de ceste ville de Rouen es lieux et endroictz ou il plaira aud. sieur le faire mener, de laquelle premiere somme de Vc LIX livres led. Massiot Abaquesne s'est tenu content et bien payé et en a quicte led. Rageau, led. sieur Durse et tous autres. En tesmoing desquelles choses nousd. tabellion et adjoinct dessus nommes, avons signé la presente quictance de noz seingz cy mis le mercredi vingt deuxiesme jour de septembre l'an mil cinq cens cinquante sept. M. Abaquesne"
— BALSAMO Isabelle, 2013, « Les Heures d’Urfé et la Trinité-des-Monts, un grand décor romain pour une “chapelle portative” », Rivista di storia della miniatura, n° 17, 2013, p. 165 et 167.
— BALSAMO Isabelle, 2013, Les heures de Claude d’Urfé (1549) : la « chapelle portative » de l’ambassadeur. In: Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 157e année, N. 2, 2013. pp. 585-593; doi : https://doi.org/10.3406/crai.2013.95219 https://www.persee.fr/doc/crai_0065-0536_2013_num_157_2_95219
—BOS (Agnès), 2019, "Les portes de la chapelle du château de la Bâtie d'Urfé", in Sacellum mirabile, Nouvelles études sur la chapelle d’Urfé , Presses Universitaires de Rennes pages 119-131.
—BUGINI (Elena), 2019, "Dans le sillage de Perino del Vaga, les tableaux de Girolamo Siciolante pour Claude d'Urfé.", in Sacellum mirabile, Nouvelles études sur la chapelle d’Urfé , Presses Universitaires de Rennes.
— CHASTEL (Guy)1937,: la Bastie d'Urfé. La chapelle et la grotte, p. 65-76. Claude d'Urfé, en construisant, entre 1535 et 1537, une chapelle richement décorée et une grotte de rocaille au décor mythologique, imitée de l'italien, séparées par une simple cloison, montrait que le sentiment chrétien peut s'allier avec l'humanisme. Bulletin de la Diana. Tome XXVI, n° 1, année 1937.
— COOPER (Richard), 2020, Claude d’Urfé (1501-1558), ambassadeur, mécène, bibliophile et gentilhomme forézien, Dans Réforme, Humanisme, Renaissance 2020/1 (N° 90), pages 133 à 149
— DEHLINGER (Dr.) 1937, : le Pavement en faïence de la chapelle du château de la Bastie d'Urfé, p. 89-99. Description de ce pavement, actuellement au Musée du Louvre, œuvre du faïencier rouennais Abaquesne (4 pi.) Bulletin de la Diana. Tome XXVI, n° 1, année 1937.
—DUCIMETIERE (Nicolas) 2010, « La bibliothèque d'Honoré d'Urfé : histoire de sa formation et de sa dispersion à travers quelques exemplaires retrouvés », Dix-septième siècle 2010/4 (n° 249), pages 747 à 773
— II existait avant la Révolution à Écouen un certain nombre de salles dont le sol était orné de carreaux émaillés qui ont disparu soit en 1787 lors de la démolition de l'aile orientale, soit au cours de la Révolution, soit même pendant la restauration du milieu du xixe siècle. On a entrepris de les restituer dans la mesure du possible. L'un d'entre eux, à l'emblématique du connétable et de sa femme Madeleine de Savoie, a déjà été remonté dans la « Salle », un autre est actuellement en cours de reconstitution. Parallèlement à ce travail de puzzle très long et difficile, M. Arnauld Brejon de Lavergnée en a fait une étude approfondie dont il vient de livrer les résultats dans un excellent article. On sait par un certain nombre de documents que Masseot Abaquesne « esmailleur...etc
— GOSSELIN (Edouard-Hippolyte), 1869, Glanes historiques normandes. Les potiers, briquetiers, tuiliers et émailleurs en terre de Rouen, Revue de Normandie. t.I, Rouen pages 613-622 et 679-690.
— LALANNE (Manuel), 2015, « Nouvelles identifications concernant trois enluminures du livre d’Heures de Claude d’Urfé (Rome, 1549, Huntington Library, San Marino, HM 1102) », Les Cahiers de l’École du Louvre [Online], 6 | 2015, Online since 01 April 2015, connection on 07 December 2020. URL: http://journals.openedition.org/cel/308 ; DOI : https://doi.org/10.4000/cel.308
— LES COLLECTIONS DOUCET DE LA BIBLIOTHEQUE NUMERIQUE DE L'INHA.
— LE BRETON (Gaston),1882 "Notice sur le carrelage de la chapelle du château de La Batie-en-Forez. Pavage en faïence émaillé d'Abaquesne", in Bulletin de la Commission des Antiquités de Seine-inférieure, Rouen Cagniard tome V pages 170-172.
"Le carrelage en question couvrait le devant de l'autel. Il est en faïence à émail stannifère, décoré de chimères à corps de feuillage, alternant avec des cariatides ailées, qui sont reliées entre elles par des rinceaux et des draperies supportant des trophées d'armes et des branches d'olivier. Au centre, dans un cartouche surmonté par des amours, on lit la date de 1557. Sur les côtés, deux femmes placées sous des vignes repliées en arceaux, symbolisent par les attributs qu'elles portent, la justice et la foi. Les couleurs employées sont le jaune d'antimoine, le violet de manganèse, le vert de cuivre et le bleu.
Cet ensemble décoratif dénote au premier aspect une influence italienne, et rappelle les élégantes compositions de Jean d'Udine.
Si l'on vient ensuite à étudier les détails, on s'aperçoit qu'un goût tout français a présidé à l'exécution des figures et de certains accessoires. Plusieurs des caractères de la fabrication diffèrent également : les couleurs sont vives et harmonieuses, mais le ton laiteux de l'émail du fond est plus blanc que dans les majoliques italiennes, et la teinte du biscuit n'est pas la même. Un document conservé dans les archives de l'ancien tabellionage de Rouen vient confirmer notre opinion, que ce carrelage a dû être exécuté en France. Il nous paraît provenir en effet de l'atelier de Masseot Abaquesne, le céramiste rouennais, dont notre savant et regretté prédécesseur, M. André Pottier, avait, on le sait, signalé l'existence à Rouen au XVIe siècle, en voyant son nom inscrit sur une liste des notables de la ville, où sa profession de céramiste se trouvait indiquée. Certaines conjectures avaient amené M. André Pottier à lui attribuer le pavage du château d'Ecouen, exécuté pour le connétable Anne de Montmorency ; ce pavage, en effet, portait la mention: à Rouen, 1542.
Plusieurs documents découverts plus tard par M. Gosselin dans les archives de l'ancien tabellionage du palais de justice de Rouen vinrent confirmer l'attribution de M. André Pottier. Un fragment de ce pavage, provenant du château d'Ecouen, a été donné au Musée céramique de Rouen par M. Lejeune, architecte de la Légion d'honneur. Il contient le chiffre du connétable Anne de Montmorency, entouré par deux phylactères portant la légende : Aplanos. Deux mains gantelées et armées accompagnent ce chiffre. Sur l'une des épées on lit : à Rouen, et sur l'autre : 1542. D'autres fragments ayant la même provenance existent également aux Musées du Louvre, de Sèvres, de Cluny, et dans plusieurs autres collections. Enfin les deux panneaux principaux de ce pavage appartiennent à Mgr le duc d'Aumale. Ils représentent Mucius Scévola et Curtius. Il nous faut revenir maintenant au carrelage de la Bâtie. Nous citerons d'abord à ce sujet un des documents découverts par M. Gosselin concernant Masseot Abaquesne. Il nous montre ce dernier en relations d'affaires avec un sieur d'Urfé, gouverneur de Mgr le Dauphin, qui pourrait bien avoir été le propriétaire du pavage en question.
Le 22 septembre 1557 (même date que l'on trouve sur le pavage), Abaquesne donne quittance à André Rageau, secrétaire des finances du roi, d'une somme « de 559 livres tournois pour la façon et fourniture de certain nombre de carreau de terre esmaillée qu'il avait cy devant entreprise de faire et parfaire pour le sieur Durfe, comme gouverneur de Monseigneur le Dauphin selon les pourtraits et devises que ledit Durfe lui avait baillés à cette fin, en ce compris 12 livres tournois pour son rembours de semblable somme qu'il a payée pour la façon des casses des bois et nattes ou a esté mis et enchâssé ledit carreau (Tabellionage, acte du 12 septembre 1557). »
À quelle résidence ces carreaux avaient-ils été employés, telle était la question qui jusque-là restait sans réponse. Lorsque nous eûmes la bonne fortune de voir le carrelage du château de la Bâtie, nous n'hésitâmes pas à le reconnaître comme étant celui d'Abaquesne. Evidemment nous n'avons aujourd'hui sous les yeux qu'une très faible partie de ce carrelage, qui devait être complétée par une autre beaucoup plus importante, recouvrant entièrement le sol de la chapelle. Le chiffre élevé de la quittance permet du reste de supposer qu'en raison même de la somme versée, un nombre beaucoup plus considérable de carreaux émaillés avait dû être fourni. Ce qu'il nous importe surtout de constater ici, c'est que ce devant d'autel en faïence a bien été fabriqué à Rouen, par Abaquesne. L'influence italienne que l'on remarque sous le rapport de sa décoration s'explique par l'importance même des relations commerciales qui existaient au XVIe siècle, entre notre ville et l'Italie. A cette époque, en effet, Rouen était continuellement visité par des négociants étrangers que leurs affaires commerciales attiraient dans notre port. Le contact réciproque devait nécessairement permettre aux industriels rouennais de se mettre au courant de la mode et des nouvelles découvertes susceptibles d'augmenter leurs bénéfices. C'est ainsi que le céramiste Abaquesne avait pu connaître et s'approprier les procédés de l'émail stannifère qui lui avaient sans doute été indiqués par des Italiens. En étudiant également les majoliques qui venaient de leur pays, il dut chercher à se rendre compte par lui-même des progrès qu'il fallait faire faire à son art. L'honneur lui revient donc d'avoir su égaler ses modèles, en exécutant ces magnifiques pavages du château d'Ecouen, et de la chapelle de la Bâtie. Il serait superflu d'insister sur la valeur de ce nouveau don, qui met le Louvre en possession d'une des œuvres les plus rares et les plus remarquables de la céramique française.
M. de Beaurepaire se demande si la quittance citée par M. Le Breton contient la preuve absolue qu'elle se réfère au carrelage du château de la Bâtie. Il resterait dans tous les cas à prouver que le château, à cette date, a été habité par le Dauphin, et à rechercher à qui il appartenait à la date de la quittance.
— LEROY (Catherine), 1997, "Avers et revers des pavements du château d'Ecouen", Revue de l'Art Année 1997 116 pp. 27-41.
— MADINIER-DUÉE (Pauline), Masséot Abaquesne à la Bätie d'Urfé, 2016, in Masséot Abaquesne. L'éclat de la faïence à la Renaissance, Réunion des Musées Nationaux-Grand Palais, pages 112-119.
— MADINIER (Pauline), 2008, Le sacrifice eucharistique dans la chapelle de la Bâtie d'Urfé, Studiolo n°6 p.17-38. Non consulté.
—MOREL (Philippe), 2019, Avant-Propos, in Sacellum mirabile, sous la dir. d'Elena Bugini.
— RAPHAËL ET LA GRAVURE. La collaboration de Raphaël et de Raimondi, son graveur attitré à Rome de 1510 à 1527 a abouti à plusieurs centaines de gravures sur cuivre, réalisées par Marcantonio Raimondi et deux autres graveurs qui ont rapidement rejoint ce dernier, Marco Dente et Agostino Veneziano
— TOSCANO (Gennaro), 2015, Les Heures de Claude d’Urfé (1549), manuscrit de la Huntington Library à San Marino (États-Unis) et l’église de la Trinité-des-Monts, à Rome [compte-rendu]Bulletin Monumental Année 2015 173-3 pp. 265-266. Fait partie d'un numéro thématique : La cathédrale de Chartres, Nouvelles découvertes
— VERNET (André), 1976, , « Les Manuscrits de Claude d'Urfé (1501-1558) au Château de la Bastie », in Académie des Inscriptions et Belles-lettres: Comptes rendus (Paris, 1976), pp. 81-97 (pp. 89 n. 35, 90).
Heures de Nostre Dame à l'usaige de Rome escriptes au dict lieu l'an MDXLIX par M. Franc. Wydon et dédie un Messire Claude D'urfe Chevalier de l'ordre du Roy Tres Chrestien et son Ambassadeur au saint siège apostolique
Heures à l’usage de Rome, 1549, San Marino, Huntington Library, HM 1102, vélin, H. 23 ; L. 15,5 cm. 24 enluminures. Le frontispice (fo 1) est suivi d’un calendrier (fos 2vo-21), puis des péricopes et de la Passion selon saint Jean (fos 21vo-28vo), de l’office de la Vierge et du Salve Regina (fos 29vo-56), des psaumes pénitentiaux et litanies (fos 56vo-68), de l’office des morts (fos 68vo-79vo), des petites Heures de la Croix (fos 80-82), des petites Heures du Saint-Esprit (fos 82vo-84) et des suffrages de la Trinité, de saint Michel, Gabriel, Raphaël et Claude (fos 84vo-85).
Ce vitrail de 1,12 m de haut et 0,75 m de large provient du château d'Écouen et peut être daté par la période de règne de Henri II entre mars 1547 et juillet 1559. Le château est alors la propriété d'Anne de Montmorency, qui l'a fait construire à partir de 1538 et jusqu'en 1555. Écouen devient rapidement le lieu de villégiature favori du roi Henri II à qui une aile entière du château (1er étage, pavillon nord-est) est réservée pour ses fréquents séjours, avec chambre, antichambre et grande salle. Il promulgue dans ce lieu le cruel édit d'Écouen (2 juin 1559), prélude aux guerres de religion, ordonne de tuer sans procès les protestants fauteurs de trouble. Henri II meurt quelques mois après, et les guerres commencent. Anne de Montmorency, toujours connétable, est tué pendant la bataille de Saint-Denis (10 novembre 1567) alors qu'il commandait l'armée royale.
" Le 10 février 1538, devant la cour réunie au palais ducal de Moulins, Anne de Montmorency reçoit l'épée de connétable des mains de François Ier, récompense de ses succès militaires et plus encore de son action à la tête d'une grande partie des affaires du royaume. Tout comme sa nomination comme Grand Maître de France et son mariage avec Madeleine de Savoie, fille de son prédécesseur et nièce de Louise de Savoie, l'avait amené à rénover son château de Chantilly, le nouveau connétable décide de reconstruire entièrement son château d'Écouen afin de marquer son rang et sa place à la cour."
" Le château est conçu pour recevoir le roi, la reine et la cour. Son plan, moderne et audacieux, quadrangulaire avec quatre pavillons saillants et une distribution intérieure innovante, porte l’ambition de mettre en valeur le protocole et la dignité de ses invités, car Montmorency, également grand maître de France, a la charge d’organiser la vie de la cour. Hélas pour lui, en 1541, alors que l’édification du château est commencée depuis trois ans, le connétable est disgracié par François Ier sur des querelles de politique étrangère et sur des intrigues de cour. Durant les six années de disgrâce, Montmorency partage sa vie entre Écouen et Chantilly, sans reparaître à la cour."
Il commande alors pour la galerie occidentale une série de vitraux consacrés à l'Histoire de Psyché, évidente allégorie des vicissitudes rencontrés par Anne de Montmorency et de son espoir de rentrer en grâce, comme il en advint de Psyché. La galerie prit ainsi le nom de Galerie de Psyché,
"Il lui faut attendre la mort du roi en 1547 pour qu’Henri II le rétablisse dans toutes ses prérogatives. Dès lors sont modifiés les façades du château et les escaliers qui mènent aux appartements du roi, et les cheminées reçoivent leur décor peint, exécuté vers 1550 par l’équipe de Jean Cousin. Le style d’Écouen présente une transition entre l’art très orné des châteaux de la Loire et la période classique, très respectueuse des canons de l’architecture antique selon Vitruve, en vogue sous le règne d’Henri II. Après Fontainebleau, Ancy-le-Franc et Oiron, Écouen est l’un des châteaux peints les mieux conservés de la Renaissance française." (T. Crépin-Leblond)
.
Vitraux du Musée de la Renaissance d'Écouen. Photographie lavieb-aile.
.
.
1. Le décor de grotesque.
.
a) Le registre supérieur.
.
Deux putti ailés ouvrent le pavillon dévoilant la couronne royale. Ce pavillon supporte un vase avec fleurs et feuilles, dessiné en rubans ou cuir découpé et sommé d'un masque léonin. Il s'inscrit lui-même dans un cartouche à cuir découpé, dans une mode importée d'Italie par l'École de Fontainebleau, et qui accueille des masques, des pots-à-feu, et deux hybrides cornus sur un col de cygne.
Ce décor jovial voire ironique, ludique et aéré est typique des Cartouches d'illustrateurs comme Domenico des Barbiere, Jacques Androuet du Cerceau, René Boyvin, Enea Vico ou Cornelis et Jacques Floris qui vont gravé leurs planches entre 1550 et 1565 en Italie ou à Anvers. Il relève de l'art des grotesques. Ces gravures déploient un monde purement graphique, sans perspective, sur fond blanc et vide avec ses rubans comme suspendus dans une vitrine. Le but décoratif se dégage ainsi de tout souci de réalisme, et se libère , dans ses créatures hybrides, de toute distinction entre l'humain, l'animal, le végétal et les artefacts (objets fabriqués comme les lampes et les vases), et ce manque de respect des normes du Réel contamine parfois le sujet principal (ici les emblèmes royaux) par une prise de distance avec le Monde. Cette prise de distance relie le regard de l'artiste avec celui du philosophe stoïque, d'où, sur de nombreuses planches, des incitations au Memento mori comme les développeront plus tard les Vanités flamandes et leurs Natures mortes.
L'œuvre s'affiche délibérément comme un spectacle créé et mis en scène par l'imagination d'un artiste devenu l'égal du Créateur.
.
Vitraux du Musée de la Renaissance d'Écouen. Photographie lavieb-aile.
.
.
b. Le registre inférieur.
.
Dans les mêmes arabesques de cuirs découpés, nous découvrons deux faunes dansants, un putto ailé, des masques léonins, des oiseaux, et des sphinges.
.
Vitraux du Musée de la Renaissance d'Écouen. Photographie lavieb-aile.
.
.
2. Le complexe emblématique.
.
Deux "anges" ou femmes ailées sont les tenants de ce chapeau de triomphe en couronne de fruits et cuirs à masques. Une couronne royale est placée à son sommet.
Au centre, sur un fond damassé, trois croissants sont entrecroisés et séparés par les mots DONEC TOTUM IMPLEAT ORBEM .
Cet emblème, et cette devise, se retrouvent sur le plafond de la salle de bal du château de Fontainebleau, commandé en par Philibert Delorme au menuisier Scibec di Carpi.
La devise latine sibylline "Jusqu'à ce qu'il (le croissant lunaire) emplisse le cercle tout entier", ce qui peut signifier "Jusqu'à ce que la gloire du roi en croissant remplisse le monde entier". Henri II avait opté pour le croissant, longtemps associé à tort à sa favorite Diane de Poitiers, pour illustrer son ambition de ceindre la couronne impériale (le croissant est l’annonce d’une lune pleine, symbole de conquête, d'épanouissement total).
.
"La Devise à present du Treschretien & victorieus Roy Henri II. de ce nom, est la Lune en son croissant: Es sacrees escritures donques la Lune prefigure l’Eglise, quasi en tous passages, à quoy se conforme l’histoire recitee par Paul Emil du Pape Calixte II. (au paravant apellé Guy, fils de Guillaume Conte de Bourgongne,) lequel la nuit precedent sa creacion, eut vision d’un jeune enfant qui lui aporta & mit une Lune sur le giron. La Lune aussi est sugette à mutacions, croissant
& decroissant de tems en tems: ainsi veritablement est l’Eglise militante, laquelle ne peut demourer long tems en un estat, que meintenant ne soit soutenue & defendue des Princes catholiques, & tantot persecutee des tirans & heretiques: au moyen dequoy est en perpetuel combat, auquel neanmoins la Royale Magesté, ou Roy premier fils de l’Eglise promet de tenir main de proteccion, jusques à ce que reduite sous un Dieu, un Roy, & une Loy, aparoisse la plenitude & rotondité de sa bergerie, regie par le seul Pasteur." Claude Paradin, Devises héroïques (1557)
Cet emblème se retrouve au château d'Écouen sur les boiseries (1548) de la chapelle , sur les carreaux de pavement ( 1549-1551) par Abaquesne Masséot (cf. infra), et sur les trophées d'armes et les les solives de la chambre du roi au premier étage. À ce niveau, "les emblèmes de Henri II prédominent, sous la forme du H ou du croissant unique, des trois croissants entrelacés et du H mêlé à deux D ou C, mais on observe en plus dans la travée centrale, le double K de Catherine de Médicis ainsi que, plus discrètement sur les retombées seules, le monogramme AM d’Anne de Montmorency. L’alternance régulière des chiffres ou croissants, leur variété, de même que celle des entrelacs, démontrent à la fois la maîtrise de l’organisation et l’inventivité de ce décor dont l’emblématique, tout en demeurant discrète, affirme sa présence par sa répétition." (S. Allais).
.
.
Vitraux du Musée de la Renaissance d'Écouen. Photographie lavieb-aile.
.
.
Les emblèmes de Henri II à Écouen et à Fontainebleau. Dossier iconographique.
.
À Écouen.
Les pavements du château d'Écouen par Masséot Abaquesne.
.
Un premier pavement est exécuté en 1542 pour la Galerie de Psyché (galerie occidentale), avec l'emblématique d'Anne de Montmorency et de son épouse.
Après sa retour en grâce et la reprise de ses fonctions, il commande à Masséot Abasquesne, faïencier de Rouen, un nouveau pavement exécuté en 1549-1551, cette fois-ci pour la galerie orientale, mais malheureusement détruite en 1787, descellé et vendu. Ce second pavement a été restitué en 1997 au Musée de la Renaissance.
L'emblématique royale s'y allie désormais à celle du connétable, alternant avec les écus du roi et de la reine, et leur monogramme.
.
Dans ce premier médaillon sont les trois croissants et la devise Donec Totum Impleat Orbem. Sur le coté, l'initiale du prénom Henri est entrecroisé de deux C inversés, (l'initiale de Catherine, mais pourquoi ce dédoublement et pourquoi cette inversion ? ). Il a été remarqué depuis longtemps que ces lettres C assez semblable à des croissants formaient avec les fûts du H deux D, allusion à Diane de Poitiers la maîtresse du roi.
Deux croissants de lune sont également figurés sur les carreaux bleus.
L'arabesque opposée au monogramme HC ressemble à des rameaux, mais ils forment deux tiges en forme de S.
.
.
Pavement (Masséot Abaquesne) du château d'Écouen. Photographie lavieb-aile.
Pavement (Masséot Abaquesne) du château d'Écouen. Photographie lavieb-aile.
.
.
.
.
Au château de Fontainebleau.
.
Château de Fontainebleau. Photographie lavieb-aile.
Château de Fontainebleau. Photographie lavieb-aile.
Château de Fontainebleau. Photographie lavieb-aile.
Château de Fontainebleau. Photographie lavieb-aile.
Château de Fontainebleau. Photographie lavieb-aile.
Château de Fontainebleau. Photographie lavieb-aile.
Château de Fontainebleau. Photographie lavieb-aile.
.
.
.
Le vitrail Ec.2 (v. 1547-1555) à l'emblématique de Catherine de Médicis.
Vitraux du Musée de la Renaissance d'Écouen. Photographie lavieb-aile.
.
.
Le registre supérieur.
.
Deux putti ailés tiennent la tenture d'un pavillon, sous lequel deux allégories ailées soutiennent la couronne royale.
Deux autres putti ailés plus petits siègent sur le cartouche emblématique, tenant le sceptre et la main de justice sous le monogramme aux K conjoints et opposés de Catherine de Médicis. Pour ne rien dire des deux sphinges enrubannés.
.
Vitraux du Musée de la Renaissance d'Écouen. Photographie lavieb-aile.
.
.
Le registre inférieur.
Un cartouche de style grotesque est centré par un aigle tenant une couronne dans son bec et semble la tendre à un masque de bœuf (?). Deux télamons, appuyés sur des cranes de béliers, brandissent des bucranes, et deux jeunes femmes tiennent des rubans. Enfin citons deux serpents et un masque féminin.
.
RMN
.
.
L'emblématique de Catherine de Médicis.
.
Le double K, l'arc en ciel et la devise en grec "dans l'épreuve, l'espoir".
Au centre, au-dessus d'un rivage rocheux, le ciel est chargé à droite et gauche de nuées et d'ondées, tandis qu'il s'éclaircit au centre autour d'un arc-en-ciel, dont un côté plonge dans la mer.
Cette scène est entourée des mots ΕΥΕΛΠΙΣΤΙΑ ΠΕΡΙ ΑΜΗXΑΝΙΑΣ (il faut le lire dans cet ordre)et l'ensemble s'inscrit dans un chapeau de triomphe cantonnée de quatre monogrammes aux deux lettres K opposées en miroir par le fût, qui forment une figure rappelant les caractères grecs majuscules incluant un X.
La devise n'a pas été étudiée, et est souvent mal transcrite. On trouve dans cette devise le mot en grec ancien ΕΥΕΛΠΙΣΤΙΑ qui associe εὖ, ἐλπίζω pour signifier "bon espoir". Puis le mot νεπι , "sur", et le mot αμηχανία (mais ici avec un sigma final ) ou "amichania " échec, déconfiture", d'où le sens "BON ESPOIR SUR L'ÉPREUVE", parfaitement accordé à l'emblème de l'arc-en-ciel dans l'orage.
L'ensemble se réfère à l'histoire biblique du Déluge et à l'arc-en-ciel, symbole de la Nouvelle Alliance entre Dieu et son Peuple.
une date imprécise, sans doute durant le règne de François Ier, Catherine de Médicis adopte l’arc-en-ciel ou écharpe d'Iris, messagère des dieux comme signe d'espoir ou d'apaisement dans la peine ou la tempête, mais aussi d'alliance royale avec son peuple. Elle choisira ensuite une lance brisée (en référence à l'arme qui a causé la mort de son époux Henri II) accompagnée des mots hinc, hinc dolor "De là viennent mes larmes et ma douleur" .
On retrouve cet emblème sur les pavements de la galerie occidentale, ainsi que dans le décor des solives du plafond de l'appartement de la reine, situé au rez-de-chaussée, sous celui du roi. Ou sur la façade nord du château.
On trouve aussi pour la reine la devise “ΦΩΣ ΦΕΡΟΙ ΗΔΕ ΓΑΛΗΝΗΝ”.
Vitraux du Musée de la Renaissance d'Écouen. Photographie lavieb-aile.
.
.
L'emblématique de Catherine de Médicis à Écouen.
.
Second pavement (1549-1551) par Masséot Abaquesne pour la galerie orientale. Aujourd'hui exposé au Musée de la Renaissance, 2ème étage.
L'emblème avec sa devise grecque est inscrite dans une couronne d'entrelacs, et complétée d'un coté par le monogramme du roi à l'H et aux deux C croisés. Mais les C ne sont plus individualisées et leurs pointes ne débordent plus, tandis que l'H n'est plus clairement individualisée, si bien que le spectateur voit avant tout deux D opposés reliés par une barre.
L'autre motif est celui du monogramme aux deux lettres K, mais là encore nous ne les distinguons pas derrière ce I central et ces deux arches en C inversées formant un X.
On notera, dans le décor de grotesques, les quatre sphinges, les pots-à-feu et les nombreux papillons, tous presque semblables et sans doute inspirés des Petites Tortues Aglaïs urticae très fréquents sur les enluminures médiévales, même si elles n'ont jamais l'exactitude naturaliste propre au XVIIe et XVIIIe siècles.
.
.
Pavement (Masséot Abaquesne) du château d'Écouen. Photographie lavieb-aile.
.
.
Les armoiries de Catherine de Médicis à Écouen.
.
Second pavement (1549-1551) par Masséot Abaquesne pour la galerie orientale. Aujourd'hui exposé au Musée de la Renaissance, 2ème étage.
Les armes de la reine sont un parti de France et de Médicis contre-écartelé de la Tour et d’Auvergne sur le tout duquel est posé un écu de Boulogne :
Parti au I, d’azur aux trois fleurs de lys d’or (France) ; aux II, écartelé, au 1 et 2, d’or à six boules en orles, la supérieure de France, les autres de gueules (Médicis), aux 2 et 3 contre écartelé, aux A et D, d’azur semé de fleurs de lys d’or et à la tour d’argent maçonnée et ouverte de sable (la Tour), aux B et C, d’or au gonfanon de gueules frangé de sinople (Auvergne) ; sur le tout, écu d’or à trois tourteaux de gueules (Boulogne).
La moitié gauche du blason porte donc les armes du mari de Catherine, comme c'est la règle.
La moitié droite porte en haut celles de son père Laurent II de Médicis, duc d'Urbino. Et en bas, mais dédoublées et avec un carreau de faïence placé à l'envers, celles de sa mère Madeleine de la Tour d'Auvergne (1492-1519).
Mais nous pouvons remarquer que le "gonfanon" des armes d'Auvergne, un meuble d'armoiries qui imite en général une bannière d'église avec ses trois manipules ou fanons arrondis en demi-cercles (voir ici) ressemble ici à trois sortes de pelisses suspendues à une tringle. Ce qui se retrouve également sur les armes attribuées à Antoinette de la Marck sur un vitrail provenant du château d'Écouen, et reposé à Chantilly.
On comparera ces armes à celles de son sceau, dont la matrice est conservée.
.
Pavement (Masséot Abaquesne) du château d'Écouen. Photographie lavieb-aile.
Pavement (Masséot Abaquesne) du château d'Écouen. Photographie lavieb-aile.
.
.
.
Le vitrail Ec.3 (v. 1550-1555) aux figures de Jupiter et de l'Air.
"L'Air et Jupiter Ile-de-France vers 1550 H : 1,10m EC 3
Ces deux panneaux aujourd'hui assemblés par une ligne de plomb horizontale sont de provenance inconnue. Le panneau supérieur est une représentation allégorique de l'air, tandis que le niveau inférieur figure le dieu antique Jupiter. D'un point de vue technique, le réseau de plomb a été simplifié à l'extrême : les carrés de verre peints sont juxtaposés comme des carreaux de faïence. Cette sobriété souligne bien le nouveau caractère des vitraux. Ils ne sont plus les tapisseries plus ou moins transparentes qui jouaient avec la lumière. Ils l'invitent à entrer à flots, tout en gardant un caractère éminemment décoratif. Le verrier manie d'ailleurs la grisaille, la sanguine et le jaune d'argent avec une maîtrise extraordinaire. Du point de vue du style on est frappé par l'emprunt plus que probable, pour la composition d'ensemble et les motifs, aux gravures d'Androuet du Cerceau (plusieurs fois réimprimées entre 1550 et 1566) et, pour la figure de Jupiter, à une estampe de René Boyvin. Les motifs employés, animaux fantastiques, grotesques, palmes, cuirs, sont tout droit issus de l'École de Fontainebleau. Deux autres panneaux "cousus" selon le même principe, La Terre et Mars, font également partie des collections du Musée d'Écouen.
.
Vitraux du Musée de la Renaissance d'Écouen. Photographie lavieb-aile.
.
.
.
Le vitrail Ec.4 (v. 1550-1555) aux figures de Mars et de la Terre.
Il s'agit comme le précédent de la réunion a posteriori de deux panneaux en verre blanc, grisaille et jaune d'argent appartenant à deux séries différentes, l'une mythologique (Mars) et l'autre allégorique (la Terre), dans un décor de grotesque. Ils proviennent probablement du château d'Écouen.
.
Vitraux du Musée de la Renaissance d'Écouen. Photographie lavieb-aile.
.
.
a) Allégorie de la Terre.
.
La femme porte une couronne crénelée, comme la déesse romaine Cybèle, déesse phrygienne de la terre, identifiée plus tard à Rhéa ou avec Déméter. Et comme Cybèle, elle est représentée avec les seins pleins de lait (comme déesse nourricière). Elle arrose de ce lait la terre, attirant deux cochons et un coq à ses pieds, tandis qu'un lion est à ses cotés (on sait que le char de Cybèle est trainé par des lions).
Elle apparaît sous un massacre de cerf dans un cadre formé par deux candélabres, ou, plus globalement, sous un portique soutenu par deux sosies de la Terre, bras écartés, mais réduites à leur buste dénudé inséré sur un piètement.
Ce dernier, posé comme un vase sur un guéridon à tête de bélier, libère des volutes en cornes d'abondance d'où sortent des branches d'olivier.
Le registre inférieur figure une longue table où pend un bucrane, tandis que deux boucs viennent brouter le feuillage décoratif.
.
.
.
Vitraux du Musée de la Renaissance d'Écouen. Photographie lavieb-aile.
Vitraux du Musée de la Renaissance d'Écouen. Photographie lavieb-aile.
.
.
Le dieu Mars.
.
Ce guerrier esquisse un pas de danse en levant son épée et son bouclier entre deux faunes assis sur des sellettes et tenant des flambeaux. De chaque coté, des candélabres et des pots-à-feu. Au registre supérieur, un chaudron produit des flammes entre deux dragons ailés.
On remarquera les trois papillons et la Demoiselle (libellule), d'une part parce qu'ils accompagnent les images insistantes du Feu et de la Lumière (on sait qu'ils sont attirés par les flammes) et d'autre part parce que c'est un des nombreux points communs entre ces vitraux et le pavement des salles du château d'Écouen.
.
Vitraux du Musée de la Renaissance d'Écouen. Photographie lavieb-aile.
Vitraux du Musée de la Renaissance d'Écouen. Photographie lavieb-aile.
Vitraux du Musée de la Renaissance d'Écouen. Photographie lavieb-aile.
.
.
.
Le vitrail E.CL.1041 (v. 1547-1551) à l'emblématique d'Anne de Montmorency.
.
Dans un cartouche et une présentation semblable aux verrières des emblèmes d'Henri II et de Catherine de Médicis, le propriétaire du château a fait figurer son monogramme aux initiales A et M liées et traversées par l' épée de connétable. Le même carton a été repris, exactement, de la verrière de Henri II, et seul l'intérieur du chapeau de triomphe change, ainsi que la couronne de baron (aux rangs de perles) remplaçant la couronne royale.
Le vitrail est antérieur à 1551, date à laquelle Anne de Montmorency, promut duc et pair, échange le tortil de baron contre la couronne ducale.
Les emblèmes et les armes du Connétable se retrouvent partout au château d'Écouen, dans la chapelle (voûte et boiseries notamment), dans ses appartements du premier étage de l'aile sud, sur les reliures de ses livres, et sur les deux pavements du château. On y trouve les deux devises du connétable : Fidus et verax in justitia judicat et pugnat (celui qui est fiable et véridique dans la justice peut seul juger et combattre) et Arma tenenti omnia dat qui justa negat (à celui qui détient les armes, c’est tout accorder que de refuser ce qui est juste).
.
Vitraux du Musée de la Renaissance d'Écouen. Photographie lavieb-aile.
Vitraux du Musée de la Renaissance d'Écouen. Photographie lavieb-aile.
.
.
Second pavement (1549-1551) du château d'Écouen.
.
a) Emblématique d'Anne de Montmorency. (Second pavement, atelier de Masséot Abaquesne, 1549-1551).
.
Dans les rinceaux, le monogramme AM est entouré de deux bras armés jaillissant de nuées. La devise ARMA TENENTI OMNIA DAT QVI IVSTA NEGAT est inscrite autour. Le monogramme est répété de chaque coté.
.
Pavement (Masséot Abaquesne) du château d'Écouen. Photographie lavieb-aile.
.
.
b) Emblématique d'Anne de Montmorency. (Second pavement, atelier de Masséot Abaquesne, 1549-1551).
Le bras armé sortant des nuées et dont l'épée est fleurdelysée est entouré d'un nouvel emblème, une ceinture, elle aussi fleurdelysée.
Elle n'est pas sans évoquer la ceinture Espérance des Bourbon, omniprésente à la Sainte-Chapelle de Champigny-sur-Veude.
On lit ensuite la devise FIDVS ET VERAX IN IVSTITIA IVDICAT ET PVGNAT.
.
Pavement (Masséot Abaquesne) du château d'Écouen. Photographie lavieb-aile.
.
.
c) Écu d'Anne de Montmorency (Second pavement, atelier de Masséot Abaquesne, 1549-1551)
.
La composition s’organise autour d’un écu aux armes d’Anne de Montmorency d’or à la croix de gueules cantonnée de seize alérions d’azur surmonté d’une couronne de baron et entouré du collier de l’ordre de Saint-Michel.
.
Pavement (Masséot Abaquesne) du château d'Écouen. Photographie lavieb-aile.
.
.
.
Le vitrail E.CL.1041b (1544) à l'emblématique de François Ier (salamandre).
Nous retrouvons le décor de grotesque, avec ses putti ailés, ses masques, son cartouche aux apparences de ferronnerie, ses rubans à pompons, ses bordures de fruits et légumes, et nous découvrons la date de 1544.
Au centre, dans le chapeau de triomphe, la salamandre crachant le feu, propre à François Ier, est surmontée de la couronne royale et d'un motif aux ailes liées autour d'un bâton.
La salamandre est très répandue dans les propriétés de François Ier et de sa cour, illustrant la devise Nutrisco et extinguo — je nourris [le bon feu] et j'éteins [le mauvais] et le principal intérêt de ce vitrail est de trouver ici un verre rouge gravé (ou flammé ?) pour simuler les flammes dansant.
La date de 1544 est étonnante, puisqu'elle situe le vitrail 3 ans après la disgrâce d'Anne de Montmorency auprès du roi.
.
.
.
Vitraux du Musée de la Renaissance d'Écouen. Photographie lavieb-aile.
Vitraux du Musée de la Renaissance d'Écouen. Photographie lavieb-aile.
.
.
. LES VITRAUX PROVENANT DE LA SAINTE-CHAPELLE DE VINCENNES.
.
"En 1549, Henri II confia à l’architecte Philibert de L’Orme l’achèvement de la Sainte-Chapelle de Vincennes, où il avait le projet de transférer le siège des cérémonies de l’ordre de Saint-Michel. L’édifice reçut alors un somptueux décor intérieur et les vitraux firent l’objet, de 1551 à 1556, de commandes successives, confiées à Nicolas Beaurain, un maître verrier parisien réputé.
Chaque verrière était divisée en trois niveaux superposés. Le récit de l’Apocalypse en occupait la partie centrale par une succession de tableaux présentés dans des encadrements peints en grisaille. Le haut du fenestrage déclinait avec abondance l’emblématique royale portant les croissants, chiffres et devises associés à Henri II. Les parties basses des verrières étaient réservées, dans le choeur, à des représentations de personnages sacrés et, dans la nef, à des portraits des membres de la famille royale (le roi régnant, son père le roi François Ier, la reine Catherine de Médicis, le dauphin François) et des principaux dignitaires de l’Ordre (le cardinal de Lorraine, le duc de Guise et le connétable de Montmorency, gouverneur de Vincennes). Tous étaient représentés agenouillés en prière et à grandeur naturelle, saisissants de vérité. François Ier, tourné vers la gauche en direction du sanctuaire, occupait l’une des verrières droites de la nef."https://en.musee-renaissance.fr/node/42
"Nicolas Beaurain a succédé à Jean Chastellain, après sa mort à la fin de 1541, dans les comptes des Bâtiments du roi. À la mort de Jean Chastellain, les marguilliers de l'église Saint-Étienne-du-Mont lui ont demandé de réaliser la grande verrière de saint Étienne dans la première fenêtre sud du déambulatoire (baie 103). Le marché est passé le 29 décembre 1541.
En 1548, Philibert Delorme a commandé à Nicolas Beaurain des grisailles mythologiques pour le château d'Anet
Entre 1551 et 1559, il a réalisé les vitraux de la Sainte-Chapelle de Vincennes sous la direction de Philibert Delorme. Des fragments importants de ses vitraux sont conservés dans le musée du Louvre - en particulier une Vierge à l'Enfant - et au musée national de la Renaissance. Le premier marché pour les vitraux de la Sainte-Chapelle a été passé à Nicolas Beaurain par Philibert Delorme le 15 avril 1551, le second le 18 mars 1555. Le nom de Nicolas Beaurain n'apparaît plus dans les comptes des Bâtiments du roi après 1563. Il avait réalisé les verrières de l'abside. Il a aussi vitré en blanc les baies qui n'avaient pas reçu de verrières. Il est probable que les travaux ont considérablement diminué après la mort du roi Henri II, en 1559." (Wikipédia)
.
.
François 1er en prière, ( Nicolas Beaurain 1551-1556 ), Sainte-Chapelle de Vincennes. Cl.20683.
"On considère ce portrait du roi défunt comme l’un des chef-d’œuvre de la peinture sur verre de la Renaissance. Nicolas Beaurain y décline sa palette vive et riche en émaux, sa pratique des tailles croisées qui modèlent vigoureusement les visages, son goût pour les textiles et les décors mobiliers. Le peintre verrier signe là un véritable portrait de l’homme âgé, au visage amaigri mais toujours avenant, que François Ier fut sans doute au cours des dernières années de son règne." (Musée de la Renaissance) https://en.musee-renaissance.fr/node/42
.
Vitraux du Musée de la Renaissance d'Écouen. Photographie lavieb-aile.
.
.
Deux anges présentant l'écu de France entouré du collier de l'Ordre de Saint-Michel. (Nicolas Beaurain, Sainte-Chapelle de Vincennes vers 1556). E. Cl 1048.
Cet élément provient d'une verrière associée au portrait de François Ier agenouillé en prière (1551-1556).
https://en.musee-renaissance.fr/node/918
.
Vitraux du Musée de la Renaissance d'Écouen. Photographie lavieb-aile.
.
.
Armoiries d'Anne de Montmorency présentées par deux anges. Sainte-Chapelle de Vincennes. (Nicolas Beaurain, Paris vers 1557). OAR 509
Cette œuvre a été récupérée en Allemagne par les Alliés après la Seconde Guerre mondiale et confiée à l'Office des biens privés ou OBIP. Dépôt Louvres 1999.
Comme pour l'écu du pavement présenté plus haut, les armes d’or à la croix de gueules cantonnée de seize alérions d’azur sont entourées du collier de l’ordre de Saint-Michel, mais la couronne de baron a laissé place à celle de duc. Il est accompagné de la devise APLANOS.
Au-dessous, le monogramme HCC de Henri II dans une frise de grotesque et la couronne fermée au cintre crucigère appartient bien-sûr à un panneau héraldique royal.
.
.
Vitraux du Musée de la Renaissance d'Écouen. Photographie lavieb-aile.
.
.
.
Deux donateurs agenouillés devant saint Denys l'Aréopagite. fragment provenant de l'Hôtel-Dieu de Provins. (Paris vers 1525). Fonds du Sommerard. Ec 177.
Vitraux du Musée de la Renaissance d'Écouen. Photographie lavieb-aile.
.
.
Scène non identifié provenant de Provins
Vitraux du Musée de la Renaissance d'Écouen. Photographie lavieb-aile.
.
.
Saint martyr. Ouest de la France vers 1530. Fonds du Summerard.
.
Vitraux du Musée de la Renaissance d'Écouen. Photographie lavieb-aile.
.
.
Marie-Madeleine, Marie-Salomé et un donateur : trois vitraux.
.
"Contemporains des précédents et provenant du célèbre vitrail des alérions à la collégiale de Montmorency, dont on a écrit qu'il était un « chef-d'œuvre de la Renaissance française parvenue à son complet épanouissement », les fragments représentant Marie Salomé, Marie-Madeleine, et un donateur sont en effet de remarquables exemples de l'habileté technique des verriers parisiens qui utilisent toutes les ressources de leur discipline et de l'art raffiné de celui qui les a conçu, sans doute Jean Chastellain, le maître le plus prisé du temps. L' aspect pictural s'affirme pleinement dans plusieurs vitraux en grisaille rehaussée de jaune d' argent d'une grande richesse de nuances. Le paysage y tient une large place avec des effets de profondeur accentués et les personnages adoptent des attitudes nobles et sont parés de vêtements aux drapés savants et recherchés ." (Thierry Crépin-Leblond et Thierry Oursel),
.
Sainte Marie-Madeleine (Jean Chastellain ? Paris avant 1541).
.
Emploi d'un verre rouge gravé (ou vénitien) pour la colonne.
.
Vitraux du Musée de la Renaissance d'Écouen. Photographie lavieb-aile.
.
.
Marie-Salomé (Jean Chastellain ? Paris avant 1541).
.
On voit mal sur quoi repose l'identification de la sainte qui tient un livre.
Utilisation de verre vénitien pour la colonne.
.
Vitraux du Musée de la Renaissance d'Écouen. Photographie lavieb-aile.
.
.
Un chevalier au tabard palé d'or et de gueules en donateur: un seigneur d'Amboise ? (Jean Chastellain ? Paris avant 1541).
.
Les armoiries peuvent correspondre à la famille d'Amboise (« palé d'or et de gueules de six pièces »), ou à celle de Briqueville, par exemple.
Vitraux du Musée de la Renaissance d'Écouen. Photographie lavieb-aile.
.
.
Une des quatre scènes de l'Histoire de Saint Lié: le miracle de la source. E.CL.1010a (École champenoise,1526). Salle des malades de l'Hôtel-Dieu de Provins.
.
Saint Lié est, au Ve siècle, un paysan et gardien de troupeau du Berry qui, après avoir passé quelques années au monastère de Micy-Saint-Mesmin, près d'Orléans, se retire en solitaire dans les forêts.
"Il est le patron d'une corporation des tisserands qui les a offerts en 1526 pour la salle des malades de l'Hôtel-Dieu de Provins.. Son histoire est illustrée en plusieurs panneaux. Le premier montre le saint remerciant Dieu d'avoir fait surgir une source pour le désaltérer. Le deuxième évoque le miracle du blé mûri aussitôt que semé : à la poursuite du saint , les mauvais garçons qu'il a réprimandés interrogent un paysan et celui-ci répond qu'il ne l'a pas vu depuis qu' il a semé son blé.
Enfin, ayant été décapité, le saint guidé par deux anges porte sa tête jusqu'à l'église de Savins, village proche de Provins où il était né. D'un coloris éclatant nuancé par un travail soigné de provenance inconnue mais sans doute parisienne , et une. au jaune d ' argent et à la grisaille , et offrant des paysages d' une grande sensibilité , ces vitraux sont caractéristiques de cette période de transition où se mêlent tradition et innovation . Ils sont proches des productions troyennes , mais on ne peut les attribuer sûrement à ce grand foyer." (Thierry Crépin-Leblond et Thierry Oursel),
Vitraux du Musée de la Renaissance d'Écouen. Photographie lavieb-aile.
.
.
Une des quatre scènes de l'Histoire de Saint Lié: Les soldats à la recherche de Saint Lié. E.CL.1010b (École champenoise,1526). Salle des malades de l'Hôtel-Dieu de Provins.
.
Vitraux du Musée de la Renaissance d'Écouen. Photographie lavieb-aile.
.
.
Une des quatre scènes de l'Histoire de Saint Lié: Saint Lié tenant sa tête conduit par deux anges. E.CL.1010d (École champenoise,1526). Salle des malades de l'Hôtel-Dieu de Provins.
.
Vitraux du Musée de la Renaissance d'Écouen. Photographie lavieb-aile.
.
.
"David s'échappe de chez Saül grâce à l'aide de Michol", provenant de Notre Dame du Val à Provins.
.
Il s'agit de l'épisode raconté dans le premier livre de Samuel, dont je donne le résumé (Wikipédia) : David, jeune berger de la tribu de Juda, le plus jeune des fils de Jessé, est appelé aux côtés du roi Saül pour l'apaiser de ses chants5. Il met en déroute les ennemis philistins en vainquant le géant Goliath à l'aide de sa fronde. Devenu le héros d'Israël, Saül lui donne Mikhal, une de ses filles, en mariage tandis que Jonathan, le fils aîné du roi, et David se lient d'une profonde affection réciproque. Peu à peu les succès de David provoquent la jalousie puis la vindicte de Saül qui tente à plusieurs reprises de le mettre à mort. Fort du soutien de sa femme et de Jonathan, David doit s'enfuir et prend la tête de maquisards, opérant la vengeance divine et redistribuant les butins aux pauvres.
David emprunte au sacrificateur Achimélec l'épée de Goliath, puis (1 Samuel 21:10) " David se leva et s'enfuit le même jour loin de Saül. Il arriva chez Akisch, roi de Gath".
Le vitrail en montre donc plus que le verset biblique, en représentant David s'échapper par la fenêtre, par une corde, grâce à la complicité de Mikhal (Michol), tandis que ses partisans armés de piques et de hallebardes se dirigent vers la droite.
-La scène est représentée dès le XIIe siècle sur les vitraux de la cathédrale de Canterbury et au XIIIe siècle sur les vitraux de la Sainte-Chapelle de Paris, dans la baie du Livre des Rois.
-Elle figure dans les enluminures des Bibles historiales comme l'initiale du folio 118 de BnF fr.152 du XIVe siècle , comme ll'initiale D du folio 187v du manuscrit 5212 de la Bibliothèque de l’Arsenal, ou comme le folio 195v du manuscrit 9001 de la Bibliothèque Royale de Belgique, daté vers 1414-1415.
-Cette scène est rare mais sa valeur typologique a été remarquée par les chrétiens dans le Speculum humanae salvationis ( Michol deponit eum per fenestram ) comme la préfiguration de la Résurrection du Christ, et dans les Bibles des Pauvres comme la préfiguration soit de la Fuite en Égypte, tandis que Michol préfigurait la Vierge. On la trouve sur la tenture de la Chaise-Dieu qui suit précisément les figures de la Bible des Pauvres.
Fuite de David, Speculum humanae salvationis, XVe siècle. BnF latin 9544 f.44r
.
Speculum Humanae Salvationis, BnF latin 512 f.40v. XVe siècle.
.
Michol defendit David ab in sidiis apparitorum Speculum humanae salvationis (vers 1350-1400) , Morgan Library MS M.140 fol.41r
.
La fuite de David, Speculum humanae salvationis, BNF Latin 511 f39r
.
.
Vitraux du Musée de la Renaissance d'Écouen. Photographie lavieb-aile.
.
.
Fuite en Égypte. Vers 1540. grisaille et jaune d'argent.
.
On a vu que la Fuite en Égypte de Marie, Joseph (ici absent) et Jésus qui échappent au Massacre des Innocents, juste après la Nativité, la Circoncision, est associée, dans la Bible des Pauvres, à la Fuite de David du vitrail précédent.
.
Vitraux du Musée de la Renaissance d'Écouen. Photographie lavieb-aile.
.
.
Le retour triomphal de David vainqueur de Goliath Ec.185 vers 1550-1560.
.
La scène illustre le Ier Livre des Rois, ou aujourd'hui le Ier Livre de Samuel 17:55. Après avoir tué le géant philistin Goliath et lui avoir tranché la tête, le jeune berger David ramène celle-ci à Jérusalem
Mais à la différence des diverses gravures traitant de ce thème, David ne tient pas la tête de Goliath, mais la houlette de berger. Il regarde un homme beaucoup plus âgé, sans doute Abner, chef de l'Armée, et ne semble nullement triomphal.
Instruments de musique : triangle à anneaux, harpe et luth.
Comme pour la scène où David s'échappe avec l'aide de Michol, celle du retour triomphal de David appartient à la Bible des pauvres, où elle préfigure l'Entrée de Jérusalem sous l'inscription Filie syon exultet in rege suo. Les exemples iconographiques ne manquent donc pas. Voici le BnF Xylo-2
.
Entrée triomphale de David , Bible des Pauvres, BNF Res. Xylo-2 page 14.
.
Entrée du Christ à Jérusalem, Bible des Pauvres, BnF Res. Xylo-2 page 14.
Vitraux du Musée de la Renaissance d'Écouen. Photographie lavieb-aile.
.
.
Vierge à l'Enfant.
.
Vitraux du Musée de la Renaissance d'Écouen. Photographie lavieb-aile.
.
.
La Pâques Juive.
.
Vitraux du Musée de la Renaissance d'Écouen. Photographie lavieb-aile.
.
.
Histoire de Tobie. vers 1540. DSD2031.
.
Vitraux du Musée de la Renaissance d'Écouen. Photographie lavieb-aile.
.
.
Mort et Assomption des deux témoins de l'Apocalypse. Grisaille et jaune d'argent, Vers 1550-1560. Ec. 187. Origine incertaine: collégiale Notre-Dame-du-Val de Provins.
.
Vitraux du Musée de la Renaissance d'Écouen. Photographie lavieb-aile.
.
.
.
Scène de l'Histoire de Joseph Ec 183. Vers 1550-1560.
"Provenant du charnier de l'église Saint-Paul à Paris, les deux vitraux retraçant l'Expulsion de saint Paul du temple de Jérusalem et son Arrestation constituent d'ultimes illustrations de la tradition du vitrail coloré . Ils semblent dus à Louis Pinaigrier peu après 1608, lorsque commencent les travaux de vitrerie et en tout état de cause au plus tard en 1627, date de sa mort. Leur tonalité particulière vient de l ' utilisation conjointe de verres teintés dans la masse et d' émaux" (Thierry Crépin-Leblond et Thierry Oursel),
.
Vitraux du Musée de la Renaissance d'Écouen. Photographie lavieb-aile.
.
.
Prédication de saint Paul, et Arrestation de saint Paul à Jérusalem (attribué à Louis Pinaigrier; 1610-1620?). Ec 188b.
— CRÉPIN-LEBLOND (Thierry), 2019, "Sous le signe de la lune : L'héraldique du roi Henri II "
"Depuis bien longtemps, la signification du monogramme d'Henri II divise les spécialistes, et donne lieu à de multiples lectures qui continuent de nos jours à défrayer la chronique. En effet, les deux D entrelacés reliés par le H du chiffre d'Henri II ont souvent été associés à sa célèbre favorite, Diane de Poitiers. Cette interprétation a eu pour conséquence de voir la marque de la brillante duchesse de Valentinois sur les décors d'un nombre conséquent de monuments et d'objets, et par là même d'épiloguer sur l'étendue de son influence. Mais s'agit-il vraiment de l'initiale du prénom de la maîtresse royale, ou du croissant de lune, l'attribut de la déesse du panthéon mythologique, Diane chasseresse, dont on remarque aussi les carquois, arc et flèches ? Ou bien peut-on le lire comme "Henri Dauphin", après la mort de son frère aîné, ou "Henri Deux" à la suite de son sacre ? "
— CRÉPIN-LEBLOND (Thierry), OURSEL (Thierry), 1994, "Musée national de la Renaissance: Chateau d'Écouen : guide", Réunion des musées nationaux, 1994 - 189 pages.
— ERLANDE-BRANDENBURG ( A.)1978, Les vitraux héraldiques de Chantilly [compte-rendu] Les cheminées peintes [compte-rendu] Les pavements émaillés de Masseot Abaquesne [compte-rendu] In: Bulletin Monumental, tome 136, n°1, année 1978. p. 90; https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_1978_num_136_1_5684
L'installation et l'inauguration du Musée de la Renaissance dans le château d' Écouen ont renouvelé l'intérêt des historiens de l'art pour l'architecture de cet édifice et son décor intérieur. Il a donc paru utile de regrouper ici quelques études récentes afin de mieux mettre en valeur leur qualité et de souligner ce que représente d'exceptionnel cette entreprise muséographique.
Les vitraux.
Ce château possédait jusqu'à la Révolution une vitrerie civile du plus haut intérêt que l'on connaissait partiellement. La suite aujourd'hui conservée au Musée Condé à Chantilly, figurant les amours de Psyché et de Cupidon, était en effet universellement connue et appréciée. En revanche, les vitraux emblématiques l'étaient beaucoup moins. L'acquisition récente pour le Musée de la Renaissance de deux verrières, l'une à l'emblématique d'Henri II et l'autre à celle de Catherine de Médicis, a permis à Mme Perrot de faire le point des connaissances. A l'heure actuelle, il existe dix-neuf panneaux héraldiques identifiés, certains dans des collections publiques (deux au Louvre et deux au Musée de Cluny). L'emplacement originel de ces vitraux fait encore problème, car, comme le souligne justement l'auteur, l'évolution du décor oblige à penser qu'ils ne sont pas originaires de la même salle.
Le premier panneau, conservé à Cluny, présente dans un chapeau de triomphe la Salamandre de François Ier et porte la date de 1544. Il comporte un décor aux « fers » qui se retrouve dans quatre panneaux de Chantilly et dans un autre remonté dans la chapelle du Lord Maire, à Bristol. Il est certain que le maître-verrier a puisé son inspiration dans une gravure de Fantuzzi.
Le second, aux chiffres d'Anne de Montmorency et de Madeleine de Savoie est très proche de celui qui a été acquis pour Écouen, et qui est à l'emblématique d'Henri II . L'ornementation est différente du premier panneau de Cluny : elle est plus fine et présente des personnages (satyres, putti, génies ailés).
Le quatrième panneau, à l'emblématique de Catherine de Médicis (Musée de la Renaissance), montre un retour aux grotesques romains que l'on retrouve également dans la galerie d'Ulysse, à Fontainebleau et chez les graveurs flamands, vers 1550. Ce même décor apparaît dans cinq autres panneaux provenant d' Écouen. Dans la chapelle de Bristol cependant, pour ces deux derniers groupes, la technique est la même avec utilisation de la sanguine et des émaux.
Reste la question de leur emplacement. Pour le premier groupe, antérieur à 1547 puisqu'il est à l'emblématique de François Ier, il devait se trouver dans l'aile sud ; quant aux vitraux royaux, ils devaient orner l'aile nord qui présente à l'extérieur sur ces murs ce même décor emblématique. .
Les cheminées peintes.
L'un des grands attraits du château d'Ëcouen est sans aucun doute son prodigieux décor peint : frises, ébrasements de baies et douze cheminées. Mlle Anne-Marie Lecoq leur a consacré dans le colloque sur l'art de Fontainebleau une étude approfondie qui a vu le jour malheureusement avant les toutes récentes restaurations. La technique utilisée est intermédiaire entre la détrempe et l'huile. Certaines d'entre elles ont subi des restaurations ou des rafraîchissements, et ce dès le xvne ou le xvine siècle. Le chanoine Gallet qui, à la fin du siècle dernier, leur a consacré la première étude, avait déjà identifié les sujets comme empruntés à la Bible. Sa seule erreur porte sur la cheminée de la chambre du Roi (premier étage du Pavillon nord-ouest), dont Mlle Lecoq a pu identifier en toute certitude la scène : il s'agit de Saù'l dépeçant ses bœufs [Samuel, I). Il faut donc souligner cet emprunt à ces épisodes peu connus de la Bible, choisis en raison de leur relation avec la fonction royale que le connétable cherchait ainsi à glorifier. Les quelques documents d'archives qui font mention de peintures à Écouen ne peuvent malheureusement s'appliquer au décor subsistant, nécessairement antérieur à la mort d'Henri II (1559) puisque l'on y voit les croissants de ce roi et l'arc-en-ciel de Catherine. L'auteur décèle dans l'exécution des peintures deux mains différentes, mais présume qu'elles sont contemporaines. L'un de ces artistes de moindre talent renonce à indiquer la musculature de ses personnages. Le second donne des traits plus fins aux visages. L'un et l'autre se font l'écho affaibli des créations bellifontaines des années 1534-1537. La formule est celle que Le Rosso et Le Primatice avaient mise au point à la Galerie François Ier de Fontainebleau. Cependant au lieu d'être de stuc, les personnages latéraux sont traités en peinture. Des comparaisons avec les œuvres de Jean Goujon, Dominique Florentin et Du Cerceau obligent à dater les cheminées des années 1550. Certains détails des paysages soulignent que Niccolo dell'Abbate a déjà marqué de son influence ces peintures. Cette constatation aurait pour conséquence de dater l'ensemble de ce décor de la fin du règne d'Henri II, soit vers 1559-1560. Un document signale en 1564 à Écouen la présence d'un Jacques Patin spécialisé dans le décor éphémère des fêtes et l'ornementation de grotesques. C'est à lui que Mlle Lecoq serait tentée d'attribuer les frises et les ébrasements peints.
Les pavements émaillés de Masseot Abaquesne.
— II existait avant la Révolution à Écouen un certain nombre de salles dont le sol était orné de carreaux émaillés qui ont disparu soit en 1787 lors de la démolition de l'aile orientale, soit au cours de la Révolution, soit même pendant la restauration du milieu du xixe siècle. On a entrepris de les restituer dans la mesure du possible. L'un d'entre eux, à l'emblématique du connétable et de sa femme Madeleine de Savoie, a déjà été remonté dans la « Salle », un autre est actuellement en cours de reconstitution. Parallèlement à ce travail de puzzle très long et difficile, M. Arnauld Brejon de Lavergnée en a fait une étude approfondie dont il vient de livrer les résultats dans un excellent article. On sait par un certain nombre de documents que Masseot Abaquesne « esmailleur...etc
— LECOQ (Anne-Marie), 1975, Les peintures murales d' Écouen : présentation et datation, dans Actes du colloque international sur l'art de Fontainebleau, 1975, p. 161- 173, 11 fig.
— LEROY (Catherine), 1997, "Avers et revers des pavements du château d'Ecouen", Revue de l'Art Année 1997 116 pp. 27-41.
"Une évocation de l'art du vitrail au sein d'une histoire du Château d'Écouen ne serait pas complète si l'on ne rappelait qu'une des richesses de la demeure du Connétable de Montmorency fut jadis la série des 44 vitraux en grisaille illustrant les Amours de Psyché et de Cupidon d'après la fable d'Apulée. La galerie qui les abritait, située au 1er étage de l'aile ouest du château, en a conservé le nom : elle est la galerie de Psyché. Cet ensemble exceptionnel par son ampleur et son homogénéité, fut réalisé par un artiste sans doute parisien, mais resté anonyme et qui s'inspira d'une suite gravée par le Maître au Dé, proche de Raphaël et actif entre 1532 et 1550. Encore une fois l'estampe jouait ici un rôle majeur : celles-ci servirent aussi de modèle à Léonard Limosin pour deux séries d'émaux, à des tapisseries, à des majoliques d'Urbino des années 1540. Pour servir de légende aux vitraux, Anne de Montmorency commandera la traduction française des vers latins d'Apulée. Déplacés du Château d'Écouen en 1793, les 44 vitraux furent installés provisoirement vers 1848 au château de Chantilly, puis définitivement dans les années 1880, dans une galerie construite pour eux."
— PERRROT (Françoise), 1973, Vitraux héraldiques venant du château d'Écouen au Musée de la Renaissance, dans la Revue du Louvre et des Musées de France, 1973, p. 77-82, 6 fig.
— PERRROT (Françoise), 1973, Les vitraux du château d' Écouen. Contribution à l'étude du vitrail civil de la Renaissance, dans Actes du colloque international sur l'art de Fontainebleau, Paris, 1975, p. 175-184, 4 fig. Les vitraux héraldiques de Chantilly.
—PERRROT (Françoise), 1972 Les panneaux de vitrerie héraldique du château d' Écouen, au Musée Condé, dans Le Musée Condé, n° 3, octobre 1972, p. 11-18, 7 fig.
:
1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons et libellules (Zoonymie) observés en Bretagne.
"Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué). "Les vraies richesses, plus elles sont grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)